L’Allemagne échappe au reniement

Éditorial,
le, 30 janvier 2021

 

L’ALLEMAGNE ÉCHAPPE AU RENIEMENT

La chancellerie allemande peut respirer, Madame Annegret Kramp-Karrenbauer n’en sera pas titulaire. Sa catastrophique vision prospective qui fait de l’avenir le passé, ne pourra s’imposer. La marche arrière, radicale, qu’elle entendait enclencher s’estompe. Même si les leçons de l’histoire lui sont étrangères, qu’elle sache que le trumpisme n’est pas qu’un moment fugace, qu’une parenthèse. Le futur des Etats-Unis est loin d’être immunisé contre une possible rechute. Pour l’instant AKK exulte. Avec le Président Joe Biden le bon temps de la vassalité est de retour. Le suzerain  revient nous assurer de sa protection, avec comme il se doit notre respectueuse obéissance. Quel bonheur d’abdiquer notre souveraineté en confiant à l’OTAN, synonyme d’Etats-Unis, notre sécurité. Chacun sait, en effet, que sans défense propre la diplomatie ne peut-être qu’illusoire et l’indépendance d’un pays que chimérique. Mais quel plaisir de pouvoir, toute honte bue, laisser aux américains le fardeau de la charge financière. Pour la forme on se contentera d’aboyer, tout en sachant que sans crocs, le résultat demeurera sans effet et que nous ne pourrons que nous plier aux désidératas d’un prétendu bienfaiteur, à l’exemple des lois extraterritoriales et combien d’autres.

S’émanciper de la tutelle des Etats-Unis, pour se défendre, est une ineptie selon Madame Annegret Kramp-Karrenbauer. Nous concernant, fierté et décence semblent des qualificatifs plus appropriés. Elle veut « en finir avec l’illusion d’une autonomie stratégique européenne. Les européens ne pourront pas remplacer le rôle capital  qu’ont les Etats-Unis en tant que garant de leur sécurité ». En constatant ce que vaut la fidélité et la fiabilité d’un membre de l’OTAN, comme la Turquie, qu’il nous soit permis d’en douter. D’autant que face au reniement de ce pays, Washington s’est contenté de sanctions plus que mesurées. L’engagement sans faille auquel veut croire AKK, se heurte aux enseignements, passés et présents. Le renoncement ne conduit qu’à l’inconsidération. Le dominent privilégie toujours ses intérêts, au détriment de celui qu’il régente, comme l’exprime à sa manière Henry Kissinger « Les grandes puissances ne se suicident jamais, pour leurs alliés ». La CDU devrait congédier sa ministre de la défense, pour éviter l’opprobre qui la guette.

Ambitionner pour l’Europe d’accrocher, même symboliquement, une nouvelle étoile au drapeau des Etats-Unis relève certainement d’un dessein grandiose. Par son double jeux, AKK s’inscrit parmi les plus dangereuses fossoyeuses de l’Union européenne. Elle ne manque pas d’inconséquence, en prétendant vouloir « agir à l’avenir de façon autodéterminée et efficace », alors que son unique aspiration est de se réfugier sous le parapluie militaire des Etats-Unis. Cette déclaration est une façon hypocrite de légitimer le renvoie aux calandres grecques de l’indépendance européenne, réelle marque ontologique. Les européens se réjouissent, sans nuance, qu’avec Joe Biden le partenariat transatlantique sorte de sa léthargie et reprenne de la vigueur, mais pour quel bénéficiaire. Les européens devraient faire preuve de plus de discernement. Une équitable collaboration oui, une sempiternelle soumission non. Cette dernière interprétation est désastreusement celle de Washington et des démissionnaires de la souveraineté européenne. Affranchir l’Europe des Etats-Unis, ne signifie pas refuser toute coopération, mais rétablir un équilibre et un dialogue d’égal à égal, qui permette à chacun de garantir ses intérêts. Comment jouer un rôle constructif entre la Russie et les américains, des lors que l’on demeure aligné et dépendant de ces derniers. Il en va de même avec la Chine. Si l’autonomie stratégique proposée signifie, la dépendance assurant l’autonomie, quelle conception saugrenue, si elle désigne une stratégie conduisant à l’autonomie, équivalent de souveraineté européenne, il faut s’en réjouir.

Madame Annegret Kramp- Karrenbeaur semble oublier l’enseignement que l’Europe a tiré de la présidence de Donald Trump. A savoir, sa nudité militaire, synonyme d’inefficience de sa défense. Abstenons-nous de baisser la garde, car la priorité de Washington a pris le chemin de l’Asie. Développons une armée européenne, avec d’autant plus de conviction que cette notion est totalement étrangère aux Présidents des Etats-Unis y compris à celui qui vient d’être élu, notre existence en dépend. Dans ce cadre, redonner du souffle à l’OTAN permettrait de maintenir l’ascendant des américains, sans que soit garanti notre sécurité le moment venu. Certainement plus amical, le récent président jugera fonctionnellement des intérêts de son pays à relancer la relation transatlantique, sans pour cela favoriser l’intégration européenne. Mais déjà, toute création de nouvel espace transatlantique, quel qu’en soit le domaine, n’aura de sens et d’intérêt qu’après l’effacement de l’OTAN. L’impact du covid 19 sur le budget des armées ne peut être évoqué pour discréditer la défense européenne. Comme je l’indique dans un article précédent « L’industrie militaire peut servir l’éthique et la Paix », il suffit de rationnaliser l’industrie européenne de la défense pour produire plus avec le même budget.

Une fois n’est pas coutume, mais sachons reconnaître que Donald Trump avait raison, quand il a apostrophé les européens pour leur rappeler que « l’accession de l’Union européenne au rang de puissance supposait qu’elle soit garante de sa propre sécurité ». Humiliation sans réserve pour les pays qui refusent l’armée européenne. Quant à ceux qui en parlent positivement, ils doivent savoir que sans un commandement centralisé, sous l’autorité d’une unique structure politique, leur ambition est castrée.

Michel GRIMARD
Président du ROUE

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