Russie Chine Inde approches inégales

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ÉDITORIAL,
le 14 juin 2013,

Disparité de traitement

La Chine et l’Inde sont de grands pays, qui ne peuvent que retenir l’attention de nos dirigeants. Mais pourquoi les médias et les hommes politiques, en général, sont-ils si indulgents à l’égard de ces deux pays, alors qu’ils ne cessent de critiquer la Russie. Les acrobaties auxquelles ils se livrent, pour, dans leurs écrits ou leurs propos, argumenter en faveur de l’Inde et de la Chine sont affligeantes, tellement elles sont empreintes de mauvaise foi. L’importance de bons rapports, n’impose pas un déséquilibre de jugement.
Si les valeurs que nous entendons défendre sont universelles, comment comprendre, quand elles sont bafouées, que selon les cas, on courbe l’échine ou l’on demeure inflexible. Sur bien des points, en effet, on dénonce l’ineptie de tel ou tel comportement, que l’on occulte ailleurs. La démocratie en est le premier exemple. Pourtant, quelle démocratie en Chine,  et en Inde, combien de points d’ombre?

Les droits de l’homme

Selon le Ministre des Affaires Etrangères, Monsieur Laurent Fabius, l’Inde et la France convergent dans l’exemplarité démocratique “l’Inde est la plus grande démocratie du monde”, démographiquement, bien sûr, et il poursuit “nous sommes le pays des droits de l’homme”, pour ces derniers, en Inde, les exceptions pullulent. La culture de caste n’a pas disparu. Les atteintes à la liberté d’expression, notamment culturelles, des artistes, des intellectuels et des écrivains, sont fréquentes, Salman Rushdie peut en témoigner. Si ce comportement est principalement sociétal, il n’exonère pas l’Etat Indien de toute responsabilité. L’absence de la Ministre des Droits de la femme, Madame Najat Vallaud-Belkacem, lors de la visite en Inde du Président François Hollande, est édifiante. Il ne fallait pas risquer de contrarier le pouvoir.
Pour Madame Martine Aubry, il ne faut pas se taire sur les sujets des droits de l’homme et du Tibet, d’autant que la Chine attend que l’on dise ce que l’on en pense. On peut dès lors se demander, pourquoi reprocher à l’ancien Président Nicolas Sarkozy, d’en avoir autrefois parlé. La naïveté de Madame Martine Aubry est grande, car à l’occasion de son dernier voyage en Chine, le Président François Hollande n’a pas cru devoir s’étendre sur la question des droits de l’homme, évoquée fugacement, ou s’inquiéter du sort de Liu Xiaoba, prix Nobel de la paix, toujours emprisonné.

La réciprocité économique

Personne ne conteste l’immensité du marché chinois où nous avons fort à faire, dans la double expression du terme. Beaucoup de potentialité, mais pour le moment, un déficit commercial avec la Chine en 2012, de 26 milliards d’euros. Il est compréhensible que le voyage en Chine du Président François Hollande, en avril, se soit axé prioritairement sur l’économie, malheureusement, malgré l’habit de super représentant qu’il a endossé, la moisson s’est avérée décevante. Mis à part GDF Suez qui a véritablement signé un contrat, le reste demeure dans les limbes des lettres d’intention. Ce n’est pas seulement en Russie, comme on s’empresse de le dire, que les sociétés françaises subissent des déboires.
Il est souhaitable que le niveau de vie du peuple chinois augmente, mais il ne peut, pour partie, se développer au détriment d’une Europe incapable de se protéger. Les investissements chinois en France ne se heurtent pas à la peur d’un nouveau “péril jaune”,  mais au sentiment que ces investissements sont d’autant plus faciles à réaliser, qu’ils sont le fruit d’une concurrence déloyale. Les investissements russes, dont on se méfie, ne résultent pas de ce processus.
L’Europe doit se défendre. Malgré son adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce en  2001, les marchés publics de la Chine nous sont interdits, ils nous demeurent fermés. L’entrée de nos produits but sur des taxes et des obstacles multiples. La captation des brevets, qui ne bénéficient pas de véritables protections, est courante. Il faut réagir au dumping que pratique la Chine et soutenir la position de Monsieur De Gucht, le Commissaire européen au commerce, qui vient d’instaurer un droit de douane provisoire, sur les panneaux solaires chinois, pour lutter contre le dumping massif qu’ils pratiquent dans ce secteur.
La méconnaissance mutuelle de la France et de l’Inde “La faiblesse historique des relations bilatérales” rendait nécessaire la visite que  le Président François Hollande a effectuée en février, en Inde. Future Troisième puissance mondiale, elle ne peut être négligée. Si le partenariat avec ce pays semble plus facile, qu’avec la Chine, il n’en demeure pas moins compliqué. La protection douanière est très affirmée et depuis plus de dix ans, le déficit commercial avec l’Inde est chronique, à une ou deux exceptions près. Comme pour la Chine, la récolte est mince. Seul Eurocoptère engrange un contrat de cinquante hélicoptères. Pour les rafales, Aréva, la SNCF, seul l’espoir demeure. Là aussi, rien ne justifie la différenciation de traitement avec la Russie, partie intégrante de notre continent européen.

Transfert de hautes technologies

Le transfert de hautes technologies françaises est à géométrie variable. Les secteurs sensibles, le militaire, le nucléaire et leur savoir-faire, sont accessibles à l’Inde, car d’après nos dirigeants, ce pays ne pourra en faire qu’un usage pacifique. C’est oublier, facilement, la non signature par l’Inde du traité de non-prolifération des armes nucléaires et le conflit larvé avec le Pakistan. La Russie n’a pas bénéficié de la même mansuétude en France, lors de la signature du contrat des Portes hélicoptères, Mistral. Les critiques n’ont pas manqué, pour dénoncer cette vente de matériel militaire de pointe. Quelle différence avec  l’Inde, une seule, la Russie n’est pas en guerre avec ses voisins.

La Chine l’Europe et le dumping

Pour concourir à la construction européenne, il convient de placer l’intérêt général au-dessus des intérêts particuliers, c’est ce à quoi nous avait habitué l’Allemagne, dont le franc parlé n’a jamais handicapé ses transactions commerciales. D’où l’étonnement suscité par la position de la Chancelière Angela Merkel, favorable à la Chine, dans le différend opposant ce pays à l’Union européenne. Son refus de soutenir la juste proposition du Commissaire européen au commerce, Monsieur De Gucht, de taxer les panneaux solaires importés de Chine, lézarde la position européenne et l’affaiblie.
En privilégiant l’Allemagne, comme partenaire européen, la Chine sait qu’elle introduit un coin dans l’Unité européenne. Elle conforte ainsi sa position, face à une Union européenne écartelée. Il aurait été plus digne pour l’Allemagne, de ne pas céder aux pressions du Premier-Ministre chinois et de favoriser, au contraire, la cohérence européenne.
Le protectionnisme implique la réciprocité et l’Europe doit se défendre. La taxe antidumping, sur les équipements photovoltaïques chinois, y contribue. Toutefois, en acceptant une progression mesurée de ses sanctions et une solution négociée, l’Union européenne reste ouverte et accommodante. Le Secrétaire Général de l’Association des Industries d’énergie renouvelable de Chine, Monsieur Li Junfeng, reconnaît cette modération “Cela aura un impact pour la Chine, mais les européens pouvaient difficilement réduire ce taux à néant”. Dommage que dans cette affaire, l’Allemagne se soit montrée plus royaliste que le roi.

Michel GRIMARD
Président du R.O.U.E.

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