République de Chypre : l’amateurisme de l’UE

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Avr 5, 2013 Commentaires fermés sur République de Chypre : l’amateurisme de l’UE giulietta

ARTICLE,
le 05 avril 2013,

1 – Cinq ans de gestion de crise
Dans la longue liste des pays européens victimes de la crise financière, Chypre, petit pays, arrive dans les derniers. Avant lui, ont été touchés Islande, Irlande, Grèce, Portugal, Royaume Uni, Espagne, Italie. Après Chypre (Notes 1), il ne reste plus que l’Italie privée de gouvernement avant que le mal ne touche la France.
Si le catalyseur de la crise est le même pour tous les pays: le traitement de la crise immobilière américaine par la titrisation des créances hypothécaires, titrisation qui a provoqué pour tous les autres pays européens une crise bancaire débouchant plus ou moins rapidement sur celles des dettes souveraines.
Les pays n’appartenant pas à la zone Euro, comme l’Islande ou le Royaume Uni, ont pu mener des politiques nationales avec plus ou moins de bonheur:

– L’Islande, refusant de payer ses dettes bancaires, a vu son économie amputée des deux tiers de sa valeur (la couronne islandaise est tombée de 60 couronnes pour un Euro à 160 couronnes pour un Euro aujourd’hui, en passant par 300 couronnes pour un Euro). Si le FMI lui a apporté un concours (bien que très insuffisant) au plus fort de la crise, maintenant elle peine à trouver des financements pour, non seulement, entretenir son économie, mais aussi, pour investir, parce qu’elle a perdu sa crédibilité financière et parce qu’elle a volontairement choisi une stratégie d’isolement. Il est clair que si une grande puissance (Allemagne ou France par exemple) avait cessé de rembourser ses dettes, c’est toute l’économie mondiale qui aurait sombré à cause d’un blocage mondial des échanges interbancaires.

– Le Royaume Uni, grâce à une monnaie reconnue dans les échanges internationaux, a pu, jusqu’à présent, résister en faisant marcher « la planche à billets », tout en perdant près de 10% de sa valeur économique face à l’Euro. Mais cette solution a des limites quand il faut réduire les déficits publics d’une économie fondée sur l’ingénierie financière en perte de vitesse et « plombée » par de nombreux scandales comme celui portant sur le « Libor ». En raison de toutes ces difficultés, la livre, qui vient de perdre encore 5% de plus ces derniers jours, pourrait prolonger sa baisse avec la récession en vigueur.

De leur côté, les pays appartenant à la zone Euro ont pu faire face à la crise grâce à l’aide de l’UE, mais non sans douleur. Du reste, de nombreux pays sont toujours en grandes difficultés, malgré l’aide Européenne parce, depuis le début de la crise grecque, l’UE a choisi des réponses inadaptées à la situation.
L’UE, en effet, n’est pas en crise financière au moment où se déroule l’attaque contre la Grèce pour les raisons suivantes:

– Globalement l’UE était (et même est encore) dans une situation économique saine.

– Certains États de l’UE étaient au bord de la faillite, mais d’une manière générale pas plus (en montant comme en nombre) que plusieurs États américains, voire que quelques grandes villes… des USA.

– La politique de la BCE était rigoureuse, presque vertueuse, sans avoir jamais dit ou expliqué que la situation avait changé de nature…

Or, ce n’était plus à une crise économique, mais à une attaque économique que l’UE se trouvait confrontée à ce moment-là. Dans un contexte de guerre économique, pour faire face à une attaque, les armes auraient dû être puissantes, utilisées immédiatement et massivement pour créer un effet de surprise de nature à faire changer de camp la peur. Mais l’attitude de l’UE face aux institutions financières mondiales peut être comparée à celle des 3 Curiaces face au seul Horace survivant: « se diviser »: la conséquence a été la mise mort de pays à tour de rôle… ce qui pourrait arriver jusqu’à entraîner la chute des pays les plus forts comme l’Allemagne qui ne pourra pas survivre à la chute des autres pays.
La seule réponse possible à l’attaque contre la Grèce découlait d’une analyse des responsabilités des différents acteurs de la crise grecque:

