En Syrie la Russie n’est pas l’ennemi

ÉDITORIAL,
le 31 octobre 2015,

EN SYRIE LA RUSSIE N’EST PAS L’ENNEMI

Alors que le Président Vladimir POUTINE tend la main, nous allons indirectement laisser perpétrer les massacres, en refusant de participer à une coalition, seule capable d’anéantir Daech et les autres groupes islamistes radicaux. A ce jour, le sort réservé aux chrétiens, en Syrie comme en Irak, montre à l’évidence qu’il n’existe pas d’organisations islamistes modérées, qui combattent dans ces pays. A moins d’être amnésiques, chacun sait la détresse des chrétiens d’Irak, avant même l’intervention de Daech. Pouvons-nous laisser la gangrène radicale s’étendre et submerger la région, au seul prétexte qu’un infréquentable, mais inévitable acteur, nécessaire pour retourner la situation, soit tenu à l’écart de toute discussion. Plutôt que de sous-estimer, comme à l’accoutumé, le danger soulevé par le Président russe, les européens devraient s’en inquiéter. Outre les atteintes à la dignité humaine, il serait criminel d’ignorer les réels périls que le chaos actuel fait courir à notre continent. Reconnaissons-le, comme les Etats-Unis, nous excellons à allumer l’incendie, mais nous demeurons incapables de l’éteindre.

Certains prétendent qu’il faut refuser l’alliance proposée par la Russie, car ils considèrent, contre toute évidence, que Daech ne constitue pas une menace suffisamment dangereuse pour l’Europe. Ce comportement conforte cette organisation terroriste, qui doit se féliciter de nos divisions et de nos atermoiements. Bachar el-ASSAD ne peut-être un repoussoir, face à l’urgence d’éliminer tous les groupes islamistes radicaux. Refuser le moindre mal, concourt à les fortifier. Pendant que nous piétinons, Daech étend son emprise. Seule l’alliance avec la Russie permettrait de revitaliser nos forces et de vaincre. Nos intérêts convergent et sont même vitaux. Il est clair que sans réaction salvatrice, l’islam radical se propagera à l’ensemble du Moyen Orient. Mettre en doute les visées des frappes russes, comme le fait le Secrétaire Général de l’OTAN, étonne au regard de la proposition de Moscou d’agir ensemble contre le terrorisme. La coordination des opérations qui en aurait résulté, n’aurait permis aucun doute sur les cibles pointées. Aussi, qu’il nous soit permis de douter de la bonne foi du Secrétaire Général de l’OTAN. Grande est notre indulgence pour l’Arabie Saoudite et le Qatar, dont l’attitude ambiguë pose problème, mais grande est notre intransigeance à l’égard du régime Syrien. A ce jeu, Daech doit y trouver son compte.

La sélection des tirs russes seraient condamnable. D’après Monsieur Laurent FABIUS, leurs bombardements seraient concentrés sur l’opposition modérée et excluraient Daech. Oublierait-il que le Front Al-Nosra, que nous soutenons, est un groupe salafiste affilié à Al-Qaïda. Les frappes qu’opèrent la Russie sur les groupes islamistes, dis modérés, sont loin d’être blâmables, car ils sont de même nature que Daech, tout aussi dangereux. Qu’elle est donc cette opposition qu’il faudrait épargner? Le Front islamique, le Front Al-Nosra associé à Al-Qaïda, l’Etat islamique, le Groupe Ahmar Al Sham, organisation salafiste soutenue par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Les forces démocratiques sont quasiment inexistantes et nombreux sont ceux de ses membres qui ont grossis les rangs des islamistes radicaux. Une partie des armes fournies par l’occident se retrouvant ainsi entre leurs mains.

La coalition bâtie autour des Etats-Unis a montré ses limites. Ses actions n’ont guère enrayé l’expansion de Daech, que ce soit en Syrie ou en Irak. Cette alliance demeure dans l’incapacité de mettre un terme à la progression des groupes islamistes radicaux. L’apport aérien de la France n’a pas changé la donne. Même amoindri, Daech et ses colistiers ont conservé suffisamment de potentiel militaire pour poursuivre leur avancée. L’élargissement de la coalition est demeuré sans effet. Aucun retournement de situation n’est intervenu. La réalité du terrain montre combien il est naïf d’écarter des discussions, Bachar el-ASSAD, dont les troupes sont, avec les milices kurdes, les seuls à affronter directement Daech et ses acolytes. Comment pouvons-nous refuser toute alliance avec la Russie, alors qu’aux frontières de l’Europe, sévit l’horreur. SI nous souhaitons sincèrement mettre un terme au drame syrien et maitriser la situation, il convient d’accepter l’alliance proposée par la Russie. Aucune solution stable ne pourra intervenir sans elle. Son intervention directe au sol, comme c’est aujourd’hui le cas, est indispensable pour assurer la victoire. Cette vérité doit s’imposer aux Etats-Unis et à l’Europe.

Si la priorité est donnée à l’éradication de Daech, il faut en tirer toutes les conséquences et passer outre l’incompatibilité de la présence de Bachar el-ASSAD à la table des négociations. Surtout, si nous acceptons sa présence dans un régime de transition. S’arc-bouter sur une position de refus, comme le fait le Président François HOLLANDE est non seulement contre- productif, mais incohérent au regard de ce qui précède. Bien qu’attachée aux intérêts de l’opposition, la Chancelière allemande, Angela MERKEL, a adopté une attitude réaliste, plus raisonnable. Rejetons notre myopie et admettons de voir que la Russie a choisi la raison et le bon sens. Aux intérêts de la Russie, la Syrie n’est pas, bien sûr, innocente. Sa situation stratégique et les points d’appui dont la Russie dispose dans ce pays, sont importants pour son positionnement. Pouvons-nous reprocher à la Russie d’affirmer sa présence au Moyen Orient. La France aurait été bien inspirée de s’en soucier. Sachons faire des choix, même si nous discernons mal l’horizon. Pour éviter de faire le lit des islamistes radicaux, le pragmatisme constructif impose de saisir la main tendue par la Russie. Notre prétendue sagesse, nous a trop souvent conduit à l’inaction.

Michel GRIMARD
Président du ROUE

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