La stratégie de l’union Européenne favorise-t-elle la paix en Ukraine

Posté dans : Éditoriaux 0

ÉDITORIAL,
le 29 décembre 2014,

LA STRATÉGIE DE L’UNION EUROPÉENNE FAVORISE-T-ELLE LA PAIX EN UKRAINE

Il est permis de s’interroger si l’on explore plus globalement le passé. Les premiers pas de la Russie, post URSS, n’ont reçu qu’un accueil condescendant de l’Union européenne, soit par négligence ou prétention. Moscou a également conservé de cette époque un traumatisme mémorial, lié à une promesse non tenue, certes verbale, mais qui engageait néanmoins la parole donnée, par l’Union européenne et les États-Unis.

La géopolitique orientale de l’Union européenne, dans laquelle s’inscrit le Partenariat Oriental, méritait réflexion et prudence. Basée sur la négation des zones d’influence russes et l’extension de l’OTAN, elle ne pouvait-être qu’explosive. Si rien n’autorise à considérer ces zones comme inaliénables, comment peut-on ignorer qu’elles appartiennent,  pour certaines depuis des siècles, à l’histoire de l’Europe centrale et orientale. Elles sont une réalité qui ne s’énonce pas formellement, mais qu’il faut admettre tacitement. Le partenariat, promu par la Pologne et la Suède, qui vise six pays appartenant à l’ancien bloc de l’Est, ne pouvait manquer d’être observé avec circonspection par la Russie. Créer de nouvelles fractures et forcer ces pays à des choix pour lesquels, certains ne sont d’ailleurs pas prêts, ne favorise guère la paix. Une bonne coopération avec ces pays n’a nul besoin d’un cadre institutionnel, source de confrontations totalement inutiles avec Moscou.

Une démarche davantage responsable, aurait permis d’engager l’Ukraine sur une voie plus positive. L’Union européenne aurait pu développer un partenariat commercial avec l’Ukraine, sans que la Russie puisse en prendre ombrage. En faisant fi des réalités géographiques et de l’interdépendance Ukraine-Russie, l’Europe a ignoré volontairement les difficultés que l’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne, allait nécessairement entrainer. Son rôle plus qu’ambigu, a favorisé la dislocation de l’Ukraine, entraînant la perte de la Crimée et la sédition d’une partie Sud-Est du pays. Un avertissement avait pourtant marqué le sommet de Vilnius en novembre 2013. Malgré les cinq années d’instances négociations préalables, le sommet ne permit pas d’accrocher l’Ukraine, ce fut un échec. Loin d’accepter ce revers et de choisir une autre approche, l’Union européenne n’eut de cesse d’inverser la position ukrainienne par tous les moyens. Les évènements qui, en Ukraine, suivirent rapidement ce sommet, sont significatifs. Le sort du Président Victor Ianoukovytch était désormais scellé.

La volonté de paix que l’Europe affiche serait honorable, si elle n’était pas entachée de pratiques qui la contredisent. Le pompier pyromane, qui fut son attitude, plaide pour le doute.

Ce n’est pas sa participation à la déstabilisation de l’Ukraine, qui peut se prévaloir d’un désir de paix. Son comportement lors de l’éviction du Président Victor Ianoukovytch, pourtant élu démocratiquement, et sa rapidité à reconnaître un premier régime, pas très recommandable, nous le rappelle. Bien d’autres événements méritaient plus d’objectivités, comme les accusations portées lors du crash du vol de la Malaysia airlines, qui furent démenties par les faits. Le train transportant les corps a rejoint, sans encombre, les Pays-Bas et les boîtes noires ont bien été remises aux autorités compétentes.

