Russie, Europe, Syrie

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ÉDITORIAL,
le 8 octobre 2013,

Russie, Europe, Syrie

La diplomatie est une affaire sérieuse qui ne peut être traitée à la légère. Pour reprendre l’expression de Karl Von Clausewitz, « la paix », n’est-elle pas en effet, « la poursuite des objectifs de guerre, par d’autres moyens » ? Ce théorème une fois de plus validé, lors de la récente initiative russe dans le conflit syrien et aussi en conformité avec le principe gaullien intangible en matière de politique étrangère, qui veut que : « la France -la Russie dans le cas présent- ne reconnait pas de régimes politiques, mais des nations, des états ».

Il ne s’agit pas ici de reprendre la chronologie de la crise syrienne, mais seulement de rappeler ce qu’elle a mis en exergue :

1-      La grande diplomatie au sens où Talleyrand et Metternich l’entendaient –la seule qui soit – est de retour, au grand drame des adeptes d’une diplomatie des médias, des ONG, des pressions diverses et multiples, sans même parler des « certitudes » affichées quant aux utilisateurs des armes chimiques,

2-      La France s’éloigne de sa politique pro-arabe traditionnelle insufflée par le Général De Gaulle,

3-      Une relation de confiance ne peut pas être restaurée avec la Russie, tant que celle-ci éprouvera le sentiment d’être encerclée par les diverses initiatives de l’OTAN et les rodomontades de l’Union européenne, les groupes de pression moralisateurs et le travail de dénigrement de certaines ONG, à l’indépendance parfois discutable.

4-      L’initiative de l’Ouest, désuni, de menace de frappe contre la Syrie (pays très largement francophone rappelons-le) et pour le moins intempestive des USA, de la France et du Royaume-Uni, s’est abimée et a sensiblement amoindrie sa capacité d’influence,

5-      Cette initiative  qui se voulait donneuse de leçon a aussi mis, plus que jamais en évidence « le suivisme » pro-américain de la France socialiste et on ne peut plus éloignée  de la vision gaulliste du continent européen, laquelle suppose des relations privilégiées et particulièrement étroites avec l’Allemagne et la Russie,

6-      Vladimir Poutine apparait comme le défenseur des Chrétiens d’Orient, tandis que l’Union européenne et la France notamment, en crise économique, mais encore plus morale, menacée dans sa démographie, ses convictions, ses valeurs fondatrices, ses libertés essentielles par des médias débridés, s’enlise, telle la Rome antique, dans des débats ubuesques, schizophrènes et humiliants sur le droits à l’adoption de personnes mariées et de même sexe ou la libération programmée et ingérable, de nombreux prisonniers multirécidivistes,

7-      Rappelons aussi les récents propos de Vladimir Poutine, lors de la réunion de Valdaï :  « Nos institutions doivent évoluer. L’amélioration est en route, je pense qu’elle ne s’arrêtera jamais… ». « La Russie est sur la route de la démocratie et recherche ses propres moyens pour renforcer ses bases démocratiques ». Néanmoins cette ouverture générale, ne devrait pas se faire sur le modèle de la démocratie occidentale ; en effet, du fait de l’ostracisme dont est victime la Russie depuis des années, Vladimir Poutine se fait l’ardent promoteur du  patriotisme russe, de l’identité nationale et des valeurs chrétiennes de la Russie éternelle, comme d’une Europe européenne. Toutes ces valeurs fondatrices de la France, sacrées pour le Général de Gaulle et dont le pays des cathédrales s’éloigne chaque jour un peu plus, inhibée par ses contradictions face à un islam militant et de plus en plus radical et subversif.

8-       Vladimir Poutine apparait aussi désormais, comme le chantre d’une révolution conservatrice, visant à faire de la Russie le rempart de la civilisation européenne et chrétienne, face à une décadence accélérée des mœurs en Occident : « Nous voyons bien que beaucoup de pays euro-atlantiques rejettent leurs propres racines, y compris les valeurs chrétiennes qui constituent le fondement de la civilisation occidentale. Ils nient les principes moraux et toutes les identités traditionnelles, nationales, culturelles, religieuses et même sexuelles. Ils adoptent des politiques qui mettent sur le même plan les familles nombreuses et les couples du même sexe, la croyance en Dieu et le culte de Satan… ».

À l’évidence ces diverses réalités lourdes et centrifuges n’ont pas échappées à François Fillon, lors de son récent voyage à Moscou, ceci au moment même où les USA réorientent leur diplomatie de 180°, en regardant désormais vers l’Asie, dont dépend la majeure partie de leur PNB. Il est bien tard, mais il est encore temps de réévaluer fondamentalement l’orientation de la diplomatie de l’Europe et de la France, mais aussi notre perception de la Russie moderne, d’une Russie qui évolue à sa manière. La France, la Russie, ainsi comme l’Estonie et l’ensemble des nations européennes ont tout à y gagner. Au-delà de nos désaccords ponctuels il est temps de se rassembler face aux défis – pour certains dramatiques- qui s’amoncèlent (démographie, Islam, terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, effondrement des valeurs).

Venons-en à présent Nous nous amenons maintenant à l’importance de l’intégration au sein de l’Europe, sans pour autant se référer aux personnalités au pouvoir. Il est essentiel que cette intégration ait lieu, même si pour l’heure, les circonstances politiques paraissent défavorables, en tout cas pour ce qui est des relations russo-européennes.

Certes, l’attitude actuelle de Vladimir Poutine retient toute notre attention en terme métapolitique, lorsque nous parlons de civilisations, de valeurs. Néanmoins, nous ne nous ne devons et ne pouvons pas oublier les grands choix philosophiques qui ont modifié notre civilisation européenne, voire euro-atlantique et qui l’ont rendu progressivement plus efficace que les autres économiquement, comme politiquement. Elles s’inscrivent ici, face aux tendances autocratiques, parfois non démocratique et de non-droit, que l’on pourrait noter chez Vladimir Poutine, comme politicien russe pour les Russes et qui  ne peuvent être acceptées. En cette période de crise, financière, économique, politique, ce type d’attitude peut représenter une menace pour l’Europe d’aujourd’hui: l’absence de tolérance, de laïcité, de réelle ouverture démocratique interne à la Russie. Les libertés de choix, religieuses et sexuelles, sont des droits acquis, qui font désormais partie intégrante de la civilisation et contribuent à son succès.

Ici comme ailleurs, nous devons par conséquent bien comprendre que l’intégration européenne, n’est pas pour nous le projet politique des certaines personnes initiées, à défaut parfois d’être vraiment représentatives. C’est beaucoup plus que ça! C’est une nécessité absolue pour la civilisation européenne, notre civilisation, face aux menaces contemporaines. Il s’agit pour l’essentiel d’un besoin vital des peuples d’Europe, bien avant d’être celui de nos élites! A bien y réfléchir, il apparait de plus en plus clair, que nos égards doivent d’abord être adressés aux citoyens européens: c’est eux qu’il faut prendre en considération et c’est à leur destin qu’il convient de réfléchir, sans considérations particulière de personne, tellement il est vrai que nous avons une destinée commune.

Vladimir SAKS
Représentant du R.O.U.E. pour l’Estonie

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