Contradictions Européennes en Ukraine

ÉDITORIAL,
le 1 septembre 2016,

CONTRADICTIONS EUROPÉENNES EN UKRAINE

La logique découle d’un raisonnement établi sur des faits. Dès lors qu’ils sont communs à plusieurs acteurs, il en résulte une même logique. Le manque de rigueur des européens qui refusent cette vérité les enferme dans une dangereuse contradiction. Comment peut-on être intransigeant à l’égard de la Russie qui ne serait pas suffisamment agissante auprès des combattants du Donbass, pour qu’ils respectent les engagements de Minsk, alors que l’Europe s’avère incapable de contraindre Kiev à les respecter. Tout démontre que la responsabilité, d’une situation aujourd’hui bloquée, n’incombe pas à la seule Russie, mais implique également les européens. Cette double passivité des deux intervenants, fruit de l’intolérance et de l’absolutisme, les exposent à une même réprobation.

Nombreuses sont les preuves de ce constat, Des récits de journaux, pourtant pas toujours impartiaux, comme des rapports d’organisations internationales, telle l’OSCE, la plus proche des évènements, en attestent. Cette dernière est fréquemment le témoin privilégié des violations simultanées, de l’armée ukrainienne et des séparatistes du Donbass, comme c’est souvent le cas dans la zone de Zaïtsev. Il est regrettable que l’OSCE ne puisse pas accomplir plus efficacement son travail en se postant entre les deux belligérants, au centre de la zone grise, au lieu d’être répartie dans les deux camps. Mais ce positionnement qui les exposerait, se heurte à leur indisponibilité, comme force d’intervention.

Enjoliver la situation ukrainienne convient aux occidentaux pour cacher leur culpabilité. La réalité, qui émane de sources proches du terrain ou qui ressort d’écrits journalistiques, il en existe au journal Le Monde, montre une appréciation beaucoup plus nuancée et parfois très critique, de l’attitude politique et militaire de Kiev. Sur ce dernier point, il lui revient d’imposer à la diversité de son armée  le respect des règles établies, auxquelles elle déroge complaisamment. Malgré des changements, la corruption continue de gangréner le pouvoir ukrainien, qui demeure statique. La raison devrait, d’autre part, imposer aux occidentaux une prudence accrue, quand ils soutiennent certaines personnalités. Si madame Nadia Savtchenko ne manque pas de courage, le souffre l’accompagne. Son engagement dans le subversif bataillon Aïder est explicite. L’intolérance, dont ses déclarations  sont pétries, laisse peu de place aux compromis. Le nationalisme qu’elle exalte vaut largement celui des russes. Comment faire évoluer la situation, si chacun se complait à utiliser et à justifier les tensions, pour éviter de remplir les engagements de Minsk. L’occident doit admettre qu’en Ukraine, il n’a guère laissé le choix à la Russie. En favorisant la révolte de Maïdan et l’exil du Président Viktor Ianoukovitch, élu démocratiquement, mais déposé par un coup de force, il a indirectement dicté l’attitude de Moscou.

Les derniers événements de Crimée ne changent rien à la donne. Ils renforcent l’image d’une Ukraine agressive et d’un occident totalement paralysé, impuissant à agir. Il convient moins de savoir si la Russie fournit des munitions aux combattants du Donbass, pour qu’ils assurent leur défense, que d’être certain qu’elle consacre tous les efforts nécessaires afin qu’ils respectent leurs engagements. Maintenir des revendications, les exprimer, est une chose, mais fomenter des incidents est d’une autre nature. Que l’attitude de Kiev déclenche le courroux de la Russie, quoi de plus naturel, mais qu’elle la conduise à suspendre les négociations de paix avec les occidentaux serait une erreur. Autant le retour de la Crimée dans le giron de la Russie, dont elle n’aurait jamais dû être séparée, est inaliénable, autant l’accentuation des tensions est inutile. Alors que la Russie adoucissait son langage, n’évoquant plus la Novorossia, le fascisme ou autres qualificatifs virulents, à l’égard de Kiev, il est regrettable qu’il ne soit pas demeuré prudent. Expurger des accusations que porte Moscou contre Kiev, des faits relevant de la propagande, est équitable. Toutefois, des indices recevables laissent à penser que Kiev n’est pas totalement innocent   de ce dont on l’accuse. Ils suffisent pour le blâmer. Personne n’ignore que le Ministre ukrainien, de la défense, ne maîtrise pas tous les éléments de ses forces armées, qui s’arrogent bien des libertés. Pour démontrer sa volonté d’apaisement, l’Ukraine  dispose d’un atout majeur. En acceptant la mise en place d’un statut d’autonomie du Donbass, elle démontrerait sa sincérité et enlèverait à la Russie, toute crainte militaire sur la Crimée.

Que signifient les sanctions, lorsque les deux protagonistes sont simultanément responsables, par leur impuissance ou leur passivité. du statut quo qui prévaut sur le dossier ukrainien. Occidentaux et russes assumant la même responsabilité, quelle rationalité justifie de maintenir des représailles collectivement pénalisantes. Les conserver est un non-sens. De plus, en autorisant des parlementaires à se rendre en Crimée, la France abroge automatiquement la cause des sanctions. Aux occidentaux de sortir de leurs contradictions en levant les sanctions.

Michel GRIMARD
Président du ROUE

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