UE-Russie une double volonté pour réussir

ÉDITORIAL,
le 06 juin 2016,

UE-RUSSIE UNE DOUBLE VOLONTÉ POUR RÉUSSIR

 

Façonnée par une histoire commune à toutes ses nations, la plénitude européenne impose la Russie. Chacun connaît les multiples liens qui unissent ces pays. Ils sont géographiques, culturels, religieux, linguistiques, d’audaces, car historiquement épris de découvertes et de conquêtes. Ils doivent plus que jamais assumer leur vitale unité de destin. Elle repose, naturellement, sur la double volonté de l’Union européenne et de la Russie.

Nécessaire volonté de l’Union européenne

Pour se manifester, cette volonté européenne nécessite une profonde mue de l’Union, dans son comportement et dans ses actes. Un nouveau visage propice au rapprochement et au dialogue avec la Russie, s’oblige. Mais pour se forger sa propre personnalité, l’Union européenne doit s’affranchir de toute dépendance, quelle que soit la façon dont elle se manifeste, militairement, économiquement ou culturellement. Pour y parvenir, plusieurs changements doivent intervenir, tant structurels que diplomatiques.

Une défense proprement européenne doit se substituer à l’OTAN, dispositif de soumission aux Etats-Unis. Son financement s’avérant d’autre part déshonorant pour l’Europe, qui fait porter à une puissance étrangère le coût de sa défense, les Américains assurant 75% du budget de l’OTAN. Il semble toutefois, que face à la suspicion qui s’installe, les européens se ressaisissent, ce que tend à démontrer l’augmentation des budgets militaires de plusieurs pays de l’Union. Espérons que se poursuive cette salutaire prise de conscience. Bien qu’elle ne constitue pour nous qu’un élément transitoire, la reprise des réunions du Conseil OTAN-Russie est positive. Sa suspension en avril 2014 était une erreur, car contraire à la recherche de la paix.

Un rejet du Traité transatlantique opposé aux intérêts de l’Union européenne est impératif. Le déroulement de ses discutions, marquées par le secret, ne présage rien de satisfaisant et déclenche naturellement l’ire de l’opinion européenne. L’intransigeance des Etats-Unis qui refusent toute concession sur les points essentiels, illustre une nouvelle fois l’esprit dominateur qui les anime. Ce traité qui ignore la grande Europe, ne sert pas les intérêts de notre continent.

L’inflexion du partenariat oriental vers de simples accords commerciaux, permettrait de lever la défiance légitime de la Russie. Une coopération fructueuse avec les six pays visés par ce partenariat, n’exige pas un cadre constitutionnel qui va au-delà de classiques intérêts économiques. Il faut infirmer les pensées et arrières pensées qui ont fondé la création de cette collaboration orientale.

L’autonomie du Donbass inscrite dans la partie politique des accords de Minsk doit-être exigée avec vigueur par l’Union européenne. Elle devra faire preuve d’intransigeance et repousser toute nouvelle demande de l’Ukraine, tant qu’elle demeurera passive. La modification de la constitution ukrainienne permet de déléguer des compétences importantes aux collectivités territoriales, sur l’ensemble du pays. Aussi, rien ne s’oppose, si non le manque de volonté politique, à ce que Kiev la traduise spécifiquement, pour donner une large autonomie au Donbass.

Voici quelques positions qui montreraient notre désir de rapprochement. En votant la résolution en faveur de la levée des sanctions contre la Russie, l’Assemblée Nationale désigne la voie à suivre.

Nécessaire volonté de la Russie

Cette volonté de partenariat doit également habiter la Russie, pour réussir cette coentreprise.

La critique systématique de l’occident, notamment de l’Union européenne, ne convient guère à l’émergence d’un dialogue constructif. Que la Russie intervienne pour dénoncer, tout projet ou toute action qui risque d’attenter à sa sécurité, est compréhensible. Cette position légitime peut concourir à la paix, en éveillant une prise de conscience sur les dangers encourus. Qu’elle stigmatise violemment  la mutation sociétale de l’Europe et la voue aux gémonies, ne participe pas à la sérénité d’échanges susceptibles de faire évoluer les positions. Elle doit savoir que l’adhésion à ces changements, ne fait pas l’unanimité en Europe. Nombreux sont ceux qui n’acceptent pas certaines dérives qu’ils entrainent et qu’il convient de combattre. La confrontation démocratique demeure la seule acceptable, la force ne modifie pas la pensée. Convaincre  pour gagner les cœurs et les esprits, est l’unique voie à emprunter.

