Rechercher la paix sans oublier les réalités

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ÉDITORIAL,
le 7 mars 2014,



Rechercher la paix sans oublier les réalités

La situation ukrainienne requiert de rechercher l’apaisement et la paix, mais sans oublier les réalités passées et présentes. Aussi, même si mon point de vue se heurte à l’opinion quasi unanime des médias occidentaux, je ne me déroberai pas. Se plier à la majorité, supposée, des biens pensants serait un comportement contraire, au gaulliste que je suis. Le fait que le Président Vladimir Poutine ne soit pas un enfant de cœur, ne justifie pas de le charger de toutes les vilenies. Décidemment, les moutons de panurge font recette et leurs émules, les médias, ne sont guère originaux. Le sujet ukrainien est si vaste, que je vais me cantonner à exposer quelques faits, suffisamment explicites, pour montrer la duplicité de la présentation des événements.

La volonté de paix que l’Europe affiche est honorable, à condition qu’elle ne soit pas entachée de procédés qui la contredisent. Le pompier pyromane, qui fut son attitude, plaide pour le doute. Quelle interprétation donner à la schizophrénie de l’Union européenne, qui se trouve initialement démunie pour aider l’Ukraine, mais qui, soudainement après les événements, trouve 12 milliards d’euros, l’équivalent de l’offre russe. L’Union européenne est-elle stupide ou particulièrement retors. Cette façon d’agir pour rechercher la paix, semble peu appropriée. Une démarche inversée, aurait été plus logique. Quelle rationalité dicte la conduite de l’Europe. Après avoir permis la signature, entre les partis, d’un accord qui amputait considérablement les pouvoirs du Président, l’Europe n’a pas réagi au reniement de l’opposition. Pourquoi les inflexibles défenseurs de la démocratie n’ont-ils pas soutenu le Président démocratiquement élu, afin qu’il poursuive son mandat jusqu’à l’élection présidentielle anticipée, fixée par l’accord.

Quand le Président Vladimir Poutine affirme que le pouvoir de Kiev est illégal, il n’a pas réellement tort. La Russie est fondée à considérer qu’il est né d’un coup de force, puisqu’il repose sur la dénonciation unilatérale d’un accord, par l’opposition, voilà pour le fond. Pour la forme, le pouvoir résulte d’une destitution, par le parlement pourtant majoritairement acquis au Président Ianoukovitch, mais qui ne disposait plus de son libre arbitre. À ce moment-là, il se trouvait dominé par des groupes fascistes et nazis. Bien que minoritaires, mais organisés et disposant d’armes. Ils tenaient alors le parlement.

En abolissant l’utilisation des langues régionales, le nouveau pouvoir a montré un visage intolérant et autoritaire, loin de cette volonté d’ouverture et de démocratie, tant vantée. Cette décision vexatoire autant qu’inéquitable est perçue, avec juste raison, comme une provocation, par ceux qui la subissent. Pour une large majorité des russophones, cette loi leur interdit de s’exprimer dans la seule langue qu’elle utilise et qu’elle considère comme naturelle, sinon maternelle. Mais ils ne sont pas les seuls à être privés du droit de parler leur langue, ce sectarisme affecte également les tartares, qui pourtant n’étaient pas hostiles à Kiev. Un tel comportement dénote un nationalisme étroit, sans concession.

C’est toujours négativement que la situation, à l’Est de l’Ukraine, est évoquée. Comme si le peuple de cette région n’était pas habilité à s’exprimer, n’avait pas la même légitimité que le peuple de Kiev, dès lors qu’il affiche un sentiment pro-russe. Pour quelles raisons les méthodes de destitution admises à Kiev, seraient-elles non applicables ou illégales à Donetsk ou à Kharkiv. Il en va de même pour la Crimée. De quelle illégitimité est frappé l’appel de Sergueï Akminov, appuyé sur une décision du parlement local, limogeant le Premier Ministre, ou le ralliement à la Russie de l’amiral commandant la flotte ukrainienne. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Chacun connaît le véritable positionnement de la Crimée, hérité d’une longue histoire. Seuls les amnésiques, volontaires, l’ignorent. En Ukraine, le République autonome de Crimée occupe une place particulière. Dans cette péninsule, la présence russe a été une constante, notamment à travers la base militaire de Sébastopol, dont on sait l’intérêt stratégique pour la Russie. La Crimée est russe depuis deux siècles et demi et ce n’est pas la donation de Nikita Khrouchtchev en 1954, qui a changé la façon de penser et de raisonner de ces russophones. Ils continuent d’ailleurs à parler, très majoritairement, le russe. La Crimée se sent plus russe, qu’ukrainienne.

Le Président Ianoukovitch n’avait rien d’un saint, mais il a accédé démocratiquement à la présidence de l’Ukraine, à la suite de l’incurie de ses prédécesseurs à gérer le pays. Malheureusement, aujourd’hui, il est permis de douter que les détenteurs du pouvoir, à l’Ouest, comme à l’Est, soient les plus aptes à présider aux destinées de l’Ukraine. L’anormalité et la brutalité de leur arrivée au pouvoir les discréditent. Pour maintenir l’unité de l’Ukraine, il faut accepter les différences culturelles et linguistiques entre l’Ouest et l’Est. Un système équilibré, qui tienne compte de tous les particularismes est impératif. Le fédéralisme pourrait être une solution. Mais unité ou partition, la décision, sur le fond et sur la forme, revient au seul peuple ukrainien.

Michel GRIMARD
Président du R.O.U.E.

 

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