Une suspicion récurrente

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ÉDITORIAL,
le 26 septembre 2013,

Une suspicion récurrente

Décidément, les propositions de la Russie se heurtent toujours aux préjugés des médias occidentaux. A quel moment reconnaîtront ils que les Russes peuvent également avoir raison et avancer des propositions marquées du sceau du bon sens, comme celle relative à la destruction de l’arsenal chimique Syrien. Hélas, pour les médias, cette proposition ne peut-être que dilatoire et dans l’unique but de favoriser Bachar El Assad. A ce titre, elle respirerait la malhonnêteté et ne recèlerait que sournoiseries.

Bien entendu et contre toute évidence, les Russes ne rechercheraient pas l’apaisement. Mais la vérité est tout autre. Qui privilégie la guerre, si non les Etats-Unis et particulièrement la France. L’intransigeance du ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, qu’illustrent son inconditionnalité en faveur de la guerre et son refus de toute négociation, expriment bien la position française. Seules quelques personnalités ont dénoncé les risques d’une intervention en Syrie. Dominique de Villepin, le plus crédible par ses prises de positions antérieures, a notamment déclaré ” La stratégie occidentale au Moyen-Orient est une impasse fondée sur l’illusion de la force, que je n’ai cessé de dénoncer”.

Notre pays ne semble avoir d’autres solutions que la guerre, pour régler les conflits. Intervention armée en Libye, au Mali et en perspective en Syrie. Si l’intervention au Mali peut raisonnablement se justifier, n’oubliions pas qu’elle résulte de notre inconséquence en Libye .L’esprit de domination habite toujours les Etats-Unis, que nous suivons ou parfois précédons, en Afrique, au Maghreb, au Machrek, au Proche- Orient, dans les Balkans et même au Caucase. Rien de mieux pour éveiller les soupçons de la Russie et l’inciter, logiquement, à consacrer plus d’efforts budgétaires, pour moderniser son armée.

En proposant de placer l’arsenal chimique syrien sous contrôle international, la Russie a voulu pacifier le débat et redonner toutes ses chances à la diplomatie. L’adhésion de la Syrie à la convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) conforte la voie diplomatique. Les moyens d’application des décisions, qui découlent de cette adhésion, sont concrets. Elle ne sera pas sans lendemain, comme certains l’insinuent. Favoriser la mise en œuvre de cette proposition, dès lors qu’un premier pas significatif a été effectué par la Syrie, devrait-être le souhait de tous. En apparence, oui, mais en vérité, on s’évertue à torpiller cette proposition, en exigeant que la résolution qui doit la matérialiser soit placée dans le cadre du chapitre VII de la charte de l’ONU, qui introduit la possibilité d’une intervention armée. N’ajoutons pas une nouvelle occasion manquée, à celle déjà trop nombreuses, qui jalonnent nos rapports avec la Russie. Prenons au sérieux sa proposition et agissons pour sa réussite. Saisissons le moment, pour établir de nouvelles relations amicales et constructives, qui pourraient faciliter le règlement de bien d’autres problèmes.

Contrairement aux Etats-Unis et à la France, la Russie entend respecter l’ONU et le droit international. Par sa proposition, elle veut privilégier une solution raisonnable au conflit. Elle montre plus largement, son souci d’éradiquer les armes de destructions massives et de contribuer pleinement  à la mise en place d’une stratégie commune de sauvegarde, garante de la sécurité. L’avis de la Russie ne doit pas être ignoré, particulièrement par l’Europe, pour éviter que par notre faute, ce pays n’envisage  que l’Union Eurasienne, pour se positionner.

Actuellement intraitable sur l’arsenal chimique syrien, les Etats-Unis et l’Europe ont la mémoire courte. Ils ont oublié que la résolution du Conseil de Sécurité, relative à l’Irak, ne concernait pas seulement l’élimination des armes irakiennes de destructions massives, qui au demeurant n’existaient pas, mais qu’elle s’appliquait à tous les pays de la région, possédant ces armes. C’était et c’est le cas, de l’Iran, de la Syrie, mais aussi d’Israël, qui n’a pas ratifié la convention de 1993. Cette résolution est restée lettre morte et les moralisateurs d’aujourd’hui, sont demeurés muets, inactifs. On stigmatise la Russie pour ses livraisons d’armes à la Syrie. Mais quelle voix s’élève pour dénoncer ces grandes démocraties, que sont, comme chacun sait, l’Arabie saoudite et le Qatar, qui fournissent  des armes à la fraction la plus fanatique de la rébellion.

Tout dans le rapport présenté par les inspecteurs de l’ONU, lundi 16 septembre 2013, tend à démontrer que seule l’armée syrienne, pouvait être l’auteur de l’attaque au gaz Sarin. Il en va ainsi, de la nature des armes, de la trajectoire des missiles et de leur détention exclusive par l’armée régulière. Une nouvelle fois, la mission assignée par l’ONU aux inspecteurs a été transgressée. Il s’agissait seulement de déterminer si une attaque au gaz Sarin avait bien eu lieu dans la périphérie de Damas, non de désigner des auteurs. Cette façon d’agir, qui ouvre la porte à toutes les manipulations, détruit la confiance et n’encourage guère la Russie à voter les résolutions du Conseil de Sécurité, avec sérénité. Qu’il soit aussi permis, concernant les opposants au régime, de douter de leur sincérité et de leur vertu, donc de leur capacité à respecter les règles de la guerre. Les massacres, la torture ne sont pas l’apanage de l’armée régulière. Les déclarations des journalistes, Dominique Quirico et Pierre Piccini, anciennement détenus par l’opposition syrienne, en portent témoignage Ces groupes d’opposants, majoritaires, peuvent accomplir n’importe quel acte criminel.

La Russie peut à juste titre s’interroger, à la fois, sur les pratiques des occidentaux et sur leur façon d’ interpréter les résolution du Conseil de Sécurité .Les exemples négatifs ne manquent pas, frappes de l’OTAN sur la Serbie en 1999, sans autorisation de l’ONU, reconnaissance unilatérale de l’indépendance du Kosovo, dépassement du mandat d’intervention sur la Lybie, agression de l’Irak par les Etats-Unis en violation du droit international. Cette agression, par son importance, ses conséquences et les conditions mensongères sur lesquelles elle repose a profondément marqué l’opinion. Cette infamie demeurera longtemps ancrée dans les mémoires. La Russie, comme l’opinion internationale qui refuse toute intervention armée, ne peut être désormais que méfiante, quant à l’utilisation qui pourrait être faite, d’une résolution trop large, concernant la Syrie.

Michel GRIMARD
Président du R.O.U.E.

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