Bouclier anti-missiles

COMMUNIQUÉ,
Le 30 mars 2012,

En prolongement du dîner-débat que notre mouvement a organisé au Sénat, en octobre dernier,

sur l’architecture de la défense européenne et auquel participaient Monsieur Dmitri Rogozine, Vice-Premier ministre russe et des parlementaires français, le Rassemblement pour l’Organisation de l’Unité Européenne (R.O.U.E.), a réuni, ce jour à Paris, ses instances dirigeantes, pour débattre du Bouclier antimissile, que les États-Unis veulent installer en Europe.

À l’issue de cette réunion et face aux craintes que soulève cette question, le R.O.U.E. dit comprendre les inquiétudes qu’elle suscite chez les responsables russes. Ce Bouclier antimissile, qui au demeurant viole le traité ABM signé en 1972, apparaît légitimement comme dangereux, pour la sécurité de la Russie.

Si en février 2009 la proposition, du Président Barak Obama, d’arrêter le programme de Bouclier antimissile, fait naître l’espoir d’un apaisement des tensions, il ne dure guère. Très rapidement on constate que cette intention n’est pas suivie d’effets et que l’installation des missiles se poursuit.

S’il peut apparaître légitime à l’OTAN et aux États-Unis d’organiser une défense antimissile contre la Corée du Nord et l’Iran, il convient, pour lever toute suspicion à l’égard de la Russie, d’agréger pleinement celle-ci à cette défense antimissile. Lors du sommet de l’OTAN, à Lisbonne en 2010, qui devait associer étroitement la Russie au déploiement du Bouclier antimissile, le Président Dmitri Medvedev n’avait pas marqué d’hostilité, sous réserve d’examen. Malheureusement, rien n’a ensuite été fait pour favoriser l’intégration de la Russie.

En affirmant en mai 2011 que l’OTAN doit rester maître de ses moyens de défense, le Président Barak Obama, écarte toute volonté réelle d’associer la Russie, démontrant ainsi que le Bouclier antimissile prétendument européen est un leurre, parce que totalement américain.

Il apparaît dès lors normal, qu’à l’occasion du Conseil OTAN-Russie de décembre 2011, la Russie ait montré son désaccord sur l’évolution du projet et qu’elle ait réclamé des garanties, en demandant à l’OTAN d’attester, pas seulement politiquement, mais de façon juridiquement contraignante, que le Bouclier antimissile n’est pas dirigé contre elle.

Pour l’Europe, le Bouclier antimissile demeure un sujet de discorde interne et externe. Le Président Jacques Chirac avait d’ailleurs manifesté son hostilité à ce projet et son attachement au traité ABM de 1972. Aujourd’hui, la récente déclaration du ministre russe de la défense, monsieur Anatoli Serdioukov, montre le handicap que représente ce projet, pour une coopération fructueuse Europe-Russie : « L’absence de progrès dans le dialogue sur la défense antimissile est un facteur empêchant d’atteindre un niveau de confiance plus élevé en Europe ».

L’autonomie d’une Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD) déjà mise à mal, s’éloigne encore un peu plus. Le Bouclier antimissile, tel que prévu, n’est pas un élément de la défense européenne, comme le présente les américains, au contraire, il la marginalise, au même titre que notre force de dissuasion nucléaire.

Le prochain sommet de l’OTAN, en mai à Chicago, ne verra certainement pas, comme initialement prévu, la participation de la Russie. Pour être positif, ce futur sommet devrait mettre tout en œuvre, pour permettre la signature d’un accord minimal, ce qui n’est pas le cas. Si comme le dit le Secrétaire Général de l’OTAN, Monsieur Rasmussuen, « Les relations entre l’OTAN et la Russie ne dépendent pas d’un seul sommet », alors qu’il prenne la précaution de ne pas franchir le point de non-retour.

Le R.O.U.E. réaffirme à cette occasion.

– que le Bouclier antimissile, tel que conçu par les américains, est inacceptable en l’état.
– que l’architecture de la défense européenne, dans le cadre de la PESD, doit être revue pour associer la Russie.

Michel GRIMARD
Président du ROUE