Quel bilan de la coopération structurée permanente

ÉDITORIAL
le, 18 décembre 2019

QUEL BILAN DE LA COOPÉRATION STRUCTURÉE PERMANENTE

Incertitude et suspicion développent l’inquiétude, qui plane sur l’effacement de la paix dans le monde. Traités réduits à néant, sur les forces conventionnelles en Europe (FCE), sur les Forces Nucléaires Intermédiaires (FNI), doute sur l’avenir de la Non-Prolifération des Armes Nucléaires (TNP) ou la limitation d’armes nucléaires de longue portée, New Start. Perplexité accentuée pour l’Europe sur la viabilité sécuritaire de l’OTAN, après le bilan des échanges du soixante-dixième anniversaire de l’organisation. Ces événements ne peuvent que nous rendre particulièrement soucieux de la sécurité de notre continent, qui devient, plus que jamais, une urgence. L’édification d’une défense européenne, dont la Coopération Structurée Permanente est un élément accélérateur, n’accepte plus d’atermoiement. L’esprit du traité franco-allemand du 22 janvier 2019, renforce la CSP. Dans son paragraphe 3, il stipule « Les deux Etats s’engagent à renforcer encore la coopération entre leurs forces armées en vue d’instaurer une culture commune et d’opérer des déploiements conjoints. Ils intensifient l’élaboration de programmes de défense communs et leur élargissement à des partenaires. Ce faisant, ils entendent favoriser la compétitivité et la consolidation de la base industrielle et technologique de défense européenne. Ils sont en faveur de la coopération la plus étroite possible entre leurs industries de défense, sur la base de leur confiance mutuelle. Les deux Etats élaboreront une approche commune en matière d’exportation d’armements en ce qui concerne les projets conjoints ». Tout récemment, la Chancelière Angela Merkel  et le Président Emmanuel Macron ont précisé leur perception  de la défense européenne, en parlant « d’une vraie armée européenne ».

Des avancées ont indéniablement permis le renforcement, de la rationalisation  de l’industrie militaire et de l’utilisation de ces différentes composantes. Toutefois, des questions se posent. Qu’en est-il de l’avancement du char franco-allemand du futur, en principe intégré dans la CSP et où se situe le planeur hypersonique français. L’optimisation n’accepte aucune exception. Tout ce qui y concourt doit figurer dans la CSP. Notre curiosité nous conduit également à scruter, sans grande visibilité, le devenir des nombreux projets initialement comptabilisés lors du lancement de la CSP. Leur réussite, dans ce cadre, serait pourtant essentielle, en permettant à l’Europe de s’affranchir des contraintes extérieures, par une industrie militaire propre, la dégageant de toute entrave pour agir. Cette perspective déplait aux Etats-Unis, potentiels perdants sur le plan matériel et hégémonique. Mais pour être totalement efficiente, la concurrence de l’industrie militaire de l’Union nécessite une armée européenne. S’il faut certes renforcer cette politique d’armement et d’exportation commune, il convient que les oubliettes ne soient pas le sort réservé aux autres problèmes, commandement centralisé, pour être efficace et réactif, intégration assumée, relations avec l’OTAN. Il faut accélérer et proposer quelques perspectives, au-delà de la seule rationalisation des matériels et des armes.

Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué, formule que l’Union européenne semble affectionner. Le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF), lancé en juillet 2017 par le Président Emmanuel Macron et la Chancelière Angela Merkel, dans lequel figure le premier chasseur franco-allemand, s’il ne manque pas d’intérêt, peut être déroutant. L’étude de cet avion de combat du futur signée cette année par les deux ministres, français et allemand, de la défense, n’avait-elle pas un réceptacle naturel, la Coopération Structurée Permanente. Dans le cas contraire, qu’elle est l’articulation qui donne de la cohérence à ces deux organisations, qui chevauchent leurs actions. La signature, par  le ministre de la défense espagnole, de l’accord, que d’autres pays européens souhaitent également parapher, pouvait s’effectuer, en toute légitimité, avec la CSP. Créer un lien avec de possibles utilisateurs du matériel militaire qu’elle conçoit, aurait été positif, comme leur formation, dans un même creuset, à la pratique de tous les matériels, classiques ou novateurs. Une façon de maximaliser la formation et de renforcer la capacité de la CSP. La SCAF peut certainement contribuer à favoriser une indépendance militaire européenne, mais un projet d’une telle ampleur est soumis à de nombreux aléas, d’où l’importance de poursuivre avec vigueur, le développement de la Coopération Structuré Permanente.

Être des experts n’est pas notre prétention. Nous tentons simplement d’expliciter le mieux possible, l’intérêt de cette CSP, à tous ceux, qui intuitivement pensent nécessaire une force européenne de défense, pour assurer l’indépendance de l’Union. Contrairement au Général Pierre de Villiers, chef militaire que nous respectons, nous croyons à la défense européenne, dans le cadre d’une armée indépendante, sans laquelle un gouvernement européen n’aurait effectivement aucun sens. La seule forme efficace d’une armée est celle d’un commandement unique, décidé par un pouvoir politique légitime.

 

Michel Grimard
Président du ROUE

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