– Celle des gouvernements européens qui avaient fermé les yeux sur la vérité de la situation depuis plus de 20 ans,

– Celle de la France et l’Allemagne qui avaient vendu massivement des armes à la Grèce,

– Celle de l’UE qui voulait que la Grèce se mobilise pour protéger le flan sud de l’Europe contre une « possible » invasion turque,

– Celles des grecs qui n’ont pas vraiment payé d’impôts, pas plus que l’Église orthodoxe grecque,parce que d’une manière générale, tout le monde voulait faire « de l’argent ».

Il faut y ajouter les citoyens de tous les pays européens qui, tous, sont des « complices objectifs » de leurs dirigeants, en acceptant les mensonges distribué par ceux-ci.
Tout le monde devait donc payer et tout de suite: les grecs par l’instauration d’une véritable organisation fiscale et une réduction des rémunérations, les citoyens européens par une participation à la réduction de la dette grecque, sous la forme d’un impôt, les banques par une réduction de valeur des prêts accordés à un économie notoirement insolvable, l’Église orthodoxe par une taxe sur les biens détenus non nécessaires à l’exercice du culte… et surtout, toutes ces mesures devaient, quasiment d’un seul coup, aboutir à l’annulation de la part de la dette grecque excédant entre 70% et 100% du PIB. Cette mesure aurait stoppé net la spéculation et fait comprendre que nous sommes tous responsables de tous en Europe.
Nous aurions assisté à une baisse immédiate et généralisée des taux des emprunts d’État de tous les pays européens, baisse qui, accompagnée de mesures budgétaires, fiscales et économiques, aurait permis aux pays européens d’aider tous les pays endettés et plus généralement l’UE à sortir de la récession dans laquelle ils sont plongés aujourd’hui. Enfin et surtout, cet ensemble de mesures aurait transféré la crise des États de l’UE sur le grand responsable de la situation, l’État américain.
Bien des arguments ont été avancés pour justifier notre pusillanimité. Les pays du sud ne travaillent pas, ils trichent… Mais que dire aujourd’hui, quand on assiste au pillage des ingénieurs de l’Europe du Sud par l’Allemagne, opération individuellement intéressante, mais qui collectivement provoque l’impossibilité pour les économies du sud de rembourser leurs dettes, puisqu’elles n’ont plus sur leur territoire de cadres et d’employés qualifiés, producteurs de ressources, pour rembourser les dettes.
L’UE n’a pas été à la hauteur et va boire le calice jusqu’à la lie.
Comment imaginer que notre jeunesse puisse avoir envie de l’UE dans laquelle nous vivons aujourd’hui, l’UE du chacun pour soi… les jeunes plus généreux que leurs aînés ne peuvent pas adhérer à l’UE actuelle. L’UE ne pourra survivre à toutes ces difficultés que si elle est capable de passer du « Chacun pour soi » au « Tous pour tous ».

2 – La crise chypriote
C’est dans ce contexte que l’UE est confrontée à la crise chypriote. Nous venons encore d’assister à une série de décisions ahurissantes humainement et économiquement avant que Chypre ne montre la voie à suivre pour rétablir, dans les meilleures conditions possibles, sa situation.

