L’Europe doit se protéger l’économie de marché ne régit pas la Chine

ÉDITORIAL,
le 11 avril 2016,

L’EUROPE DOIT SE PROTÉGER L’ÉCONOMIE DE MARCHÉ NE RÉGIT PAS LA CHINE

Le temps dépasse la raison, plongeant l’Union européenne dans de nouvelles affres. Quinze années se terminent, sans que la structure de l’économie chinoise se soit profondément transformée. Mais le moment approche où la chine bénéficiera du statut d’économie de marché, conformément au protocole signé lors de son entrée dans l’OMC en 2001. L’étape libératoire aboutie, la Chine se trouvera affranchie des contraintes antidumping, qui permettent à l’Union européenne de se protéger d’une concurrence déloyale et ce ne sont pas les dispositions protectionnistes de de l’OMC, où théoriquement le dumping n’existe pas, qui permettront d’y pallier. Face à cette future situation, qui risque d’engendrer des drames, l’Europe doit sortir de ces atermoiements et préparer la riposte.

Parmi les risques encourus, figure l’effondrement de l’industrie métallurgique. Les surcapacités de production d’acier de la Chine atteignent des sommets, proches de la production d’un géant mondial, comme Arcelor Mital. Une majorité d’entreprises de ce secteur sont en très grandes difficultés, à l’image de l’imposant Wuhan Ironand Steel. Ce contexte pousse Pékin à une exportation débridée, préjudiciable à l’Union européenne, autant par l’engorgement du marché, que par la chute des prix, qui en résulte. L’enjeu est important et il revient à la commission européenne d’affuter ses armes. Elle n’est certes pas restée inactive, s’évertuant même à trouver les moyens  de contrer les dangers d’une reconnaissance, pour la Chine, du Statut d’Économie de Marché (SEM). Seulement, les révisions des règles antidumping applicables à la Chine, sur lesquelles la commission travaille, ne sont guère satisfaisantes. Elles postulent indirectement, pour Pékin, une reconnaissance du SEM. Si l’Union européenne ne peut ignorer les termes du protocole d’adhésion chinois à l’OMC, elle peut faire valoir que Pékin n’a pas rempli les conditions d’obtention du SEM, dont l’attribution n’est pas automatique. Dépassons les solutions ambiguës et comme François Fillon, soyons fermes ” Il faudrait être fou pour abattre nos défenses face au géant chinois qui continue à subventionner son industrie et à bénéficier du dumping sociable”.

S’il est indéniable que l’économie chinoise se développe rapidement et progresse dans de nombreuses économies de pointe, elle ne s’apparente pas pour autant à une économie de marché. Sa mue, pour y parvenir, ne semble pas amorcée. Tout est artifice, car reposant sur la volonté de l’État. Le secteur privé ne peut masquer la réalité. La Chine demeure un pays communiste qui garde, globalement, la main mise sur la conduite de l’économie. Le monopole d’État ne s’applique pas seulement à la Chine, il se manifeste également, indirectement, à l’extérieur, par l’interdiction faite aux entreprises étrangères d’intervenir dans certains domaines nullement vitaux pour le pays. En subventionnant intensément et de multiples façons des parts entières de son économie, la Chine triche et révèle assurément, qu’elle n’a rien d’une économie de marché. La logique des prix et des coûts n’est pas au rendez-vous, comme le soulignent de nombreuses enquêtes européennes. Depuis que l’octroi du Statut d’Économie de Marché lui a échappé en 2001, lors de son admission à l’OMC, la Chine est demeurée statique, 2016 s’apparente à 2001. Pour appréhender cette réalité, l’économiste Patrick Artus est certainement le mieux placé, or son jugement est net, la Chine n’est pas une économie de marché.

Le danger est tel, que la mobilisation de tous les intervenants est totale, patrons, syndicats, associations. Ils ne cessent d’alerter les autorités nationales  et Bruxelloises, sur les aspects négatifs qu’entrainerait la reconnaissance par l’Union européenne, du Statut d’Économie de Marché, pour la Chine. Le message semble avoir reçu un écho favorable, en France. Le ministre de l’économie, Emanuel Macron, a fustigé de manière non équivoque le dumping chinois, qui appelle des mesures fermes pour s’en protéger. D’autres pays européens l’ont rejoint, conscients du danger encouru, notamment, par l’industrie sidérurgique. L’unanimité est faite, qui réclame à Bruxelles d’agir. Devant  une demande déprimée, la surproduction chinoise n’en est que plus nocive. Les dommages à venir,  n’émanent pas d’une vue de l’esprit, mais des réalités statistiques et prévisionnelles. Depuis 8 ans le secteur a perdu plusieurs dizaines de milliers d’emplois, conséquence de la disparition de sites sidérurgiques importants et de leurs sous-traitants. Même si elles divergent sur l’étendue du désastre, toutes les études, américaines ou européennes, concluent à la perte de centaines de milliers d’emplois. Accepter une telle perspective reviendrait, dans une économie anémiée, à un homicide social.

La réponse implique la solidarité, sur laquelle repose l’efficacité. Les États et la commission européenne doivent exprimer clairement leur volonté de sauvegarder les branches industrielles menacées. Ils ne doivent pas céder aux pressions, qu’exerce la Chine. L’expérience montre que les engagements de ce pays sont sujets à caution, la prudence s’impose. L’affaire des panneaux solaires nous le confirme. La capitulation de l’Allemagne devant les mesures de rétorsions chinoises prises à cette occasion, s’est soldée par un double échec. Après de longues et fastidieuses discussions, l’accord à l’amiable conclu avec la Chine s’est retrouvé mort-né, Pékin ne l’ayant pas respecté. Évitons de faire subir à l’industrie sidérurgique le sort funeste de l’industrie photovoltaïque. Encore récemment, la Chine a manqué de fiabilité. Alors que le gouverneur de la BPOC s’évertuait, durant la réunion des ministres des finances du G20 à Shanghai, à les rassurer sur l’avenir du yuan, en affirmant qu’il demeurera “fondamentalement” stable, cette monnaie subissait des attaques et se dépréciait. Doit-on s’exclamer, s’émerveiller, au point de tout accepter, à la vue d’investissements chinois prétendus mirobolants. Même si depuis 6 ou 7 ans ils progressent continuellement, ils demeurent encore très modestes, à peine 1% des investissements étrangers en France. De plus, tous ne concourent pas à la création d’emplois, tels les fusions-acquisitions, qui devancent largement la création d’entreprises.

De son éveil la Chine en a pris conscience, comme de sa rapide montée en puissance. Qu’elle cherche à s’affirmer en tant que super puissance est naturel, dès lors qu’elle respecte le droit international. Or comme fréquemment, elle s’enivre de cette nouvelle donne au point de devenir impérialiste et d’assoir son hégémonie, politique, militaire et économique, par tous les moyens. Ses voisins y sont confrontés périodiquement et l’Europe commence à la subir. L’occasion se présente de montrer que l’Union européenne n’est pas le château branlant   dont les fortifications auraient été enfoncées. Qu’elle s’affirme en rejetant une demande infondée de la Chine : le Statut d’Économie de Marché.

Michel GRIMARD
Président du ROUE

Réagir sur cet article, cliquez ici
Une réponse vous sera transmise dans les meilleurs délais.