Une intervention constructive

ÉDITORIAL,
le 28 mars 2013,

L’intervention de François FILLON, dans le cadre de la conférence internationale qui vient de se tenir à Moscou, mérite un écho particulier, par la vision, lucide, courageuse et concrète, qu’elle présente. Nous nous félicitons qu’une personnalité française, de premier plan, souligne l’importance d’une franche coopération avec la Russie et rappelle l’appartenance, bien  réelle, de ce pays, à l’Europe. Le gaulliste qu’il est, n’a pas oublié la finalité que souhaitait le Général DE GAULLE, pour la grande Europe. Elle s’illustre dans différentes déclarations, qui s’inscrivent toujours dans l’actualité et la réalité. Les deux géants continentaux “devraient conclure une belle et bonne alliance”, la Russie “pilier essentiel de l’Europe” et pour conclure “l’Europe de l’Atlantique à l’Oural”. Les médias français, promptes à la critique lorsqu’il s’agit de la Russie, auraient été bien inspirés de donner à cette intervention, la résonnance qu’elle mérite, au lieu de quasiment l’occulter.

François FILLON a tracé une perspective réaliste pour l’Europe et la Russie et nous adhérons à ses déclarations, quand il affirme que ” La Russie doit trouver sa place en Europe, pas celle d’un pays membre de l’Union, mais un pays qui se voit reconnaître un statut à la hauteur de sa proximité historique, géographique, culturelle et économique”, même si nous sommes plus ambitieux quant au terme de ce rapprochement. Sa proposition de “statut européen” pour la Russie, constitue une possibilité concrète  d’avancer dans la voie d’un véritable partenariat. Ce projet réveille, enfin, la torpeur dans laquelle se complaisait l’Europe. Il faut saluer cette initiative, mais il convient désormais de lui donner un contenu.

La Russie étant une figure de l’Europe, nous ne cessons de souligner son importance, dans l’édification de la grande Europe. Elle en est à la fois complémentaire et constitutive, sans elle la grande Europe ne pourra exister. A l’heure où émergent de puissants ensembles, c’est seulement dans ce cadre, que nous pourrons garantir notre indépendance et jouer un rôle sur le plan international. Des étapes intermédiaires sont certainement nécessaires à cette construction et c’est pourquoi nous les soutenons, mais la plénitude de la grande Europe ne sera définitive, que lors de son accomplissement unitaire.

Paradoxalement, même dans ses affrontements, ses conflits, la France et la Russie trouvent des raisons de se reconnaître indissociables. L’épopée napoléonienne en est l’exemple le plus frappant. Il faut voir la façon dont la France et la Russie en rappellent, à chaque occasion, l’histoire. La commémoration de la bataille, pour les uns, de la Moskova, pour les autres, de Borodino, le démontre, notamment. Revigorer ces rapports et au-delà avec l’Europe, est un impératif. Mais pour ce faire, il faut que cette dernière évite les polémiques inutiles et parfois mensongères, qui meurtrissent la Russie et ses dirigeants, dont le premier d’entre eux souhaite coopérer avec l’Europe, à condition qu’elle ne le repousse pas.

Certes, la Russie peut se poser des questions, sur l’intérêt de son positionnement européen ou asiatique. Mais l’Europe ne doit-elle pas s’interroger sur les raisons de l’inclination asiatique de la Russie, qui semble aujourd’hui privilégier ce partenariat. L’attitude négative au minimum passive de l’Europe, à l’égard de la Russie, n’est-elle pas la première cause de ce penchant, beaucoup plus que l’attrait de l’Asie, d’autant que rien n’est plus trompeur qu’un ordonnancement  qui associe stratégiquement des pays, dans l’appartenance et non dans la réalité de leurs intérêts. Pour inverser la tendance et montrer sa bonne volonté, l’Europe doit éviter de dresser des obstacles au rapprochement Europe-Russie et surtout, s’abstenir  de participer à des initiatives qui l’entravent, particulièrement en matière de sécurité.

François FILLON rappelle avec justesse, deux choses “la stabilité et la sécurité du continent passe par un encrage solide de la Russie à l’Europe” et “que les pays européens comprennent que l’enjeu sécuritaire est pour la Russie une vraie préoccupation et que par exemple la mise en place d’un système de défense anti-missiles doit prendre en compte la sensibilité de ce partenaire”. Ainsi, pour chacun des partenaires, la sécurité est non seulement indispensable, mais essentielle, à toute politique de franche coopération. Or, en s’associant à la mise en place du Bouclier anti-missiles que veulent déployer les Etats-Unis en Europe, sans aucune garantie réelle pour la sécurité de la Russie, nous brisons l’équilibre et par conséquent, la confiance. C’est ce que dit également, sous une autre forme, François FILLON.

L’histoire des relations franco-russe place certainement notre pays au premier plan, pour être le moteur du rapprochement, Europe-Russie. La France doit œuvrer, avec persévérance, pour entrainer ses partenaires vers une nouvelle forme de relations avec la Russie.

Michel GRIMARD
Président du R.O.U.E.

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