2.1 – La situation chypriote

2.1.1 – Les erreurs chypriotes
Petit « paradis fiscal » de 1,3 millions d’habitants, renforcé par son entrée dans l’UE (l’appartenance à l’UE constituant un gage de « sécurité »), Chypre a attiré une masse importante de capitaux, permettant à ses banques d’en engranger à hauteur d’au moins 72 milliards d’Euro (montant variable selon les estimations) équivalent à 7 fois le PIB de Chypre au moins. Une part importante de ces capitaux provient notamment de Russie et est constituée notamment de capitaux publics inscrits sur des comptes de groupes publics (voir les déclarations de Medvedev du 20 au 22 mars).
L’augmentation régulière des dépôts dans le paradis fiscal chypriote a favorisé un développement économique, certes artificiel, mais visible par tout un chacun. On a assisté alors à une réaction humaine: il n’y avait aucune raison pour que cette croissance s’arrête et tous les chypriotes ont considéré que cette « croissance économique était un dû », alors qu’elle était obtenue « sans travail réel » Or tout a une fin; le gouvernement chypriote s’est trouvé confronté à la chute de l’économie grecque, dès 2010. Peu à peu la situation intérieure s’est dégradée jusqu’à mettre le système bancaire au bord de la faillite.
Petit pays par la taille, Chypre a tout fait pour créer une sorte de remake de l’Islande: hypertrophie du système bancaire permettant un développement économique artificiel de l’île parce que très dépendant des mouvements de capitaux. Mais les crises islandaise et grecque n’ont en rien alerté les dirigeants chypriotes et européens trop occupés à gérer l’instant… De plus, pour attirer des capitaux, les banques chypriotes n’ont pas hésité à proposer des rémunérations supérieures à 7%, à un moment où l’économie européenne ralentissait.
Ne pouvant plus faire face à leurs échéances, en raison de l’effondrement de l’économie grecque, les banques chypriotes ont été menacées de faillite à très court terme. Par contre coup, l’État chypriote s’est retrouvée en première ligne pour faire face à la crise bancaire et éviter la faillite générale de son économie.

2.1.2 – Les faiblesses chypriotes
Chypre se trouve confrontée à un autre cas de figure que l’Islande: d’une part, elle fait partie de l’UE et à ce titre, elle ne peut pas dévaluer facilement… et d’autre part son économie est très fragile. En effet, Thierry DISSAUX (Président du Fonds de garantie des dépôts) déclare que la « base économique et fiscale » de Chypre est « limitée et instable », qu’elle s’appuie essentiellement sur « le tourisme, la finance et le transport maritime (shipping) » et que cela pose « un problème fiscal et budgétaire de 1ère grandeur » (Les Échos, 22/03, déclaration du 19/03). De plus son économie repose sur un « dumping fiscal » avec comme corollaire que toute augmentation des impôts entraîne immédiatement une sortie de capitaux…
En 2011, Chypre a obtenu de la Russie (pour préserver, autant que faire se peut, les intérêts russes sur l’île) un prêt de 2,5milliards d’Euro à 5 ans. Mais cela était notoirement insuffisant pour faire face à la crise: ce n’était qu’un répit qu’il aurait fallu mettre à profit.
Au mois de Mars 2013, face à cette situation, malheureusement au dernier moment comme l’ont fait tous les gouvernements des pays européens en crise, à l’occasion d’un changement de gouvernement, le nouveau gouvernement chypriote a sifflé la fin de la partie en demandant l’aide de l’UE et du FMI.
Au bord de la faillite, le gouvernement chypriote n’avait que deux solutions pour éviter la faillite:

– Sortir de l’Euro, dévaluer et tenter de refaire surface économiquement: cette solution constituerait un reniement de toutes les décisions prises auparavant pour entrer dans l’UE et surtout, la perte de l’aide précieuse que représente l’UE tant face à la Turquie et la République de Chypre du Nord que face à la situation économique.

– Rester dans l’UE et négocier une aide: solution très dure à court terme parce qu’elle implique des sacrifices visibles qui pourront être facilement imputés à l’UE, mais qui garantiront la survie à plus long terme de Chypre.

C’est la 2ème solution qui a été privilégiée par le gouvernement chypriote.

