La raison n’impose plus les sanctions

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ÉDITORIAL,
le 01 novembre 2014,

LA RAISON N’IMPOSE PLUS LES SANCTIONS

 Si tant est qu’elles aient été nécessaires, car la chronologie des faits qui les ont motivées n’accable pas la Russie, l’historique, comme la raison, n’imposent plus les sanctions.

Alors qu’elles étaient déjà en cours, le G7  décida, le samedi 27 avril, de les alourdir en ciblant d’autres secteurs économiques. Le prétexte, Moscou ferait fi de ses engagements en Ukraine. C’est oublier que Kiev, en intervenant militairement et de façon prématurée, avait déclenché les hostilités, ne laissant pas la moindre chance à la conférence de Genève de produire ses effets. L’attitude de Kiev était contraire à l’esprit de Genève, où la Russie avait fait preuve de bonne volonté.

Le 25 juin, le Président Petro Porochenko avait proposé un plan de paix, auxquels les prorusses avaient répondu positivement en annonçant un cessez-le-feu temporaire, assorti de leur désir de négocier. Afin de favoriser ce plan de paix et démontrant une nouvelle fois son soucis de conciliation, le Président Vladimir Poutine demanda au Conseil de la Fédération de Russie de lever l’autorisation d’intervenir militairement, en Ukraine. Loin de conforter ces bonnes dispositions, on a maintenu la possibilité de nouvelles sanctions, à l’occasion du sommet européen du 27 juin. Pourtant, début juillet, c’est l’Ukraine qui n’avait pas reconduit le cessez-le-feu, pensant à cette époque, qu’elle allait l’emporter militairement. Mais inquiets  et face à une situation jugée particulièrement dangereuse, une réunion des quatre ministres des Affaires Etrangères, de France, d’Allemagne, de Russie et d’Ukraine fut organisée à l’initiative de l’Allemagne. A son issue, une déclaration commune appela le groupe de contact, formé par la Russie, l’Ukraine et l’OSCE, auxquels sont associés les prorusses, à se réunir avant le 5 juillet, pour préparer un nouveau cessez-le-feu. La Russie travailla à sa réussite, qui prit corps le 5 septembre.

Mais le 17 juillet, le drame de la destruction du Boeing 777 de la Malaysia Airlines  tendit une nouvelle fois la situation. Comme à l’accoutumé, le crash fut imputé, sans preuve, aux prorusses et à la Russie. Faisant écho aux déclarations accusatrices du Président Barak Obama, Messieurs Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso déclarèrent “Quand la violence crée une spirale incontrôlable et entraine la mort de 300 civils innocents, la situation exige une réponse urgente et déterminée”. Ainsi et  bien qu’aucune responsabilité ne soit établie, de nouvelles sanctions furent décidées et mises en application le 29 juillet. Aujourd’hui, les bases sur lesquelles reposaient les accusations demeurent toujours infondées, car après l’examen des boîtes noires, aucune piste n’a pu être privilégiée, prorusses, russes, ukrainien ou autres.

Malgré cette malveillance, le 21 août, le Président Vladimir Poutine déclara “Nous allons faire tout ce qui dépend de nous, pour mettre fin au conflit armé et permettre d’entamer un dialogue entre toutes les parties”. Il poursuivit effectivement sa contribution et ses efforts, pour qu’un accord de cessez-le-feu soit conclu, par la signature à Minsk, le 5 septembre, d’un protocole instaurant ce cessez-le-feu, qui fut confirmé et consolidé le 20 septembre. Il faut noter la patience de Moscou, car postérieurement, sous la pression des Etats-Unis, lors du sommet de l’OTAN les 4 et 5 septembre, de nouvelles sanctions furent mises en vigueur le 12 septembre. Il apparaît clairement, qu’aux successions d’actes positifs et concrets de la Russie, répond la suspicion permanente que relaient des  prises de sanctions aux motifs de faits, toujours supputés, mais jamais prouvés.

