L’abandon du Traité Transatlantique fait naître une lueur d’espoir

ÉDITORIAL,
le 24 septembre 2016,

UN SURSAUT D’INDÉPENDANCE

 Si l’optimisme nous habite, l’abandon du Traité Transatlantique fait naître une lueur  d’espoir. Notre capacité et notre volonté à résister aux pressions des Etats-Unis en sortent renforcées. Cette réaction d’opposition, tellement rare, nous réconforte. Enfin une excellente nouvelle pour l’indépendance de l’Europe. Espérons que cette petite étincelle favorise quelques mises à feu, qui généreront d’autres actes courageux, nécessaires à l’affirmation de l’Europe et qui éclaireront certaines pratiques obscures des mécanismes européens, afin que la démocratie les investisse.

Au-delà de l’inanité du Traité Transatlantique, l’herméticité requise pour le déroulement des discussions, aurait dû constituer un rejet à tout engagement. L’obscurité ne sied pas à la démocratie. Même si incontestablement, le Président Barak Obama fait preuve d’une pensée nettement moins dogmatique que son prédécesseur, il demeure le Président des Etats-Unis avec l’esprit qui les accompagne. Or, l’initiative du projet de Traité lui revient. Aujourd’hui, Paris dénonce des discussions trop déséquilibrées entre les Etats-Unis et l’Europe. Comment peut-il s’en offusquer, la dérive étant génétique. Les déclarations sinueuses du Président François Hollande, fustigeant le TAFTA en début d’année, puis renouvelant plus tard le mandat de négociation de la commission, pour enfin demander actuellement son abandon, sont déconcertantes.

Dans cette démarche, les institutions européennes ne sont pas en reste. Un conseil européen ignorant la volonté des peuples, une Commission européenne cultivant le secret, un Parlement européen totalement passif, l’illustrent. En juin 2013, c’est à l’unanimité que le Conseil européen a mandaté la Commission pour débattre avec Washington du projet de Traité Transatlantique. Depuis, le penchant naturel des Etats européens les a conduits à y adhérer pleinement. Souhaitons que les récents soubresauts leur dessilleront les yeux. Fort de ce mandat octroyé par un Conseil omnipotent, la Commission s’est crue légitimée à négocier dans la plus grande confidentialité. Elle dissimula ses tractations, comme leurs résultats, à un Parlement européen indéterminé, majoritairement atlantiste et souscrivant à chaque étape du Traité. L’absolutisme du Conseil européen, l’abdication du Parlement européen, ne  rehaussent guère la démocratie sur laquelle s’appuie l’Europe, pour sermonner  bien des nations.

Découvrir subitement les difficultés à s’entendre est surprenant. Le Vice-Chancelier Allemand Sigmar Gabriel les a évoquées publiquement, bien avant le Président François Hollande. Sans hésitation et malgré l’attachement viscéral de la Chancelière Angela Merkel au Traité Transatlantique, il a soulevé tous les problèmes rencontrés. Qu’ils portent sur les normes et règles, le secteur financier, le respect des savoir-faire européens ou l’accès aux marchés publics américains. Le long déroulé des trois années, sur les 27 chapitres et les 15 rounds, s’est soldé négativement. Cette impasse doit marquer un avenir sans issue.

Pour  parvenir au renoncement définitif, il ne suffit pas de demander “l’arrêt pur et simple” des négociations en cours. Des actes clairs, précis, démontrant une volonté irréversible  de rejet doit effacer toute arrière-pensée de renouer. La circonspection s’impose, car la commission garde l’espoir de rebondir, elle veut encore y croire. Face à une opposition majoritaire des peuples européens, qui continue de se renforcer, la factualité devrait dicter sa conduite. La défiance de l’opinion est plus que jamais d’actualité. La France doit faire preuve d’opiniâtreté et de persuasion, afin d’être entendue lors de la réunion des ministres du commerce des 27, fin septembre, à Bratislava. Qu’elle se rassure, elle n’est pas isolée, d’autres voix s’élèveront pour conforter sa position. Les irréductibles, qui placent leur espoir dans un renouveau, venu d’outre-Atlantique, seront vraisemblablement déçus. Les possibles successeurs du Président Barak Obama sont, soit hostiles, soit très réservés à poursuivre cette entreprise.

Bases du Traité Transatlantique, le libre échangisme et le libéralisme, sont tellement porteurs d’inégalités qu’ils ne séduisent guère. Ils sont, de surcroit, plus rebutants, quand leur mise en œuvre s’effectue dans l’isoloir de quelques-uns. Si ces théories économiques, prétendues vertueuses, inondaient l’humanité de bienfaits, elles gagneraient en reconnaissance à être transparentes. Mais comme elles ne contiennent pas les avantages dont elles se parent, elles préfèrent la clandestinité. Le fond négatif, la forme le secret, expliquent la répulsion de l’opinion publique. Après une phase d’interrogation, le doute s’est installé, conduisant une majorité d’occidentaux à imputer à la mondialisation tous les maux de l’humanité. Bien qu’excessive, la condamnation recèle bien des vérités touchant aux difficultés sociales, économiques ou industrielles, inhérentes à cette ouverture mondiale. Comme certains le suggèrent, l’Etat-providence devrait venir en aide aux laissés pour compte de la mondialisation. Seulement le libéralisme se marie mal avec les contraintes financières de cet Etat. Le budget nécessaire à cette mission sociale impose des taxes et autres prélèvements, que le libéralisme considère, généralement, comme indigestes. En conclusion, le Traité Transatlantique n’est pas significatif, d’avancées sociales et environnementales.

S’inscrivant dans la même veine, le Brexit doit-être traité sans faiblesse, d’autant que l’Angleterre a prioritairement servi son partenaire Américain et si nécessaire, au détriment de l’Europe. Soyons équitable mais ferme et évitons de nous perdre dans des montages complexes, telles les propositions de la fondation Bruegel, trop compliquées pour être satisfaisantes.

Michel GRIMARD
Président du ROUE

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