2.2 – Les solutions

2.2.1 – Un premier accord imposé par l’UE
Après de longues négociations, un accord est conclu, le 16 mars entre l’UE, la BCE et le FMI d’une part et la République de Chypre d’autre part. Il comprend deux clauses principales et liées: un prêt de 10 milliards d’Euro est accordé sous réserve que Chypre apporte 7,5 milliards d’Euro comprenant  principalement l’imposition d’une taxe variable sur tous les dépôts bancaires.
Cet accord a été accompagné d’une fermeture des banques chypriotes jusqu’à nouvel ordre, c’est à dire jusqu’à l’adoption par le Parlement chypriote de l’accord.
À peine annoncé, cet accord a fait l’objet des plus vives critiques notamment à Chypre où le Parlement a purement et simplement depuis refusé de le voter malgré toute une série de modifications portant sur l’exonération partielle ou complète de la taxe (en premier lieu une exonération jusqu’à 20000€, puis jusqu’à 100000€) exonération acceptée par l’UE à condition de trouver d’autres ressources. Face aux refus réitérés par le Parlement, le gouvernement a tenté de trouver un soutien auprès de la Russie, sans résultat. Le Président chypriote s’est donc retourné vers l’UE.
Une semaine après le premier accord, la « troïka » (UE, BCE et FMI) continue à faire la pression sur Chypre, menaçant d’arrêter toutes fournitures de liquidités à compter du 26 mars si aucun accord n’est obtenu d’ici là.

2.2.2 – Les conséquences de la décision européenne du 16 mars
Cette décision de la troïka de taxer les dépôts bancaires était dramatique et complètement folle. Comme nous allons le voir, nous avons assisté à l’emploi d’un fusil à un coup qui pourrait réussir sur le moment, mais qui ferait perdre à l’UE et à Chypre, toute crédibilité internationale en particulier en matière financière. Les conséquences de cette perte de crédibilité les auraient touchées gravement.

2.2.2.1 – Les conséquences pour Chypre
L’accord conclu par le gouvernement chypriote, le 16 mars, conditionnait un prêt de 10 milliards d’Euro à un prélèvement, variant de 7 à 10%, sur l’ensemble des dépôts bancaires. Les conséquences d’un prélèvement sur tous les dépôts (ou « taxe bancaire » comme certains l’appellent), auraient été les suivantes:

– Aucun étranger n’aurait plus déposé d’argent à Chypre. On pourrait même envisager un « sauve qui peut » généralisé à la réouverture des banques… et un effondrement de l’économie chypriote dès l’ouverture des banques (probablement de 50%). Bien entendu, le gouvernement chypriote pourrait instaurer un contrôle-limitation des changes, mais l’expérience en la matière montre qu’on peut contourner aisément une telle disposition (Notes 2) et donc que les capitaux partiraient plus ou moins rapidement laissant l’économie chypriote exsangue à leur départ.

– On devrait constater une diminution de l’importance des paradis fiscaux de l’Union Européenne, mesure très louable, mais aux conséquences économiques incalculables à cause du départ de l’UE d’une quantité importante de capitaux qui trouvent jusqu’à présent à s’employer dans l’UE.

– Chypre sera confrontée à une diminution drastique du nombre de ses touristes, surtout d’origine russe. Le départ des non européens, gros pourvoyeurs de recettes touristiques, affaiblirait très fortement l’économie chypriote, en créant un chômage massif…

Les conséquences pour Chypre auraient été la fin des investissements productifs sur l’île, l’effondrement du niveau de vie de l’île, un effondrement sans espoir de retour à court terme. Toutefois, il reste qu’à plus long terme, en particulier si une production d’hydrocarbures se réalise (avantage dont ne dispose pas l’Islande), l’avenir de Chypre pourrait se dégager…
Mais cette proposition de taxe laissera des traces importantes dans la population chypriote qui n’hésitera pas à s’expatrier pour trouver du travail rendant de plus en plus aléatoire le développement de l’île. La réaction sera d’autant plus forte que le parlement chypriote vient de voter l’acceptation de principe d’une mise en garantie des fonds de pension et de retraite!

