L’industrie militaire peut servir l’éthique et la paix

Éditorial,
le 07 décembre 2020

 

L’INDUSTRIE MILITAIRE PEUT SERVIR L’ÉTHIQUE ET LA PAIX

Quelle idée saugrenue, s’exclameront des lecteurs. Elle peut sembler absurde, une gageure, tant les termes paraissent antinomiques. Pourtant, le but que nous entendons assigner à cette industrie militaire européenne, justifie parfaitement cette dénomination. L’Europe s’honorerait d’orienter sa défense vers un si noble objectif, qui s’inscrit dans les principes de paix de l’Union européenne, qui a rompu avec toute volonté dominatrice. Par la rationalisation de cette industrie, l’éthique, mais aussi l’économie en tireraient profit. La déontologie occupant une place fondamentale dans notre proposition, il nous paraît intéressant de citer un très récent rapport de deux parlementaires (*), dont le Monde s’est fait l’écho. Dans un passage ils rappellent la nécessité d’un meilleur contrôle de l’exportation des armes « L’un des enjeux de l’amélioration de ce contrôle est lié à l’évolution des sensibilités de l’opinion sur les ventes d’armes à des pays éloignés des canons, des droits humains à la française ».

Développer des matériels militaires, logistiques et offensifs, toujours plus performants, nécessite un budget de recherche très important, ce qui implique d’avoir recourt  à l’exportation de notre production, avec toutes les contraintes qui peuvent en résulter. La mutualisation des moyens financiers dans le cadre d’une industrie militaire européenne, nous affranchirait de cette exigence exportatrice. Par voie de conséquence, notre diplomatie se trouverait libérée de toute entrave, de toute servitude. Elle pourrait s’exercer en toute indépendance. Nous retrouverions notre dignité en cessant de vendre des armes, sans se préoccuper des conséquences. Nous ne détournerions plus les yeux pour ne rien voir, nous ne murerions plus nos oreilles pour ne rien entendre. L’éthique se verrait de nouveau respectée, par l’absence de livraison d’armes à des pays dont nous sommes devenus les obligés et de ce fait les complices. L’utilisation de ces fournitures létales n’étant pas toujours conforme aux droits de l’homme. Nous éviterions de nous fourvoyer en reniant nos valeurs. Cette ligne de conduite n’exclurait pas de fournir des pays, respectant les grands principes humains.

Prenons conscience qu’actuellement, et malgré les précautions prises, notre pratique nous conduit à participer, certes indirectement, à des actions que normalement nous réprouvons. Nous sommes virtuellement partenaires dans des guerres qui nous sont étrangères ou que nous désapprouvons, mais dans lesquelles s’abattent, sans discernement de population, un déluge de feu auquel nous ne sommes pas étrangers. De même, notre attitude à l’égard du terrorisme islamique, ne manque pas d’ambiguïté. Nous le subissons, dans toute son horreur, sur notre sol, mais parallèlement nous vendons des armes à des pays qui le soutiennent, qui le favorisent, soit quasiment directement, soit en sous-main. On ne peut s’arcbouter sur la défense de la laïcité, de la liberté d’expression, de la devise de notre République, liberté, égalité, fraternité et pactiser avec ses ennemis les plus féroces, qui n’ont qu’un seul but, anéantir tout ce qui fait la grandeur de notre république. Ce constat vaut pour l’Europe qui se pare dans les vertus de la démocratie.

Afin d’échapper à cette situation, réagissons en créant une industrie militaire européenne, déjà embryonnaire dans la Coopération Structurée Permanente. Engagés dans cette CSP la France et l’Allemagne apparaissent comme des précurseurs. De nombreux projets ont déjà été identifiés, certains faisant l’objet d’études. D’autres, parfois moins intégrés, participent néanmoins à ce désir d’unification, le char franco-allemand du futur, le planeur hypersonique français, l’avion de combat du futur, notamment. La fusion des différentes capacités européennes favoriserait une optimisation des ressources financières. Malgré que ses dépenses militaires placent l’Europe en deuxième position dans le monde, elle reste largement en deçà, comme puissance militaire. En permettant d’énormes économies, l’adaptation favoriserait le développement de notre potentiel, sans dépenses supplémentaires. Comme l’indique Michel BARNIER dans un rapport qui demeure globalement d’actualité « Il suffit de regarder la duplication de systèmes d’armes pour se rendre compte du gâchis. La comparaison entre l’Union européenne et les Etats-Unis est édifiante. Le nombre de systèmes d’armes est de 154 dans l’Union européenne et de 27 aux Etats-Unis, qui se répartissent ainsi pour les 3 principaux. Véhicules de transport de troupe, 37 types Union européenne, 9 types Etats-Unis. Avions ravitailleurs, 12 types Union européenne, 4 types Etats-Unis. Avions de combat, 19 types Union européenne, 11 types États-Unis ». En réduisant en Europe les Types de systèmes, on voit l’économie qui pourrait-être réalisée sur le coup de production et de formation. Cette observation concerne toutes les autres catégories d’armes. Outre la gabegie financière, le morcellement de la défense européenne est source de stérilité.

Porteuse de probité, l’industrie militaire européenne devrait emporter l’adhésion des pays de l’Union.

Michel GRIMARD
Président du ROUE

(*) Michèle Tabarot, députée des Alpes-Maritimes,
Jacques Maire, député des Hauts-de-Seine

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