Incapable de s’affirmer, la position de l’Union européenne a évolué conformément au souhait des Etats-Unis. Initialement, suite aux incidents en Ukraine, l’Union européenne s’interrogeait sur l’attitude à adopter. Peu convaincue, avec juste raison, de l’efficacité de nouvelles sanctions sur le cours des événements, elle demeurait guère encline à emprunter cette voie. Malheureusement, sous l’influence des Etats-Unis, fervents adeptes des sanctions, elle renonça à sa position et se rangea à la volonté des Etats-Unis. Quelle étrange attitude de l’Union européenne, qui n’hésite pas à abandonner toute souveraineté quand il s’agit des Etats-Unis, alors qu’elle peine à le faire pour l’édification d’une Europe indépendante. L’occident retrouve les errements des années post soviétiques, quand il ne sut pas ou plutôt ne voulut pas favoriser le redressement de la Russie. Qu’il cesse de justifier son alignement, au nom du droit international, sur un pays qui en parle sans pudeur et avec emphase, mais qu’il a violé à plusieurs reprises, antérieurement aux événements d’Ukraine et à l’annexion de la Crimée.

Cette politique des sanctions n’est pas sans conséquence. Sur le plan international, elle conduit la Russie à privilégier ses rapports avec les pays émergents et plus particulièrement la Chine, comme l’illustre la signature entre ces deux pays, d’un contrat gazier de 400 milliards de dollars ou l’ouverture à ce même pays, de l’appel d’offres de la ligne à grande vitesse Moscou-Xi’an. L’Europe risque de voir les prochains échanges économiques s’effectuer à son détriment. Les difficultés de cette politique handicapent majoritairement, l’Europe, la Russie et l’Ukraine, contrairement aux Etats-Unis qui commercent peu avec la Russie et n’en dépendent pas énergétiquement. Si les sanctions sont lourdes pour la Russie, elles sont tout aussi dommageables pour l’Europe et encore plus préoccupantes pour l’Ukraine. N’étant pas de nature à modifier la position de la Russie, elles sont totalement inutiles. L’Europe à l’économie déprimée risque de payer un lourd tribut. Tous les secteurs économiques pâtissent de cet état et pas seulement l’agriculture, mais aussi l’industrie, l’énergie et à terme les banques, si la situation devait se maintenir. N’hypothéquons pas l’avenir, par un comportement, injustement, hostile. Il pourrait laisser des traces indélébiles, que la France pourrait regretter.

L’accord de Minsk, qui donne une chance au règlement du conflit ukrainien et dont le Président Petro Porochenko s’est dit très satisfait, doit-être épaulé par des mesures qui le consolident. A l’opposé de la décision prise par l’Union européenne, le 30 septembre, de maintenir les sanctions, il convient d’agir positivement, à l’image du Président Vladimir Poutine, qui a ordonné, le 12 octobre, au ministre de la défense, de retirer ses troupes déployées à la frontière de l’Ukraine.  L’OTAN l’a d’ailleurs constaté, qui décrit, peu après cette initiative “un retrait significatif des forces conventionnelles russes”. L’Union européenne a de son côté remarqué “Des développements encourageants  ont été enregistrés dans le processus politique et dans la mise en oeuvre de certains aspects du protocole de Minsk”. Elle a également fait preuve d’une légère ouverture, en repoussant l’entrée en vigueur de l’accord de libres échanges, entre l’Union européenne et Kiev, à la fin de 2015. Sur la question du gaz, la Russie a fait un nouveau geste encourageant, en abaissant le prix du gaz pour l’Ukraine de 100 dollars, passant de 485 à 385 dollars les 1000 m3. Des problèmes restent à régler, mais pour la commission européenne, la responsabilité du dénouement relève surtout de l’Ukraine. Les conditions d’un apaisement sont désormais requises. L’alternance, en Pologne, a produit un changement d’attitude à l’égard de la Russie. Les propos du nouveau Ministre des Affaires Etrangères, Monsieur Grzegorz Schetyna, sont effectivement réconfortants ” Je vais tout faire pour revenir à des relations normales et stables entre la Pologne, la Russie et l’Ukraine”. Il entend inverser la vision dure et souvent belliqueuse, que son prédécesseur avait des relations à entretenir, avec la Russie. Désormais la voie est ouverte au dialogue et à la conciliation.

Le temps est venu de réconcilier l’Europe et la Russie. Comme l’a dit récemment l’Ambassadeur de France en Russie, Monsieur Jean-Maurice Ripert “Les sanctions n’ont pas été adoptées pour durer et seront bientôt levées” Tout y concours maintenant. Soyons clairvoyants, agissons avec discernement, car la clef de la solution pacifique à la crise ukrainienne, ne peut-être que politique et seulement résolu entre l’Europe et la Russie. Pour que ce cycle vertueux réussisse, levons les sanctions.

 

Michel GRIMARD
Président du R.O.U.E.

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