Souvent discriminées en Europe, les minorités russes sont un souci fondé, pour la Russie. Mis à part la Crimée qui n’a jamais cessé d’être russe et a tout naturellement rejoint sa patrie d’origine. Traiter équitablement ces minorités devrait être la règle, dans les pays démocratiques. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Que Moscou leur porte une attention particulière, qu’elle manifeste sa volonté de maintenir d’étroites relations et souhaite collaborer avec, quoi de plus normal. L’ancienneté, de leur présence, d’une histoire partagée et d’une russophonie toujours vivace, dote ces minorités d’un double patrimoine, qui justifie  l’attachement culturel à la Russie. Pour autant, cette dernière doit s’affirmer responsable et respectueuse de la souveraineté des états où résident ces minorités, Lettonie, Lituanie, Estonie, Transnistrie, notamment. Elle doit écarter toute tentation de les déstabiliser.

Inconséquence de l’Union européenne et des Etats-Unis, le déploiement de missiles en Roumanie ravive la juste méfiance de Moscou, qui ne peut rester indifférente à cette menace. La démonstration de sa puissance militaire, aérienne, maritime et terrestre, en termes d’avertissement, se justifie et se comprend. Chaque expression belliqueuse suscite une réponse. Mais quand la situation ne l’impose pas, la Russie doit à son tour, faire preuve de retenue en évitant le survol militaire des frontières de ses voisins, ou l’approche non nécessaire et accidentogène, de bâtiments ou d’appareils évoluant dans des zones internationales.

Quoi de plus trompeur que l’ordonnancement du monde actuel, qui associe stratégiquement des pays, dans l’apparence et non dans la réalité de leurs intérêts. Il existe plus d’harmonie partenariale, entre l’Europe et la Russie qu’entre cette dernière et l’Eurasie, que défend avec une grande habileté et beaucoup de ferveur Monsieur Alexandre Dougine, avec lequel j’ai débattu à ce sujet. Je sais bien que d’après les théories d’Halford John Mackinder et Nicolas Spigkman, qui tient l’Eurasie, tient le Monde. Sans être irrévérencieux à l’égard de ces célèbres penseurs et de ce continent, qui certes recèle d’importantes richesses énergétiques, je crois que le monde a profondément changé. Dans l’état actuel des relations Europe-Russie, nous comprenons ce positionnement, qui nous apparaît plus dicté par la conjoncture que par des raisons de fond. Mais pour nous, la Russie est majoritairement européenne, car la zone géographique qui s’étend jusqu’à l’Oural recèle la majorité de la population et le cœur du pays. L’Union européenne et le grand peuple russe, sont inéluctablement conduits à sceller leur avenir. Mais pour réussir, le respect mutuel s’impose.

Eviter de faire le jeu des E.U

A chacun d’éviter le piège des Etats-Unis, en refusant d’entrer dans leur jeu nihiliste, à l’égard de l’Europe. Invertébrée diplomatiquement, l’Union européenne n’est guère engageante. Malgré tout, la Russie doit s’abstenir de la marginaliser, par un dialogue quasi exclusif avec les Etats-Unis, sur les questions internationales intéressant l’Europe. Si la tendance à diviser les européens semble tactiquement porteuse de fruits, elle est à terme rédhibitoire pour l’avènement de la grande Europe. Sur le fond, la Russie ne pourra qu’en pâtir. Toujours sous-jacente, la volonté de domination des Etats-Unis, confortée par la soumission implicite des européens, rend inéquitable les tractations entre les deux continents. Les discussions relatives au Traité transatlantique en sont l’illustration. Les révélations de Greenpeace montrent une nouvelle fois l’intransigeance des Etats-Unis, qui n’acceptent que des compromis mineurs et demeurent inflexibles sur leurs positions. Le Président François Hollande qui a montré une grande défiance à l’égard de ce traité, devrait le rejeter définitivement et rejoindre ainsi la grande majorité de l’opinion européenne, qui le refuse.

Aujourd’hui, l’idée d’une grande Europe piétine et semble même régresser. Le projet, délaissé, n’enthousiasme plus, alors qu’en 2013 il apparaissait encore comme l’avenir de l’Europe. Ce dessein qui demeure vitale pour notre continent, reste, pour sa mise en œuvre, dépendant de la volonté des deux grands ensembles européens. A eux d’écarter les obstacles et de converger vers une étroite coopération, source d’une future et bienfaisante unité.

Michel GRIMARD
Président du ROUE

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