L’échec de Vilnius – Une grande Europe plus que jamais nécessaire

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ÉDITORIAL,
le 10 décembre 2013,


L’échec de Vilnius: Une Grande Europe, plus que jamais nécessaire !

Ni les 5 années d’intenses négociations, ni même les perspectives particulièrement attractives pour 46 millions d’Ukrainiens, de voir s’ouvrir à eux un marché européen de 500 millions de citoyens, n’ont réussies à “décrocher” l’Ukraine de la Russie! Faut-il le déplorer ou s’en Féliciter?
De l’échec largement prévisible du Sommet de Vilnius, certaines leçons doivent être tirées et certaines réflexions rappelées:

Les leçons:

– Reprocher à Vladimir Poutine de se battre pour la grandeur de la Russie et contre les provocations constantes de l’Ouest, est tout aussi saugrenu et de mauvaise foi, que d’imaginer les États-Unis restant sans réaction, face à une tentative chinoise -voire plus largement asiatique- de “décrocher” le Mexique (par comparaison avec l’Ukraine) ou le Pérou (par comparaison avec l’Arménie), de leur sphère d’influence économique, politique et militaire: nulle doute que les USA, en cela légitimes, parlerai de provocation, voire d’acte d’agression.

– l’Initiative européenne organisée de longue date, sans même considérer les réalités géographiques, faisait fi de l’interdépendance très forte et particulière entre la Russie et  l’Ukraine, notamment en ce qui concerne les entreprises d’armement, sans même parler de l’énergie et d’autres secteurs stratégiques,

– toute solution future réaliste d’organisation apaisée du continent européen, passera nécessairement par une redéfinition substantielle de la relation Russie-UE, sans interférence de l’OTAN; Elle s’appuiera peu à peu sur un lien de confiance à renouer et non sur une attitude de défiance, dont est largement responsable l’Union européenne: parler sereinement à la Russie suppose de ne pas faire l’économie du débat sur son association étroite, voire son adhésion à moyen terme à une Union européenne renouvelée et transformée: cette nouvelle approche aboutira inéluctablement à la révision de la représentation des nationalités, des états, au sein du Parlement Européen, comme au sein du Conseil des Ministres de l’UE: la surreprésentation des petits pays aux lendemain de la Guerre, légitime et compréhensible en 1957, ne l’est plus aux XXIème siècle,

-l’organisation du continent européen, une nouvelle architecture, suppose de prendre aussi en considération les réalités géographiques et historiques et les intérêts objectifs de la Russie. La meilleure manière de reconnaitre la situation charnière de l’Ukraine, c’est de reconnaître pleinement les spécificités et les contraintes propres à sa situation géographique, à son histoire, à sa double appartenance. Le meilleur moyen de dépasser l’ensemble des contradictions observées au Sommet de Vilnius, c’est encore de prendre pleinement en considération les intérêts de chacun, sans provocation, sans arrière-pensées,

Les réflexions :

Si l’Europe n’a pas toujours montré une grande harmonie ou une grande cohésion à travers les siècles, elle a néanmoins constamment progrèssée dans l’esprit des peuples et le sentiment d’appartenir à un même continent , un même ensemble, peut-être diffus, mais vrai, s’est affirmé, s’affirme et s’affirmera toujours plus.
Aujourd’hui, l’Union européenne dispose de tous les atouts qui font les grandes puissances. Numériquement importante, 500 millions d’habitants, elle est aussi la première économie du monde. Si elle s’étend au point d’envelopper le vaste espace que recouvre la grande Europe géographique, elle devient avec ses 730 millions d’habitants, l’Union la plus peuplée derrière la Chine et l’Inde; La Grande Europe que nous appelons de nos vœux, deviendrait alors, presque aussitôt, la première puissance mondiale. Donner vie à la Grande Europe chère au Général De Gaulle, serait la 1ère étape déterminante dans la marche vers un monde multipolaire, sécurisé par l’existence de grands ensembles à la puissance comparable.
Parler à nos frères de Russie dans une relation de totale égalité, suppose tout naturellement de le faire dans une perspective d’adhésion à une Europe restaurée, allant de l’Atlantique à Vladivostok. C’est démarche de fond induit tout naturellement de suspendre définitivement toute négociation dans une perspective d’adhésion avec la Turquie, qui n’est pas, qui n’a jamais été de culture, d’histoire et de géographie européenne et dont les déclarations sont de plus en plus vindicatives. Ceci signifie définir sans aucune hypocrisie et  une bonne fois pour toutes, les frontières de l’Europe, de l’Eurasie si l’on préfère.

– Ce n’est à l’évidence pas tout-à-fait un hasard, si l’Europe des marchands, du libéralisme débridé s’est toujours opposée à Charles De Gaulle; pour lui seul comptait les peuples et les nations et il n’envisagea jamais une Europe enfin unifiée, sans la Russie.

Jean-Jacques GAY
Vice-Président du R.O.U.E.

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