Au Mali l’Europe brille par sa transparence

Article,
le, 8 mai 2021

 

AU MALI L’EUROPE BRILLE PAR SA TRANSPARENCE

L’éclat est tel, que la France, éblouie, ne perçoit pas sa présence. Plus clairement, quelle aide l’Union européenne apporte à notre pays, dans son combat contre le terrorisme islamiste au Mali. Bien que bouclier de l’Europe dans cette région de l’Afrique, gangrénée par les groupes djihadistes, la France demeure quasiment seule à accomplir cette mission salvatrice. Les nations de l’Union ont elles conscience du danger que représenterait la prise de contrôle de ces pays subsahariens, par les mouvements terroristes. Déjà frappées par de nombreux attentats islamistes, elles verraient leur vulnérabilité accrue. Pour ces raisons, auxquelles s’ajoutent certaines richesses minières qui intéressent notre sécurité collective, il faut éviter la contagion et la déstabilisation de l’Afrique. Il est temps que, conformément à l’esprit et aux obligations de ses différents traités, l’Europe s’engage concrètement aux cotés de la France.

Trois sortes de raisons d’intervenir, peuvent être avancées. Celles qui relèvent  de l’esprit, celles où l’esprit et l’obligation s’entrelacent, celles où l’obligation ne souffre pas d’ambiguïté. Ces raisons se retrouvent dans les dispositions des conventions qui suivent. L’Union de l’Europe Occidentale (UEO) fondée par le traité de Bruxelles, modifié en 1954, prévoit déjà une clause de solidarité et d’assistance mutuelle. La coopération Structurée Permanente, créée par le traité de Lisbonne, mais déjà inscrite dans l’article 2 alinéa 6 du traité de l’Union européenne, permet, de façon concrète, d’aller, pour les Etats membres qui le souhaitent, vers une intégration militaire plus avancée, qui marque une volonté de cohésion toujours plus grande. L’accord de défense mutuelle, inscrite dans le traité de Lisbonne, est encore plus clair. Il précise que si un membre de l’Union européenne est « l’objet d’une agression armée sur son territoire » les autres Etats membres lui doivent aide et assistance. Quant aux missions de Petesberg, elles sont sans équivoque. Elles prévoient « qu’elles peuvent contribuer à la lutte contre le terrorisme y compris par le soutien apporté à des pays tiers, pour combattre le terrorisme sur leur territoire ». Au-delà de l’intervention résultant de la résolution 2085 du Conseil de Sécurité de l’ONU, les Etats membres se devaient d’épauler la France, au moins, dans le cadre des missions de Petesberg. Le constat est certes cruel. Rien ne manquait aux pays de l’Union, sauf le courage, pour s’engager, comme la France, directement sur le terrain des opérations. Souhaitons que la nouvelle mouture participative, TAKUBA, inverse ce jugement.

Aujourd’hui, malgré les déclarations prometteuses, des prétendus supporters européens, l’opération Barkane semble toujours en attente de leurs réelles mises en œuvre. Si des ententes ont été passées, elles demeurent, opérationnellement, bien en deçà des engagements. En 2019 un premier accord européen a été obtenu pour une participation de forces au Sahel. Il engageait, la République Tchèque, la Belgique et l’Estonie. Un développement est ensuite intervenu, dans le cadre de l’opération Barkane, par l’instauration d’un détachement  de Forces Spéciales Européenne. Cette configuration, dénommée AKUBA, qui comprend en principe 12 pays, n’en mobilise actuellement que 4 au Mali, la République Tchèque, l’Estonie, la Suède et l’Italie. Numériquement peu conséquente, cette force est néanmoins efficace et courageuse au combat. Mais ce dispositif à minima n’exonère pas l’Europe de ses responsabilités au Sahel. Aussi efficace soient-ils, les 350 militaires d’AKUBA montrent une image réductrice de l’engagement européen, qui apparaît squelettique face au potentiel des 27. Si le support logistique, en matériel de transport, est assurément utile, il ne peut être, toutefois, considéré comme compensatoire. Le déficit est particulièrement criant au regard des 5100 soldats que déploie la France. Ceux qui sont en première ligne, qui affrontent quotidiennement la mort, qui paient un lourd tribut, 55 tués à ce jour, sont presque exclusivement les troupes françaises. La Ministre des Armées, Madame Florence Parly, tente de montrer que la France n’est pas seule au Mali. Malheureusement, la réalité lui oppose un cinglant démenti.

Sans grandiloquence, nous pouvons dire que la France remplit honorablement sa mission, alors que l’Europe faillit, en repoussant constamment sa participation.

 

Michel GRIMARD
Président du ROUE

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