La structure politique d’un état est dans son histoire. Or celle de l’Ukraine est particulièrement chaotique. Responsable de tant de disparités, elle montre à l’évidence que ce pays ne possède pas véritablement, une identité nationale et que toute solution à la crise doit prendre en compte cette réalité. Face au pluralisme ukrainien, diversité des influences historiques, des cultures engendrées, des langues utilisées, de l’appartenance des populations, le fédéralisme apparaissait comme la seule solution viable, donc possible. Loin d’être antinomique aux disparités,  il en résout la complexité. Malheureusement, cette solution, l’Europe l’a écartée, pour deux raisons. La première, sous le faux prétexte qu’elle aurait profité à la Russie, qui l’approuvait. La seconde, car nous pensions, en juillet, que l’Ukraine allait vaincre militairement. Aujourd’hui, ce pays subit une partition qui engage la responsabilité de l’Union européenne. Elle doit en tenir compte, pour le règlement pacifique de cette situation. Le temps presse, car l’Ukraine est quasiment en faillite et rien n’est moins sûr, que l’Union européenne soit en mesure d’assurer sa survie. Plutôt que d’affaiblir dangereusement la Russie et par voie de conséquence nous-même, nous ferions mieux de rechercher ensemble et sincèrement, le règlement pacifique de cette question. Ce n’est pas en isolant la Russie que nous y parviendrons. Nous ne ferons qu’augmenter les risques que nous prétendons prévenir, ainsi que l’insécurité de l’Europe.

Ne rejetons pas systématiquement sur la seule Russie la responsabilité de cette situation, ne la chargeons pas de toutes les vilenies, ayons un peu plus de discernement dans le jugement que l’on porte sur elle. Une nouvelle fois, à l’occasion des derniers accords de Minsk, la Russie a fait preuve de responsabilité et de bonne volonté, comme ce fut d’ailleurs le cas lors des élections dans le Donbass, en respectant simplement et seulement la volonté exprimée par ses habitants. Faisant preuve d’objectivité, le Président Vladimir Poutine a déclaré ” Les autorités de Kiev, de Donetsk et de Louhansk, des deux côtés, n’appliquent pas tout ce qui a été convenu à Minsk. Et j’espère qu’ils parviendront à trouver un arrangement acceptable, pour tous et à mettre fin au conflit armée “. Dans le même esprit il a précisé à l’occasion de sa rencontre avec le Président François Hollande, qu’il soutenait l’intégrité du territoire ukrainien.

Les dirigeants européens restent divisés sur les sanctions. Certains veulent les augmenter, d’autres les alléger et même pour une partie les supprimer, car la raison n’impose plus les sanctions, si tant est qu’elles aient été nécessaires, car la chronologie des faits qui les ont motivées n’accablent pas la Russie. Mais, jusqu’au-boutistes , les États-Unis veulent les durcir, alors même que les accords de Minsk du 9 décembre, plutôt respectés et acceptés par les deux républiques autoproclamées, donnent une nouvelle chance à la paix. Cette attitude traduit, un certain mépris de l’Union européenne et leur indifférence pour les problèmes auxquels ils exposent les pays émergents. Pour notre part, n’entrons pas dans ce jeu. N’érigeons pas la question ukrainienne en barrière infranchissable qui entraverait la réconciliation de l’Union européenne et de la Russie, dont les relations et de nombreuses causes les lient bien au-delà de trois siècles.

La situation ukrainienne requiert de rechercher l’apaisement et la paix, par un dialogue constructif dans l’espace de la grande Europe que forme l’Union européenne et la Russie. Elle doit s’effectuer sans interférence extérieure,  qui pousse, maléfiquement, à une confrontation, sans solution. Rejetons les fauteurs de trouble à l’image de Georges Soros qui n’hésite pas à dire que ” La Russie défie aujourd’hui l’existence même de l’Europe “. Quand à la Chancelière Angela Merkel elle est plus prompte à intervenir en Ukraine, qu’en Afrique aux cotés de la France, contre les jihadiste. Heureusement, nombreux sont ceux qui en Allemagne, notamment parmi les anciens chanceliers, ont une vision plus pacifiste et réaliste. Ils ont eu raison de déclarer ” Nous ne devons pas pousser la Russie, hors de l’Europe. Ce serait un contresens historique, irrationnel et dangereux pour la paix “.

Michel GRIMARD
Président du R.O.U.E.

Réagir sur cet article, cliquez ici
Une réponse vous sera transmise dans les meilleurs délais.