Pour la France honorer ses engagements c’est livrer le Mistral

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ÉDITORIAL,
le 19 novembre 2014,

POUR LA FRANCE HONORER SES ENGAGEMENTS C’EST LIVRER LE MISTRAL

Amenuisé, quasiment vidé de toute raison d’être par la position raisonnable de la Russie, qui a fait preuve de retenue en respectant simplement et seulement, la volonté des habitants lors des élections dans l’Est de l’Ukraine, le maintien des sanctions devient incongru, même si les accords de Minsk avancent, certes difficilement, mais malgré tout. Alors que dire de la position, inconcevable, concernant le Mistral, que rien n’interdit de livrer.

A une période où de de violents combats sévissaient en Ukraine, la France était disposée à livrer les Mistrals et au moment où un cessez-le-feu tempère la violence et met en perspective une solution, elle inverse sa position. Sous la pression de pays membres ou extérieurs à l’Europe, ce n’est plus son raisonnement qui dicte ses décisions. Devenue acéphale, la France se laisse guider sa conduite. Les exemples de pressions pullulent. Fin août, à Milan, les pays Baltes, la Pologne et la Suède demandèrent l’arrêt de la livraison des Mistrals. Ils l’assortirent de déclarations venimeuses et agressives à l’égard de la Russie, alors que préalablement, le 21 août, le Président Vladimir Poutine avait tenu des propos apaisants. Dans un appel du 2 septembre, un groupe d’intellectuels polonais récidive, allant, de façon outrancière à l’égard de la France, jusqu’à dire que “François Hollande, Président de la République française, se trouve devant la tentative de faire un pas qui serait plus grave que la passivité de la France en 1939”. La pression la plus décisive est naturellement venue des États-Unis, lors du sommet de l’OTAN des 4 et 5 septembre. Quand cesserons-nous d’obtempérer  au moindre signe de cet allié, extérieur à notre continent.

D’autres esprits, fertiles ou cyniques, poussent dans cette voie du renoncement. L’extravagant Bernard-Henri Lévy propose la vente des Mistrals à l’OTAN, certainement pour renforcer l’indépendance européenne, ou bien directement à l’Europe, qui ne dispose pas de défense, qui lui soit propre. Le russophobe Premier Ministre canadien, propose d’acquérir le Mistral, par pur cynisme, sa décision étant dictée par son rejet viscéral de la Russie. Ces propositions sont  d’autant plus fantaisistes que le Mistral fabriqué à Saint-Nazaire, pour les russes, correspond à certaines de leurs contraintes. Il est donc difficilement, si non quasiment invendable à des tiers.

Soyons respectueux de nos engagements, en livrant à la Russie le porte hélicoptère Mistral, comme prévu dans le contrat signé entre la France et la Russie. D’autant, qu’aucune sanction n’interdit à notre pays de renoncer à la livraison de ce navire. Les mesures prises n’étant pas rétroactives, elles ne concernent pas les contrats militaires en cours d’exécution. En aucun cas nous ne violons le droit international. En refusant, unilatéralement, sans obligation légale et sous la pression d’éléments extérieurs à la France, d’honorer ses engagements, nous semblons abandonner notre souveraineté et abdiquer toute indépendance.

Impossible, d’autre part,  d’occulter les nombreux contrecoups qu’une telle attitude ne manquerait pas d’entrainer. Elle risquerait d’être fort dommageable à notre pays. Elle serait funeste à la confiance qui nous est accordée. Notre crédibilité en serait gravement affectée. Pourrions-nous continuer à apparaître fiables aux yeux de nos partenaires commerciaux. L’incompréhension et surtout la suspicion risqueraient alors de les habiter. Évitons d’altérer l’image de la France dans le monde. Cette décision porterait un coup néfaste, à toute notre politique de défense, en mettant en péril nos contrats d’armement en cours d’études et ceux à venir. Sans exportation de nos équipements militaires, nous risquons de voir dépérir notre armée, déjà lourdement handicapée par les coupes budgétaires qu’elle subit.

Les conséquences financières engendrées par cette décision politique ne seraient pas marginales, pour une trésorerie nationale déjà fragilisée. Les conséquences d’une rupture aussi irrationnelle, sans justification légale, seraient lourdes pour notre pays, qui se verrait contraint de rembourser les 1,2 milliards d’euros payés par la Russie, ainsi que de notables pénalités, attenantes. N’oublions pas également  le secteur de la construction navale, qui se trouverait impacté, sur le plan humain par la mise en cause d’un millier d’emplois et sur celui de l’économie, par l’incapacité à utiliser les cales de Saint-Nazaire, pour de nouvelles constructions.

Une décision néfaste, prise sans obligation, est inconcevable et inacceptable pour la Russie. Elle ne peut y voir qu’un manque d’indépendance et de libre arbitre de notre pays. Si nous voulons conserver notre position, commençons par être fidèle à notre parole et honorons nos engagements.

 

Michel GRIMARD
Président du R.O.U.E.

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