L’indépendance de l’Europe rejette tout interventionnisme extérieur

Article,
le 10 septembre 2021

 

L’INDÉPENDANCE DE L’EUROPE REJETTE TOUT INTERVENTIONNISME EXTÉRIEUR

Nos chers alliés les Etats-Unis et notre attentive Russie, sont quelque peu omniprésents, mais aussi pressants, dans la vie politique de l’Union européenne. Même si c’est, certainement, pour nous être utiles, nous pensons que pour notre bien, il convient de la gérer à notre guise. Notre attitude doit être dictée par nos seuls intérêts, sans privilégier l’une ou l’autre  de ces deux grandes puissances. Aucune subordination, quel qu’en soit la nature n’est acceptable. Ayons conscience que le rapprochement entre les Etats-Unis et la Russie se fera, si non au détriment de l’Union, toujours à son indifférence. C’est en marquant notre équilibre entre les deux, que nous assurerons notre indépendance. Nos positivités ne convergent pas forcement et spontanément avec ceux de Washington, de Moscou ou de Pékin. Chacun, à sa façon, est mu par un unique sentiment envers l’Europe, diviser ses membres. A nous de savoir choisir, dans chaque cas, où se situe notre avantage.

Le Président Joe Biden a rapidement manifesté le peu de considération qu’il porte à l’Union. Mais humilier l’Europe est pratiquement une constante des Etats-Unis. Notamment au Proche Orient, d’où ils nous ont évincés, depuis longtemps, du règlement du conflit israélo-palestinien ou plus récemment, des discussions sur l’avenir de l’Afghanistan. L’Union européenne ne peut accepter d’être exclue de négociations internationales, qui concernent des questions vitales pour tous. Les lois extraterritoriales qui menacent la liberté de l’Europe, comme la tutelle exercée par le biais de l’OTAN, participent du même esprit. C’est un autre travers de l’Alliance Atlantique, que l’appartenance de la Turquie à cette organisation, dont la cohésion est en question, des lors qu’Istanbul  se dote de missiles russes. Quelle fiabilité accorder à ce membre de l’OTAN, sur le plan opérationnel. De plus, le redéploiement de l’organisation vers des questions qui ne sont pas, nécessairement, de l’intérêt de l’Europe, mais l’engage, montre la nécessité d’une défense européenne indépendante. Vieille idée des Etats-Unis, «l’alliance des démocraties« mériterait que sa dangereuse ambiguïté soit levée. Les Américains ne sont guère les mieux placés pour user de cette idée. Dans un passé, pas si lointain, ils se sont parjurés devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, pour engager, par le mensonge, une guerre au Proche-Orient. Prémunissons nous d’être entrainés dans une action contre la Chine, alors que le conflit est avant tout sino-américain. Présenté de façon plus diplomatique « l’America First » demeure la devise.

Après le Président Donald Trump, la venue de son successeur n’efface pas les doutes qui nous assaillent, raisonnablement, sur la fiabilité et les intentions des Etats-Unis. Le parti Démocrate n’est pas moins protectionniste que celui des Républicains, ce qui ne devrait pas faciliter le règlement de nombreux différents, telle la taxe carbone à l’entrée de l’Union européenne, pour ceux dont l’action contre le réchauffement climatique demeure bien timide. Seulement, une nouvelle fois, les européens se renient. Provisoirement, mais dans la durée certainement, ils renoncent à instaurer une taxe numérique sur les GAFA, prétextant de l’accord sur la taxation des multinationales. L’avenir de l’autonomie, tant vantée, s’obscurcit. Pourtant, après la visite du Président Américain en Europe, la France apparaît comme le pays qui défend le plus l’Union, dans sa volonté d’être souveraine, et qui affirme le mieux sa personnalité. Les attentions particulières, les bonnes grâces, dont sont gratifiés certains membres de l’Union, à l’image de la levée des sanctions touchant Nord Stream 2, au demeurant quasiment terminé, montrent sur qui comptent les Etats-Unis, pour poursuivre la division de l’Europe.

A travers son ministre des Affaires Etrangères, Moscou n’hésite pas à traiter le représentant de l’Union européenne avec un certain mépris. Même si, pour l’Union, il s’agit malheureusement plus d’une figuration que d’une autorité, l’attitude est inacceptable. L’Europe doit tenir compte de l’évolution du Président Vladimir Poutine, dont la nouvelle approche, n’est plus positive. Les relations franco-russes sont aujourd’hui en berne. Désormais, comme Washington, Moscou tente de lézarder l’unité de l’Union. Mais la raison commande d’éviter la confusion. Nord Stream 2 ne doit pas diviser les européens. Le seul intérêt qui vaille est celui de l’Europe, qui dans ce cas le rejoint. Outre que les sanctions contre la Russie sont loin d’être toujours justifiées, elles sont injustes, car le peuple russe qui les subits n’est pas notre ennemi, mais notre ami. Pour assurer la paix sur notre continent, l’architecture de sécurité européenne, ne peut ignorer la Russie, indispensable à une édification positive. Que l’Union soit vigilante, sur le respect de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, va de soi, mais il lui faut éviter les pièges provenant de fausses informations, comme celles d’avril 2021 véhiculées par les médias, prédisant une attaque imminente de l’Ukraine par les troupes russes, massées sur la frontière, mais que la réalité a démenti. L’exploitation de ce prétendu danger a permis au Président Joe Biden de justifier le renforcement de son soutien à Kiev, matérialisé par la fourniture d’armes,  laissant entrevoir que la perspective otanienne, n’est plus un mirage. Cependant, l’équité a ses limites et la naïveté n’est pas de mise à l’égard de la Russie. L’Union européenne se doit de réagir fermement lorsque ses intérêts sont en danger, particulièrement sa sécurité, à l’exemple d’actes inamicaux et inadmissibles déjà constatés, comme la violation de son espace aérien ou maritime.