2.2.2.2 – Les conséquences pour l’UE
Les conséquences de ce plan auraient largement dépassé Chypre et auraient créé les conditions d’un échec de l’UE à terme, avec des incidences très fortes sur les économies européennes et même sur le reste du monde… En effet, la confiance ne s’obtient qu’après un long travail dans le temps (Notes 3), et cet accord laisse à penser que cette mesure de ponction sur les capitaux apportés aurait pu s’étendre, à un moment donné ou à un autre, à tous les pays européens.
En se mettant à la place des détenteurs de capitaux, il est très facile de comprendre qu’ils n’ont aucune envie de courir ce risque… Les principales conséquences auraient été les suivantes:

– Dès qu’un autre pays européen présentera des difficultés financières, ses habitants n’hésiteront pas, pour protéger leur argent, à faire sortir à grande vitesse toutes leurs économies de leurs pays (Notes 4), accélérant ainsi la dégradation économique.

– Les détenteurs de capitaux de l’UE seront inciter aussi à ne plus placer leur argent dans les banques mais à se retourner vers des actifs plus liquides et souvent plus risqués, comme l’or ou la détention à domicile (« bas de laine »)…

– Les étrangers n’apporteront plus de capitaux à l’UE, de peur de perdre leurs mises. Or une partie de ces capitaux, investis dans l’économie, permet la croissance économique et donc l’emploi.

L’UE a donné l’impression de ne pas accorder d’importance à la confiance. Les conséquences de son choix auraient été sans commune mesure avec l’avantage instantané de ladite mesure. L’impression que l’on retire de cette décision est qu’elle présente toute les caractéristiques d’une personne qui se défend avec un fusil à un coup. Elle vient d’épuiser son seul avantage de poids à l’échelle internationale: sa crédibilité!

2.2.3 – Conclusion de la première réponse européenne
Après l’examen de toutes ces conséquences négatives du 1er plan à négocier, on peut se demander quelle était la raison cachée de cette étrange décision de l’UE.Pour répondre à cette question, il faut se demander non « à qui profite cette mesure? » mais « à qui cherche-t-on à nuire par cette mesure? ».
L’objectif visé n’est :

– certainement pas les petits épargnants chypriotes, même s’ils ont manifestement largement profité de la situation, durant plusieurs années, pour se constituer un pécule qu’ils n’auraient pas eu sans l’embellissement bancaire.

– certainement pas, non plus, les comportements mafieux de certains qui utilisent les paradis fiscaux pour « blanchir » une partie de leur argent. Ils perdront un peu plus que prévu à Chypre, mais en partant, ils auront un blanc-seing de propreté… dont ils ont un urgent besoin.

En revanche, les principaux touchés sont les détenteurs de capitaux russes (que les capitaux soient propres ou non). Cette taxe leur aurait coûté 2 à 3 milliards d’Euro.
La vraie question est bien: « ces mesures ne sont-elles pas des sanctions contre la Russie? ».
En effet, comment ne pas considérer ce premier plan comme une déclaration de guerre de l’UE à la Russie? Il se situe dans une longue lignée de mesures anti-russes de l’Union Européenne comme :

– la déclaration des autorités européennes aux dirigeants ukrainiens (février 2013) « vous devez choisir entre l’UE et la Russie! » prononcée par la délégation de l’Union Européenne;

– les volontés française et anglaise d’armer la rébellion syrienne pour aboutir d’une part à la fin de la présence militaire russe en Syrie et à la fin de la base de Tartous, et d’autre part, à la fin du bouclier que représentent pour les russes les États chiites, face aux terroristes sunnites.

Alors que l’UE a besoin d’alliés et de partenaires sur ses flancs est et ouest, pour se protéger dans un contexte mondial à haut risque et se constituer des partenaires économiques fiables, tout semble délibérément indiquer que nous avons sacrifié notre flan est…
Nos dirigeants ne sont pas, toujours pas sortis d’un anticommunisme primaire, encore plus fort chez les socialistes français que dans d’autres pays, mais toujours latent auprès d’une bonne partie des politiques et penseurs français, qui eux, ne sont pas toujours sortis de la Guerre de 39/45…
Cette mesure prise par la nouvelle Troïka, UE, FMI et UE, s’inscrit dans une stratégie de réduction de l’influence russe combinée à une main mise sur les sources d’énergie, alors que nous devrions nous, les européens, nous serrer les coudes parce que nous avons et devons avoir une communauté de pensée indispensable pour faire face aux dangers d’une guerre économique planétaire gouvernée par le principe « La fin justifie les moyens ».

