L’Europe et le programme de désarmement Nunn-Lugar

ÉDITORIAL,
le 15 mars 2013,

Aujourd’hui, les conditions pour la poursuite du programme de désarmement, lancé en 1991 à l’initiative des sénateurs américains Sam Nunn et Richard Lugar, ont changé. Pour autant, il ne s’agit pas d’en nier le bilan positif. Ce programme, qui ambitionnait la destruction et la surveillance des arsenaux d’armes de destructions massives, notamment nucléaires, détenus par les pays de l’ancienne URRS, a atteint, avec leur concours, les principaux objectifs. Il a permis de réduire le danger nucléaire, par l’élimination de nombreuses armes de ce secteur. L’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan, en témoignent. Mais même si des démantèlements restent à réaliser, l’important travail de destruction accompli et l’affirmation grandissante de la Russie restreignent désormais l’intérêt du programme mis en œuvre en 1991.

La situation géopolitique a évolué et la Russie est fondée à vouloir une refonte des conditions, pour la poursuite de sa participation au programme de désarmement. Toute interférence relative à sa souveraineté, n’a plus de raison d’être. Son essor économique et ses nouvelles capacités financières, lui permettent d’assumer, désormais en toute indépendance, les objectifs du programme de désarmement et les suites résultants du traité start III. Toutefois, en demandant des amendements significatifs, pour le renouvellement de sa participation au programme, la Russie montre qu’elle n’est pas obtuse et qu’elle sait coopérer.

Pour sa part, l’Europe doit refuser d’être marginalisée lorsqu’il s’agit de désarmement et de défense, même si la pléthore,  de traités ou de pactes dans ce domaine, n’assure guère sa sécurité. Comme nous avons déjà eu l’occasion de l’exposer, une nouvelle architecture européenne de sécurité, à l’image de celle proposée, en son temps, par le Président Dmitri Medvedev, s’impose.

Le déséquilibre européen en matière nucléaire est patent. Malgré la diminution des arsenaux américains et russes, il reste largement prééminent. L’Europe ne dispose, à travers la France et l’Angleterre, que d’environ 525 têtes nucléaires, face aux 8500 des Etats-Unis et aux 11000 de la Russie. Même ramenés aux objectifs du traité start III, ces pays disposeront encore, chacun, de 1500 ogives. Compte tenu de ce déséquilibre et du bouclier antimissile, l’Europe doit être associée à toutes les discussions relatives à ces questions, qui engagent sa sécurité.

Si l’on désire véritablement avancer et garantir la paix, il convient de régler le problème que ne manque pas de poser le bouclier antimissile, en Europe. Les Etats-Unis doivent garantir concrètement, que le bouclier antimissile ne sera pas, comme le demande le Président de la Douma, Serguei Narychkine “dirigé contre le potentiel stratégique nucléaire russe”. Pour être évidente, cette garantie doit faire l’objet d’un accord juridiquement contraignant.

Il serait judicieux de saisir l’opportunité, que représente la nomination du nouvel ambassadeur de la Fédération de Russie, auprès de l’OTAN. Monsieur Alexandre Grouchko, tout en étant un interlocuteur ferme, est un homme ouvert, qui souhaite comme il l’a déclaré “une meilleure qualité des relations entre la Russie et l’Union européenne et une plus grande efficacité de coopération avec l’OTAN”.

Michel GRIMARD
Président du R.O.U.E.