Ressusciter la monnaie

Article,
le 29 septembre 2021

 

                                               RESSUSCITER LA MONNAIE

                 

La Valeur d’une monnaie
La couverture d’une monnaie

            1) Valeur du $

  1. A) Le $ ne dépend pas d’une valeur réelle
  2. B) Le $ est la seule source de monnaie mondiale
  3. C) La nocivité du $

2) Les Banques Centrales

  1. A) Federal Reserve System (FED):
  2. B) Les autres Banques centrales
  3. C) Mandat des BC, BCE et Fed
  4. D) Priorités occidentales

            Conclusion


Ressusciter la Monnaie

Il convient de redonner à la monnaie une valeur réelle
Il convient de redonner à la monnaie une valeur réelle. En sciences économiques, les notions de valeur nominale et de valeur réelle sont utilisées pour étudier des variations temporelles de quantités. On parle également de mesure à prix courants et de mesure à prix constants.

– Si on ne corrige pas l’impact de l’inflation, on mesure en valeur nominale (ou à prix courants). Ces prix sont indiqués à une période donnée.
– Si on corrige l’impact de l’inflation, on mesure l’évolution de cette quantité en valeur réelle (ou à prix constants). Les prix en valeur réelle sont corrigés de la hausse des prix par rapport à une donnée de base ou de référence.

La couverture d’une monnaie

La « couverture à 100% » est d’avoir une monnaie couverte à 100% par quelque chose ayant une « valeur » autre que monétaire.
Une monnaie est dite réellement couverte si sa quantité ne peut pas être librement modifiée, ni par son émetteur ni par quiconque d’autre;

– elle peut être soit fixe, soit productible à un coût réel, connu, prévisible, non nul et non-négligeable.

Dans le cas d’une monnaie réelle émise par une banque (centrale), la non-manipulabilité de la monnaie est constituée par la convertibilité (puisque la monnaie est couverte par un autre bien), n’importe qui peut venir demander l’échange de ses unités monétaires contre le bien de réserve.
L’exemple classique d’une telle monnaie est constitué par un étalon-or avec réserves de 100%.

            1) Valeur du $

  1. A) Le $ ne dépend pas d’une valeur réelle
  2. a) La confiance dans la monnaie

– Le premier facteur de valeur d’une monnaie, c’est la confiance que les gens portent à cette devise.
– La devise est régulé par une banque centrale (cela représente une force autant qu’une faiblesse).

  1. b) Le nombre de personnes qui utilisent la monnaie

– Le degré de confiance dans une monnaie se traduit par l’utilisation de la monnaie par un nombre de personnes plus ou moins élevé, ce qui contribue aussi bien sûr à la valeur de l’actif.

  1. c) Le taux de pénétration dans l’économie réelle

– Plus le taux de pénétration dans l’économie réelle sera élevé, plus la valeur de la monnaie sera élevée.
– Une monnaie avec laquelle on ne peut rien acheter ni vendre, a peu de chance d’attirer les foules.
– Plus l’offre de produits et services que l’on peut acquérir avec cette monnaie sera importante, plus la valeur de la monnaie (ou devise) sera elle aussi importante.

  1. B) Le $ est la seule source de monnaie mondiale
  2. a) Avec les accords de Bretton Woods, le monde

– a abandonné l’Étalon-or et a choisi le $ pour remplacer l’or (aucun pays ne peut concurrencer le $)
– a déclaré une correspondance (convertibilité) avec l’or: 35$ contre une once d’or

  1. b) Le $ est une monnaie d’échange bien installée: Elle est utilisée

– par tous et entre différents pays, détenue par les BC (dette américaine)
– pour acheter et vendre de la dette de l’État US

  1. c) Le $ est dans un État de droit:

– avec une taille économique déterminante, pour acheter de la dette US
– avec une puissance militaire: sans puissance militaire, pas de monnaie mondiale

  1. d) La loi US s’applique au $:

– certains pays peuvent être privés du $ (embargo)
– => sanctions terribles Soudan, Cuba, Iran… (et même Irak…)

  1. C) La nocivité du $
  2. a) Bretton Woods

– L’arrivée du $ est une supercherie: fin de la valeur de l’étalon-or
– Nixon abandonne la parité du $ en Or en 1971: l’once d’or passe de 35$ (1972) à 2000$ (2020)
– Fin de la chasse gardée de l’Or

  1. b) Nixon va faire

– varier les valeurs des monnaies locales, du $
– déplacer les fonds d’investissements
– varier toute la puissance du $