L’affrontement sino-américain n’engage pas systématiquement l’Europe, à l’épouser. Les raisons qui motivent le Président américain à poursuivre la croisade contre la Chine, en fédérant autour de lui d’autres pays, dont certains de l’Union, ne s’embarrassent  pas d’âme. Elles s’inscrivent dans la droite ligne  de l’initiateur du conflit, Donald Trump. Que la suspension de l’accord avec Pékin soit prétendument nécessaire, peut-être. Qu’elle résulte d’une volonté de plaire aux Etats-Unis change la done. Or, il n’est pas saugrenu de s’étonner de la concomitance, du sursoit de l’accord et de la trêve entre Washington et Bruxelles sur la guerre commerciale à travers les taxes douanières. Là, nous dévions du chemin tracé par le Président Emmanuel Macron, qui refuse un alignement automatique sur les Etats-Unis, particulièrement dans le conflit avec la Chine. Brandir sa volonté de souveraineté et s’associer simultanément, de façon quasi permanente aux vindictes des Etats-Unis est antinomique. Les sanctions qui souvent en découlent, ne gênent guère les dirigeants des pays visés. Même prisent en tout indépendance, par l’Union européenne, les sanctions ne seront qu’illusion, tant que l’instance qui les prononce est démunie de ce qui fait autorité, une défense non subordonnée, qui lui soit propre.

Le Président Emanuel Macron se voudrait-il notre émule, au moins dans la seconde partie de cette déclaration « Un lien transatlantique régénéré, passe par la capacité de l’Europe à tracer sa propre voie et à s’affirmer sur le plan sécuritaire ». Certainement, mais tous les membres de l’Union ne partagent pas cette vision. Essentiellement, les pro-atlantiques et les pro-russes au mauvais sens du terme. Comment peuvent-ils refuser de placer les intérêts de l’Europe au centre de leurs priorités. L’Union n’est pas à vendre, pas plus qu’elle n’est moribonde. La Pologne et les pays Baltes, notamment, devraient comprendre qu’ils ont adhéré à l’Union européenne, pas aux Etats-Unis à travers l’OTAN. L’Europe doit poursuivre sa recherche de liberté dans tous les domaines où nous demeurons trop dépendants, l’énergie, les technologies de pointe, la défense, l’espace militaire et les métaux rares, en particulier. Pour y parvenir, nous devons réussir notre unité, d’où jaillira  notre puissance. Comme l’a dit, Madame Sylvie Kauffman, dans un article du journal le Monde « Non l’Europe n’est pas nulle » « Il est vain de comparer les performances de l’Europe à celles de la Chine et des Etats-Unis. Ces deux pays sont des Etats unitaires, alors que l’Union européenne est une Union d’Etats ». Il revient donc aux européens d’œuvrer rapidement, pour que cette construction se transforme en Etat des nations européennes. Pour faciliter ce devenir, en respectant les nations, il faut, au-delà des fonctions régaliennes indispensables à un Etat souverain, laisser aux différentes composantes le soin de légiférer sur les autres sujets de la vie quotidienne. Les responsables de l’Union devraient prendre en compte un récent sondage, qui montre que les européens ont bien compris, que face à l’importance de la Chine, des Etats-Unis et de la Russie, leur seul espoir d’exister internationalement est d’être souverain, dans un cadre unitaire.

Quel européen convaincu hésiterait à souscrire à l’Europe évoquée par le Président E.Macron, celle « qui a besoin de construire le cadre de son autonomie stratégique, en matière économique, industrielle, technologique, de valeur militaire ». Souhaitons que les mots se gravent dans la réalité, sous la direction de responsables de l’Union, dignes de leurs fonctions. Le comportement mesquin autant que déplorable du Président du Conseil et de la Présidente de la commission, pour apparaître comme réel Président de l’Europe, fissure un peu plus la confiance des citoyens de notre continent, dans la construction de cette  fertile unité. L’espoir va malgré tout demeurer. L’Union européenne est tenue de manifester son existence. Sa voix doit-être entendue, sa différence se manifester. Les capacités de l’Union existent pour être puissante, respectée, écoutée, mais encore faut-il qu’elle soit organisée et rassemblée dans un cadre unitaire actif. Dialoguer, mais riposter, sans faiblesse, pour sauvegarder ses intérêts, c’est l’attitude que l’Union doit adopter à l’égard, des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine.

Michel GRIMARD
Président du ROUE

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