3 – La 2ème plan de l’UE, le 24 mars

3.1 – La résistance du Parlement chypriote
Face à la 1ère proposition européenne, il faut bien reconnaître que le Parlement chypriote a fait preuve de beaucoup de maturité, c’est-à-dire de beaucoup plus de maturité que l’UE, le FMI et l’Eurogroupe en refusant une mesure scandaleuse, et que les islandais en restant intégré à l’économie européenne et mondiale.
Face à l’attitude européenne, les chypriotes se sont défendus en refusant la taxe sur les avoirs bancaires. Ils ont proposé ou proposé une mesure « naturelle » dans le monde globalisé (la faillite d’une banque). Les chypriotes ne peuvent plus critiquer le plan proposé :

– Parce qu’il s’inscrit dans la logique du système économique dans lequel nous vivons: une faillite, même d’une banque est toujours possible, de plus les banques « saines » ne sont pas touchées par le plan proposé par le gouvernement, accepté par l’UE, et adopté par le Parlement chypriote

– Parce qu’il garantit à hauteur de 100 000€ les dépôts bancaires des particuliers.

Habilement, le gouvernement chypriote a imposé dans le plan adopté, que les actifs de la banque en faillite, Laiki bank, soit repris par la Bank of Chyprus, tout en dégageant cette dernière de la part des actifs toxiques, ce qui pourrait aboutir à une réduction de la valeur des actifs de 40 à 60%, le reste étant bloqué 6 mois environ dans les banques chypriotes.

3.2 – La force du 2ème plan
Ce plan présente de nombreux avantages pour Chypre et pour l’UE:

– La crédibilité européenne n’est pas mise en défaut,

– Les banques en faillite paient pour les prises de risques inconsidérés de leurs dirigeants (grenouilles voulant devenir aussi grosses que le bœuf),

– Les russes ne sont plus désignés comme les ennemis à abattre, mais, malgré tout, portent une responsabilité dans leurs investissements inconsidérés dans une économie « casino »,

– L’économie chypriote et ses habitants paieront une partie des erreurs dont ils sont les complices objectifs avec une chute estimée actuellement à 20% de PIB,

– Les européens fourniront une aide à Chypre, aide à laquelle ils participeront tous.

Ce plan a beaucoup de qualités, mais ce n’est pas pour autant que Chypre, l’économie chypriotes et les chypriotes eux-mêmes sont sortis d’affaires. Le retour de la croissance va dépendre maintenant des mesures qui vont être prises par le gouvernement pour favoriser le développement économique sans utiliser des produits dopants (notamment fiscaux), ce qui a été la cause de la crise chypriote.

Conclusion
S’il est réjouissant qu’un petit État ait été capable de refuser un diktat européen pour aboutir à un accord plus juste politiquement, économiquement et socialement, maintenant la République de Chypre dans l’UE, comment ne pas regretter que l’UE ait vraisemblablement privilégié un règlement de compte avec la Russie à une recherche des intérêts économiques véritables, non seulement de Chypre, mais de toute l’UE.
Alors que les économies européennes sont confrontées à une guerre économique de grande ampleur, comment expliquer la mollesse depuis 5 ans des dirigeants européens sinon en se demandant ce qu’ils cherchent à servir.

Jean DONZEL,
Vice-Président du R.O.U.E.
Ancien Professeur agrégé hors classe

Notes
1) L’Ile de Malte, la Slovénie, …, sont susceptibles de tomber à peu près au même moment que l’Italie,

2) Voir l’attitude de Renault, entreprise d’État, dans le contournement du contrôle des changes instauré par F Mitterrand au début des années 80, grâce à sa filiale suisse…

3) Voir la réussite de la marque automobile Audi,

4) Ce qui semble n’avoir été le cas, pour Chypre, que pour 3 à 4 milliards d’Euro, résultat probable de délits d’initiés…

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