  1. A-t-on peur d’un retour à l’étalon-or? Remarque de Mme Wexton:

– « Mme Wexton: Président Powell, pensez-vous que les États-Unis devraient revenir à l’étalon-or pour sa devise?
– Président Powell: …Non, je ne pense pas que cela serait une bonne idée. Cette idée consisterait à ce que le Congrès vote une loi qui déclarerait que notre mission en ce qui concerne la politique monétaire consiste à gérer la valeur du dollar, à la stabiliser, par rapport au prix de l’or, ce qui implique que nous n’aurions plus à nous assurer d’atteindre les objectifs de plein-emploi ou de la stabilité des prix. Dans un passé relativement récent, le prix de l’or a envoyé des signaux qui auraient été plutôt en contradiction avec la réalisation de ces deux objectifs.
– Mme Wexton : Il est donc préférable que la Fed continue de poursuivre ses missions actuelles.
– Président Powell : Eh bien, c’est la raison pour laquelle l’ensemble des pays à travers le monde ont abandonné l’étalon-or il y a déjà plusieurs décennies.
– Mme Wexton : D’accord. Eh bien cette méfiance ou ce désir de ne pas retourner à l’étalon-or constitue un point commun entre vous et les dirigeants de sept banques systémiques parmi les plus importantes à l’échelle internationale. »

2) Les Banques Centrales

  1. A) Federal Reserve System (FED):
  2. a) FED: BC des USA

Créée le 23/12/1913 par le « Federal Reserve Act » en réaction à la crise financière de 1907, la FED (FEDeral Reserve System) est la BC des États-Unis.
Les douze banques de réserves fédérales régionales sont à la fois le bras opérationnel de la FED et ses uniques actionnaires.
Les membres du Conseil des Gouverneurs, qui siège à Washington comprend 7 membres tous nommés par le Président des États-Unis et confirmés par le Sénat, pour un mandat de 14 ans. Le Président est le porte-parole et le représentant du Conseil.
La Constitution des États-Unis a confié au Congrès le pouvoir « de frapper de la monnaie et d’en fixer la valeur » et l’autorité monétaire est seulement déléguée par le Congrès à la FED. La FED est en partie indépendante du pouvoir politique, mais elle rend cependant des comptes au Congrès.
Le Humphrey-Hawkins Act d’octobre 1978 dispose ainsi que le Conseil des gouverneurs doit soumettre au Congrès un rapport sur l’état de l’économie et sur la politique monétaire au moins deux fois l’an (pour le  20 février et pour le 20 juillet), et le Président du Conseil des gouverneurs est auditionné sur ces rapports par le Sénat et par la Chambre des Représentants.

  1. b) L’indépendance de la FED contestée

– La FED serait « en fait » contrôlée par les principales banques privées américaines qui pourraient ainsi défendre efficacement leurs propres intérêts au détriment de l’intérêt général.
– La FED est soupçonnée d’avoir manqué de vigilance à l’égard de pratiques douteuses de certaines grandes banques (pas d’enquête à l’encontre de Goldman Sachs, JP Morgan…)

  1. c) La FED détermine la politique monétaire des États-Unis

La FED a reçu les missions

– de « maintenir en moyenne une croissance des agrégats monétaires et de la quantité de crédit compatible avec le potentiel de croissance de la production, de manière à tendre vers les objectifs suivants: un taux d’emploi maximum, des prix stables et des taux d’intérêt à LT peu élevés »
– de superviser et réguler les institutions bancaires, de maintenir la stabilité financière en prévenant tout risque systémique, et de fournir des services financiers aux banques de dépôts (dont la gestion du système d’échanges de paiement électronique)…

Le Conseil des Gouverneurs décide des règles relatives aux réserves obligatoires, de prérogatives réglementaires en matière de crédit et d’activités bancaires, et contrôle le système bancaire.
Les banques de réserve fédérales régionales ne sont cependant pas des institutions à caractère lucratif;  elles reversent chaque année au Trésor fédéral le surplus dégagé par leurs opérations.

Le Federal Open Market Committee (FOMC) dispose de trois instruments:

– la fixation du taux d’escompte, qui s’applique aux prêts à CT accordés aux établissements de crédit
– la détermination du taux des réserves obligatoires
– les opérations d’open market  qui consistent essentiellement à acheter ou vendre aux banques des titres émis par le Trésor américain, de façon à augmenter ou diminuer leurs réserves et ainsi à influencer le taux d’intérêt du marché monétaire.

L’expérience de la gestion de la crise financière de 1929 (augmentation des taux d’intérêt directeurs) qui a plongé les États-Unis en déflation, reste encore très présente dans les esprits.

– Les dirigeants de la FED ne veulent pas répéter cette erreur.
– la FED a très rapidement réagi après le déclenchement de la crise financière de 2007/2008
° baisser de son taux d’intérêt directeur pour le ramener à 0 % en décembre 2008,
° fournir des liquidités aux marchés par des achats massifs d’actifs financiers
° peser sur les taux d’intérêt à LT pour favoriser la reprise économique.

La FED a rapidement décidé de mener une politique « non conventionnelle » de rachat d’actifs financiers (assouplissement quantitatif: Quantitative easing, ou QE) afin de calmer les marchés financiers et de restaurer la confiance.
Ce faisant, elle a pleinement joué son rôle de prêteur en dernier ressort grâce à des programmes de QE.
La principale différence entre la FED et la BCE réside dans les objectifs poursuivis. La BCE a pour unique objectif la stabilité de la monnaie, tandis que la FED est également officiellement chargée d’assurer la croissance et le plein emploi.
La FED n’accorde des swaps qu’à ses alliés proches: à la BCE, à la Banque Nationale Suisse, la BoE et la BoJ.

