Nécessaire relance de la Coopération avec la Russie

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le, 22 décembre 2019

NÉCESSAIRE RELANCE DE LA COOPÉRATION AVEC LA RUSSIE

Depuis la disparition de l’URSS, les relations entre l’Europe et la Russie ont été pour le moins compliquées. Celles-ci ont terriblement souffert d’un manque de clairvoyance de la part des Dirigeants européens qui ont été guidés par une vision idéologique, entrainant des incompréhensions réciproques. Le rôle joué notamment par les États-Unis et l’OTAN a beaucoup contribué à cette situation.

Pourtant, après la chute du mur de Berlin les choses se présentaient plutôt sous de bons hospices, même si les maladresses de l’occident ont été nombreuses. La Russie reprochant notamment au monde occidental de ne pas avoir respecté l’accord passé avec M. Gorbatchev en 1990, de ne pas faire entrer les Pays Baltes dans l’OTAN. La Russie a ressenti une profonde humiliation du fait des nombreuses promesses non tenues par l’occident, accompagnée d’un sentiment d’encerclement.

Depuis, les tentatives de rapprochement avec l’Union européenne (UE) ont été  plus ou moins réussies car il existe à la base un profond malentendu dans la mesure où l’Europe voulait croire que la Russie, qui n’est plus l’URSS, souhaitait intégrer ses valeurs, alors que cette dernière n’avait pas envie de laisser l’occident lui dicter sa conduite. Il existe en effet une différence de nature et d’objectifs entre la construction d’une UE qui implique des transferts de souveraineté, et une Russie très attachée à ses prérogatives et intérêts géopolitiques.

Cette méfiance réciproque n’a pourtant pas empêché l’UE de signer en juin 1994 à Corfou un Accord de Partenariat et de Coopération (APC) avec la Russie pour une durée de dix ans reconductible. Cet Acte fondateur des relations entre la Russie et l’UE avait notamment pour objectif de consolider la démocratie, de développer l’économie, de même que créer un cadre pour le dialogue politique. Mais voilà, le partenariat stratégique conclu entre l’UE et la Russie a obtenu des résultats pour le moins mitigés. Le dialogue politique a notamment montré ses limites et les désillusions réciproques résultent certainement de son ambiguïté originelle. Pour autant, la volonté de poursuivre la coopération de part et d’autre, n’a pas été entamée.

Cependant, l’intervention de la Russie en Crimée a entraîné en 2014 la suspension de l’ensemble des pourparlers et de la coopération avec la Russie. Les pays membres de l’UE se sont engouffrés dans des mesures restrictives avec leur cohorte de sanctions contre la Russie. Pourtant l’UE aurait pu faire preuve de davantage d’ouverture d’esprit vis-à-vis de la Russie au regard de la situation en Crimée. Si on peut légitimement contester la méthode, il faut bien se dire que cette région abrite une population presque exclusivement russe, de même que pour la province du Dombass dont les habitants sont majoritairement russophones. Au lieu de se cantonner aux sanctions, Bruxelles aurait pu par exemple avancer des idées telles que la constitution d’une Ukraine fédérale. Il n’est pas dans l’intérêt de l’Europe d’isoler la Russie, sinon ce pays se tournera inévitablement vers d’autres interlocuteurs. C’est d’ailleurs déjà en grande partie le cas avec des pays d’Asie comme la Chine sur le plan commercial et un redéploiement stratégique au Moyen Orient sur le plan diplomatique et militaire.

Il n’y a plus aujourd’hui aucune raison idéologique de vouloir créer une nouvelle guerre froide en Europe. Le temps est venu de renouer des liens distendus depuis trop longtemps avec la Russie. Nous avons beaucoup trop en commun pour négliger nos relations, désormais altérées par la question de la Crimée et le conflit Ukrainien. Les tentatives de rapprochement entre Moscou et Bruxelles sont aujourd’hui au plus bas alors que la nécessité de se rapprocher de la Russie n’a jamais été aussi urgente pour la survie de l’Europe. Les thèmes de coopération ne manquent pourtant pas. Face à une menace commune, la lutte contre le terrorisme, pourrait constituer un moyen de rapprochement entre la Russie et l’UE.

Cette thématique (qui n’était pas d’actualité en 1994), a pris ces dernières années des proportions inquiétantes pour l’ensemble de l’Europe et du monde occidental. Le Président de  la Commission européenne Jean Claude Junker l’a bien compris lorsqu’il a déclaré « Il est de l’intérêt de l’UE de mettre tous les problèmes de côté, afin de nous concentrer ensemble sur ce défi principal que représente le terrorisme islamique. Si nous ne parvenons pas à gérer cette situation ensemble, l’Europe sera au bord de l’abîme et ce serait la fin ».

Certes, aujourd’hui les conditions ne sont pas réunies pour relancer une Coopération renforcée avec la Russie sur la base des Accords de Partenariat (UE-Russie) précédents devenus obsolètes. Cependant les lignes bougent très vite en matière diplomatique et militaire ces derniers temps. En témoignent les récentes tentatives, encore trop timides, de rapprochement français avec la Russie et les interrogations légitimes du Président de la République concernant le rôle de l’OTAN. Il faut bien se l’avouer, l’UE a besoin de la Russie jugée indispensable à l’équilibre et à l’avenir du continent européen. Notre relation avec ce grand pays est devenue un enjeu stratégique majeur. Profitant de la mise en place de la nouvelle Commission européenne, les États Membres devraient pour cela discuter d’un mandat afin d’ouvrir des négociations en vue de la conclusion d’un nouvel Accord de Partenariat et de Coopération avec la Russie.

 

Denis POURCHET
membre du Bureau du ROUE

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