Quatre propositions phares pour le Mali

Article,
le, 20 février 2021

QUATRE PROPOSITIONS PHARES POUR LE MALI

 

Ces derniers temps, la situation sécuritaire au Mali est devenue de plus en plus préocupante si on en juge par la multiplication des actes terroristes. Comment imaginer que ce pays si longtemps pris comme un exemple de décolonisation réussie, en soit arrivé à cette situation. Si la conjoncture reste prioritairement fragile au nord (dénommé Azawad par les Touaregs), il y a pourtant certaines mesures qui pourraient permettre d’améliorer la situation du Mali. Parmi celles-ci, il y en a une qui est inhérente à la création de ce pays marqué par une dichotomie géographique.

Réussir la décentralisation

Lorsqu’on regarde une carte du Mali on s’aperçoit au premier coup d’œil que celui-ci se présente comme deux pays en un. On a dès lors du mal à imaginer que cette entité géographique, puisse être uniquement diriger depuis la capitale Bamako, située au sud du pays. Le nord est en effet très différent du reste du pays par sa géographie, ses populations (Songhoy, Touareg, Arabes et Peulhs) et son climat. Il faut savoir que le maillage administratif des collectivités territoriales du Mali a été conçu sur le modèle français, centralisateur et jacobin. Cette configuration due à l’héritage colonial n’a pas d’avenir. La décentralisation, constitue toujours le point faible de la réforme de l’Etat au Mali. Vu l’étendue du territoire, on peut aisément imaginer la crainte du gouvernement malien de voir lui échapper des pans entiers de pouvoir, avec un risque de partition du pays. Cependant, la réconciliation au nord pourrait rester une source de préoccupation pour le futur du pays si aucune solution n’était trouvée à la délicate adéquation consistant à satisfaire les revendications d’autonomie des populations du nord, tout en maintenant l’unité du pays. Or la mise en place d’une décentralisation poussée semble incontournable si on veut éviter l’extension des conflits. Pour autant, une forme de régionalisation reste encore à trouver.

Lutter contre l’immigration clandestine

Emigration et développement ne font pas bon ménage. Entre les deux il faut choisir. Il n’est en effet plus possible aujourd’hui de ne pas réagir à cette logique de départs inéluctables de migrants vers le territoire européen sans proposer des mesures alternatives. De source gouvernementale malienne, les jeunes maliens sont conditionnés dès leur plus jeune âge, par leur famille, leur entourage, à émigrer vers l’Europe où serait leur seul avenir. Il faut comprendre que le destin des jeunes maliens n’est pas en Europe. Il est désormais nécessaire de s’attaquer aux causes profondes des migrations de masse, en ayant le courage d’analyser leurs conséquences. C’est en amont, dans le pays d’origine qu’il faut agir en dissuadant les jeunes hommes pour la plupart, qui représentent les forces vives du pays, de le quitter. Il ne faut pas se contenter d’intervenir en aval, au niveau de Frontex ou Eurosur, lorsque les migrants sont déjà aux portes de l’UE mais d’agir bien avant le départ, car une fois le processus enclenché il est plus difficile d’endiguer le mouvement récupéré par les réseaux mafieux qui organisent ces trafics humains. Il est du devoir de l’Europe d’élaborer des campagnes efficaces afin de décourager les candidats au départ, en leur faisant prendre conscience des risques encourus et que l’émigration n’est pas une bonne affaire pour eux. La tenue de conférences éducatives au niveau des collectivités locales en milieu rural et urbain comme la production de cassettes-vidéo, films, messages radio-télévisé pourraient être diffusés avec le concours d’ONG spécialisées dans la lutte contre les réseaux de passeurs.

Endiguer une démographie galopante

L’évolution démographique du Mali est une bombe à retardement quant aux perspectives de développement de ce pays. Son taux de fécondité élevé constitue un obstacle au développement durable. Comme ailleurs en Afrique, la transition démographique est l’un des défis essentiels du Mali. En conséquence, il faut s’attendre d’après les prévisions des démographes à une aggravation des tensions sur l’exploitation des matières premières. Or les maliens font de plus en plus d’enfants pour répondre aux standard de la société malienne qui continue de valoriser les familles nombreuses (un couple n’imagine généralement pas avoir moins de 7 à 8 enfants) et par là même combler le déficit causé par l’émigration de masse vers l’Europe. A l’instar de la Chine qui a atteint ses objectifs malgré des effets pervers, l’Union africaine a bien annoncé la mise en place d’une politique de l’enfant unique en Afrique, laquelle devait entrer en application en janvier 2019. Les occidentaux ont salué cette décision qualifiée de responsable, mais peut-on vraiment imaginer pour qui connait l’Afrique, que cette mesure certes louable, ait quelques chances d’être appliquée? Là encore, avec une volonté politique forte, des ONG pourraient être mobilisées pour mener des campagnes éducatives de type planning familial en faveur de la promotion du droit à l’avortement et du contrôle des naissances.

Amorcer le retrait progressif des troupes françaises

La multiplication des attaques meurtrières visant les forces armées maliennes, françaises, européennes, les casques bleus, mais aussi la population est intolérable. Pour rappel, en 2013 l’intervention militaire française dénommée Serval avait permis de mettre un terme à l’avancée des groupes Djihadistes du nord vers la capitale du Mali, évitant ainsi que ce pays (et les Etats voisins) ne soit aujourd’hui devenus une République islamique. Après ce succès, en 2014 la France a lancé l’opération Barkhane afin de sécuriser une vaste région située entre le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Tchad et le Niger. Où en sommes-nous cinq ans après, alors que le bilan humain s’alourdit, que les Djihadistes gagnent peu à peu du terrain et que la mission anti-terroriste au Sahel semble s’enliser dans les sables du désert. Il faut rappeler qu’initialement la présence militaire française a été fondamentale pour assurer la sécurité du pays, car les soldats maliens mal entrainés et sous équipés, ont démontré leur incapacité à faire face à des Djihadistes particulièrement mobiles. Malgré des budgets conséquents alloués par l’Union européenne pour assurer des formations et du matériel militaire prêté par certains Pays Membres, l’européanisation de l’opération militaire pour épauler la France n’a pas vraiment fonctionné. Cette dernière a envoyé quelques 5 100 militaires tandis que, parmi les troupes européennes, seules la Belgique, l’Estonie et la République tchèque ont pour l’instant répondu à l’appel en envoyant des troupes sur le terrain. Pour tenter de sécuriser le Mali, il faut désormais accélérer l’africanisation des troupes avec le remplacement progressif des soldats européens par des soldats maliens et des pays de la zone. L’armée française ne peut plus rester encore trop longtemps sur le terrain car elle est de plus en plus considérée comme une troupe d’occupation. Par ailleurs, il faut comprendre que l’opération militaire ne peut endiguer à elle seule les trafics qui ont existé de tout temps dans ce territoire immense.

Alors bien entendu la Communauté internationale doit continuer à faire du développement pour aider le Mali à se reconstruire afin que l’État reprenne son rôle consistant à empêcher les groupes armés de s’étendre.

Il faut bien reconnaitre que depuis que l’opération Barkhane a été lancée on fait du surplace. Ceci est d’autant plus regrettable que l’investissement en faveur de ce pays a été considérable. Peut-on encore espérer un changement positif ? c’est la question qu’on doit aujourd’hui se poser.

Denis POURCHET
Membre du bureau national du R.O.U.E.

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