  1. B) Les autres Banques centrales
  2. a) Pourquoi les autres BC sont-elles devenues indépendantes

La politique monétaire était aux mains de l’État. Il faut étudier les « travers » de l’ancien système des BC. Autrefois, l’État était tout-puissant et possédait politique monétaire et budgétaire.
Mais, un mouvement prônant l’indépendance de la politique monétaire s’est levé: la raison était de constituer un acteur qui puisse agir dans l’intérêt général, et non dans l’intérêt privé (fins électorales: politiques expansionnistes en fin de mandat pour favoriser les agents économiques). Une fois réélu, le chef de l’État remettait en place les politiques restrictives nécessaires.
L’indépendance des banques centrales était indispensable pour s’assurer que les politiques monétaires soient indépendantes des processus électoraux. Sont-elles véritablement devenues indépendantes?

  1. b) Le retour de la planche à billets

Si la BCE n’a plus imprimé de billets depuis 2014, la quantité de monnaie en circulation ne fait que croître.
Cette quantité de monnaie croît de manière disproportionnée par rapport à la croissance économique ou démographique. Puisqu’en effet, théoriquement, le niveau de monnaie doit être proportionnel aux besoins des agents économiques. Auquel cas, s’il est trop important cela génère de l’inflation, et à l’inverse de la déflation.

La création monétaire néanmoins atteint des niveaux démesurés depuis la crise financière de 2008. Et comme nombre d’entre vous l’ont constaté, la crise sanitaire actuelle n’a rien arrangé.

– fournir un QE considérable, voire illimité, avec une chute des taux d’intérêt est un objectif clair: éviter la récession ou du moins la contenir.
– éviter le plus de faillites possibles et maintenir à l’état de « zombie » les entreprises, en relançant la demande. Il faut les nourrir en liquidité en « soutenant » les ménages. De toutes façons, elles sont condamnées à long terme.
– Les États ont eu le choix entre les faillites et la dette. Ils ont choisi la dette et ils auront les faillites!

  1. c) Une politique risquée

2008-2009, période de l’implosion de la crise financière et économique, les dirigeants ont ouverts les vannes qui ont inondées de liquidités le marché en quelques années: les places financières ont été constamment alimentées.
Les agents économiques stérilisent leur liquidité comme en France, où les tas d’épargne a avoisiné les 15/20% durant la période de confinement.
Afin d’éviter une faillite des banques, les BC (pour 2020) ont demandé de ne pas servir de dividendes.

  1. C) Mandat des BC, BCE et Fed

La théorie économique préconise d’ériger une digue infranchissable entre le gouvernement et la banque centrale, institution dont la mission devra être centrée sur le maintien de l’inflation à un niveau raisonnable
Le mandat de la BCE consiste à « maintenir la stabilité des prix ». Mais les traités et les statuts lui confèrent la mission de soutenir les objectifs économiques de l’UE, c’est-à-dire le maintien d’un niveau d’emploi et d’une croissance élevés, et cela « sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix »
On évoque souvent le « triple mandat de la BCE » (inflation, croissance/emploi et stabilité financière), en gardant à l’esprit que le modèle européen fait primer la stabilité des prix sur l’activité économique.

  1. D) Priorités occidentales

Les Américains n’ont donc pas les mêmes priorités que les Européens: chez eux, c’est la croissance et le plein emploi d’abord, et la stabilité des prix ensuite.
Au contraire, au sein du système européen de banques centrales, la BCE comme les banques centrales nationales ont interdiction de solliciter ou d’accepter des instructions en provenance d’un organe tiers.
Voilà qui nous permet de conclure que la BCE jouit d’une autonomie totale, alors qu’il faudrait plutôt parler en ce qui concerne la Fed d’une quasi indépendante vis-à-vis du pouvoir politique.

            Conclusion

Depuis la fin de la 2ème Guerre mondiale, le système création du système de de Bretton Woods a transformé les règles de fonctionnement de l’économie mondiale dans ses règles monétaires.
L’installation du système de Bretton Woods a perturbé le mode de fonctionnement de l’économie monétaire. Nixon en rendant non convertible le $ en or a permis la déclenchement d’une inflation monétaire, très importante.
Les bulles monétaires successives ont participé à l’échec des politiques monétaires… Les BC ont fini par mettre en place des politiques de QE depuis plus de 10 ans, sans que l’on puisse déterminer leurs dates de fin de mise en place!
Cela se traduit, dans de nombreux pays, par une augmentation très importante des dettes publiques…Cette politique s’accompagne de prêts à taux parfois négatifs dont les pays ne peuvent pas sortir.
La dévaluation du $ et les prêts à taux négatifs, ainsi que l’introduction des nouvelles organisations des BC ne permettent plus d’imaginer la situation dans les années 2022 et suivantes.

Le futur n’a plus de réalité aujourd’hui!

Va-t-on vers un guerre pour sortir de cette situation?

 

Jean DONZEL
Vice-Président du R.O.U.E.

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