Syrie-Russie ne préjuge pas Ukraine-Russie

ÉDITORIAL,
le 13 octobre 2016,

SYRIE-RUSSIE NE PRÉJUGE PAS UKRAINE-RUSSIE

Coïncidence troublante que cette concomitance de la mise en lumière de deux événements, néfastes pour la Russie. Une attitude inhumaine en Syrie et un acte condamnable en Ukraine. C’est un visage repoussant qui émerge de la Russie en Syrie, celle d’un pays qui ne recule devant rien et qu’il convient de condamner fermement. On établit un parallèle, pour démontrer que son comportement en Syrie rend plus que vraisemblable, mais naturelle, sa responsabilité dans le crash du vol MH 17 en Ukraine. Il s’agit d’un procédé vicieux et malfaisant, qui associe dans une même réprobation des événements différents. Deux motivations les distinguent. L’une intéresse la lutte contre le terrorisme international, particulièrement Daech, qui doit-être menée sans faiblesse. Pour autant, elle n’autorise pas tout et certains bombardements ne recueillent pas notre assentiment. L’autre relève des rivalités sur les zones d’influence. Le mélange des genres tient de la manipulation, un domaine où les Etats-Unis ne sont pas en reste.

Si les pilonnages sur Alep sont bien identifiés, les accusations désignant la Russie comme responsable du crash du vol MH 17 en Ukraine, sont loin d’être probantes. Or, on condamne Moscou sans nuance ni réserve “La Russie confondue” titre un journal, parmi tant d’autres. Mais, si les enquêteurs ont été empêchés d’effectuer leur travail  d’analyse et de recherche, comme énoncé après le crash, quel crédit accordé aux preuves qui sont apportées pour impliquer la Russie. Il y a là une contradiction, doublée d’un mensonge, car en vérité les inspecteurs ont pu effectuer normalement leur travail. Contrairement aux descriptions et aux informations répandues, la Russie et les prorusses ont collaboré à la recherche de la vérité, sur le crash de l’avion de la Malaysia Airlines. Ils n’ont jamais fait obstacle à l’enquête. Dans les tous premiers jours, l’Ukraine, la Russie et l’OSCE sont arrivés à un accord, instaurant la mise en place d’une zone de sécurité autour de l’endroit du crash, afin de favoriser l’enquête internationale. D’ailleurs, à l’occasion de la réunion du Conseil de Sécurité le mardi 18 juillet 2014, proposant l’ouverture d’une enquête internationale sur le crash, la Russie n’a émis aucune réserve. Que ce soit, pour les investigations des experts sur le site, ou pour la remise des boites noires, personne ne peut contester la bonne volonté de la Russie, qui a usé efficacement de ses bons rapports avec les prorusses. Ces derniers ont assuré, juste après le crash, qu’ils soutenaient la venue d’une équipe d’experts, ce qu’ils ont démontré concrètement. Prétendre comme certains médias, que les experts de l’OSCE n’ont pu effectuer leur travail, que sous l’œil attentif des prorusses, est un abus de langage. Le lundi 21 juillet 2014, à l’issue d’une visite d’experts internationaux de l’OSCE, les prorusses se sont retirés du site du crash, qui est devenu totalement accessible. Le mensonge, ce venin répandu sans retenue, au sujet des boites noires et du train réfrigéré contenant les corps des victimes, a lui aussi été démasqué. Deux faits se sont inscrits en faux des allégations des médias. Les boites noires ont été livrées, volontairement, par les prorusses, à une délégation malaisienne le lundi 21 juillet 2014. Même attitude des prorusses concernant le train réfrigéré, contenant les dépouilles. Après son inspection par les observateurs de l’OSCE, qui n’ont constaté aucune irrégularité, le train s’est ébranlé, sans encombre, vers les Pays-Bas.

Les contradictions, le flou, entourent l’attribution du tir de la batterie de missiles qui aurait abattu le vol MH 17. Elles vont d’une prise à l’armée ukrainienne à celle d’une fourniture par la Russie, de son utilisation par des soldats inexpérimentés à celle des soldats formés pour l’utiliser. Les dernières accusations sont tout aussi imprécises. Dans la seule hypothèse retenue, celle d’un impact de missile, une troisième version nous est donnée. La batterie aurait  été acheminée de Russie, pour la réintégrer une fois le forfait accompli. Bien entendu le missile aurait été tiré d’une zone contrôlée par les prorusses. Que le missile soit russe ne prouve rien, l’Ukraine pouvait en posséder. Fort heureusement, les spéculations ne constituent pas des preuves

Initialement solidement établis, des faits se révèlent plus tard fréquemment inexacts. Les preuves émanant de photos satellites peuvent-être sujet à caution, car chacun sait depuis la guerre d’Irak, quel crédit il convient de leur accorder. Même si la conversation interceptée,  qui  relate une demande de missile est réelle, elle ne définit pas son utilisation. Sans aucune preuve on tente d’installer la certitude du coupable. Pour les occidentaux le coup est parti de la zone prorusse, pour Moscou de celle de l’armée ukrainienne. En vérité, l’identification du départ du feu s’avère quasiment impossible. L’incertitude est telle, que malgré les prétendus indices inculpants, les enquêteurs s’interdisent de mettre directement en cause la Russie. Le procureur général qui se veut factuel, considère que les éléments à sa disposition ne suffisent pas à tirer des conclusions et encore moins à désigner des coupables. Une prudence qui relativise les affirmations péremptoires des détracteurs de la Russie

Hypothèse contre hypothèse. La commission d’enquête émet l’hypothèse qu’il semble convenable que les prorusses se soient trompés d’objectif, détruisant par erreur le vol MH17, alors qu’ils pensaient abattre un avion de chasse ukrainien. Supposition basée sur des conversations entre prorusses. Plus généralement, les enquêteurs sont dans l’incapacité de fixer des responsabilités. Autre hypothèse, car le doute n’exclut pas l’Ukraine. Quelles  sont les raisons qui l’ont motivée à laisser ouvert cette partie de son espace aérien, à l’aviation civile. Pourquoi l’Ukraine ne l’a pas fermé, alors qu’il était considéré, avec juste raison, comme dangereux. Ce comportement ne peut, au contraire, exempter Kiev de ses responsabilités.

Toujours le même procédé, on infiltre le ver dans le fruit, pour accréditer son pourrissement. Seulement, rien de concret ne corrobore ces incriminations. Bien que des dizaines de personnes soient prétendument compromises dans le drame, comme évoqué par les enquêteurs, ils ne révèlent que deux noms. Étonnant lorsqu’on en possède une centaine. D’autant plus surprenant, qu’en contrepoint, il est communément admis que l’identification des responsables est quasiment impossible et que l’unanimité de la commission d’enquête, fait défaut. La mauvaise foi est le fil conducteur de toute réflexion relative à la Russie, car si l’on reconnaît que ni l’Ukraine, ni la Russie ne respectent la totalité des accords de Minsk, c’est pour ajouter aussitôt,  que “La Russie cependant, s’est clairement installée, dans le rôle de l’agresseur”. Les responsabilités sont établies sans preuve.

Michel GRIMARD
Président du ROUE

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