Un double compromis pour stabiliser l’Ukraine

ÉDITORIAL,
le 29 septembre 2015,

UN DOUBLE COMPROMIS POUR STABILISER L’UKRAINE

Cessons les escalades, la situation en Ukraine requiert de rechercher l’apaisement, par un dialogue réaliste et constructif. Le temps est venu d’emprunter le chemin de la paix. Si les différents belligérants, qui affirment rechercher la paix, sont sincères, ils doivent accepter un double compromis. Pour l’Ukraine, admettre le retour de la Crimée dans sa patrie d’origine. Pour la Russie et le Donbass, reconnaître comme viable, un statut d’autonomie, dans un cadre fédéral. La volonté affichée par l’Union européenne et la Russie de mener correctement, à son terme, les accords de Minsk, devrait permettre cette solution.

La guérilla que se livrent l’Union européenne et la Russie, les maintient dans une voie sans issue et les affaiblit réciproquement. Elle ne profite qu’aux Etats-Unis, trop heureux de les amoindrir. Des rapports apaisés et normalisés permettraient à l’Ukraine, de retrouver un souffle économique, notamment, par la possibilité de réactiver ses gazoducs. Cette reprise n’en serait que plus utile, après l’abandon du gazoduc South Stream et le report de celui du Turkish Stream. Elle serait d’autre part, propice au rétablissement de la coopération euro-russe. Mais pour ce faire, il convient que l’Union européenne, motivée par d’obscures raisons, cesse ses tracasseries à l’égard de Gazprom, accusée, improprement, d’abus de position dominante.

Le retour de la Crimée, dans sa patrie historique, doit-être accepté et reconnu par l’Ukraine et la communauté internationale. Il ne doit plus, faussement, justifier les sanctions et autres attitudes agressives à l’encontre de la Russie. La violation du droit international, évoquée par les Etats-Unis et l’Union européenne, ne manque pas de cynisme, après leurs interventions en Irak et en Libye, pour ne citer que les plus récentes. Amnésiques circonstanciels, ils se disqualifient comme procureur du droit. La place actuelle de la Crimée repose sur deux réalités, l’une historique, l’autre de jurisprudence.
Historique, tant il est vrai que la Crimée n’a jamais cessé d’être russe. Séparée de ce pays par une décision infondée, elle retrouve le berceau national qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Le positionnement de la Crimée, hérité d’une longue histoire, ne permet aucun doute. Dans cette péninsule, la présence russe a été une constante, notamment à travers la base militaire de Sébastopol, dont on sait l’intérêt stratégique pour la Russie. La Crimée est russe depuis deux siècles et demi et ce n’est pas la donation de Nikita Khrouchtchev en 1954, qui a changé la façon de penser et de raisonner de ces russophones. C’est naturellement que le parlement de Crimée a voté pour l’indépendance et que le peuple s’est prononcé, par référendum, pour le rattachement à la Russie. C’est massivement que la Crimée a approuvé cette union.
De jurisprudence à travers le Kosovo. Alors qu’une majorité de pays européens, dont la France, a approuvé que cette région soit détaché de la Serbie, comment peuvent-ils aujourd’hui rejeter le choix, plus fondé, de la Crimée, façonnée par la matrice culturelle russe. Par sa position approuvant l’indépendance unilatérale du Kosovo, la Cour Internationale de justice a confirmé l’initiative de la Crimée. Son choix d’indépendance, puis d’intégration à la Russie, égale en droit la décision du Kosovo.

L’appartenance du Donbass à l’Ukraine doit-être acceptée et reconnue, par les séparatistes et la Russie. Quant à l’Union européenne, elle ne peut ignorer que sa stratégie n’a pas favorisée la paix en Ukraine. Sa géopolitique orientale, dans laquelle s’inscrit le Partenariat Oriental, méritait réflexion et prudence. Basée sur la négation des zones d’influences russes et l’extension de l’OTAN, elle ne pouvait-être qu’explosive et source de confrontations totalement inutiles, avec Moscou. Son rôle, plus qu’ambigu, a malheureusement favorisé la dislocation de l’Ukraine. Désormais le temps presse, car l’Ukraine est en faillite, même si elle a récemment bénéficié de réductions de sa dette privée. Pour sortir de l’impasse et face au pluralisme ukrainien, diversités des influences historiques, des cultures engendrées, des langues utilisées, de l’appartenance des populations et des liens économiques tissés avec les voisins, particulièrement la Russie, le fédéralisme apparaît comme la seule solution viable, donc possible. Plus que jamais, l’ensemble de ces particularismes a fait irruption, se manifestant pratiquement, mais violemment, dans l’Est de l’Ukraine. En respectant les équilibres, le fédéralisme peut rétablir la confiance. Il est le véritable chemin susceptible de conduire à la paix.
Une potentialité s’est fait jour à la mi-juillet, l’Ukraine ayant modifié sa constitution pour déléguer des compétences importantes aux collectivités territoriales, sur l’ensemble du pays. Pour matérialiser cette initiative, une loi particulière doit-être votée rapidement, pour “réguler la spécificité de la gouvernance locale”, dans la région du Donbass, qui bénéficie, un peu abstraitement, d’importants abandons de souveraineté. Compte tenu de ces avancées, qu’il convient certainement de consolider et d’enrichir, des pourparlers doivent s’engager directement avec les responsables du Donbass. Ils ne doivent pas rejeter ces opportunités, ce qui donnerait satisfaction à l’extrême droite. Au contraire, il convient de saisir l’occasion de combler les lacunes éventuelles de la loi. Ne laissons pas les extrémistes occuper le terrain. Leur violence, lors des manifestations qui se sont déroulées à l’occasion de l’examen, par le parlement Ukrainien, du projet de réforme constitutionnelle, montre sa dangerosité, que la Russie n’a pas tort de dénoncer. Les responsables du Donbass ont démontré qu’ils existaient culturellement. La majorité des soulèvements a été spontanée et n’a fait que marquer la reconnaissance d’un état de fait et d’un sentiment de spécificité. La manifestation de la résistance de l’Est de l’Ukraine et avant tout l’expression d’un patriotisme. Mais à son respect, le Donbass doit associer la responsabilité de préserver l’unité de l’Ukraine. La Russie, qui a manifesté de nombreuses fois, qu’elle ne souhaitait pas l’éclatement de l’Ukraine, ne peut que se rallier à ce double compromis.

Michel GRIMARD
Président du R.O.U.E.

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