Mauvaise stratégie contre Navalny

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Avr 12, 2017 Commentaires fermés sur Mauvaise stratégie contre Navalny giulietta

ÉDITORIAL,
le 12 avril 2017,

MAUVAISE STRATÉGIE CONTRE NAVALNY

 Décidemment, en Russie, la dualité agressive des relations pouvoir-opposition est devenue une constante. A l’occasion des élections à la mairie de Moscou, en septembre 2013, je m’étais étonné de l’engouement des journalistes européens pour Alexeï Navalny. Dans un éditorial du ROUE, je l’avais qualifié d’étrange héros des médias occidentaux. Car, de quel preux nous parlaient-ils. L’homme qu’ils louangeaient, se révélait, durant cette campagne municipale, bien éloigné de l’image  d’un démocrate. En effet, au-delà des problèmes de fond relatifs à la préférence nationale et à ses déclarations concernant l’immigration, c’est l’expression d’une manière de penser, en principe honnie par les médias, que ses choix traduisaient. Les propos d’Alexeï Navalny, n’avaient rien à envier à ceux du maire de Moscou, sur lesquels il surenchérissait, racisme et intolérance. Devant le mauvais procès fait au pouvoir russe, de garroter la libre expression, j’avais défendu le libéralisme dont il faisait preuve. Démentant les accusations d’entraves à la campagne d’Alexeï Navalny, le droit de parole et de mouvement dont il disposait, m’avait rassuré et conforté  dans ma conviction d’un débat ouvert, respectant le pluralisme. Alexeï Navalny n’était pas empêché de se présenter à l’élection municipale de Moscou, ce qu’il a fait et il pouvait s’exprimer sans contrainte. Il en a usé sans retenue, comme le montrait cette citation  » Le crapaud, assis sur le pipeline, va sentir que ça chauffe sous ses pattes et va se demander s’il ne vaut pas mieux sauter vers la Suisse, plus près de ses comptes bancaires « . Bel exemple d’une parole que l’on prétendait être muselée.

Aujourd’hui, l’attitude adoptée par Moscou, lors des dernières manifestations, m’interroge. Elle me laisse incrédule, d’autant que je considère qu’elle n’est pas la bonne. Refuser, à priori, l’organisation d’un défilé protestataire, constitue un formidable moteur de mobilisation, comme le montrent les milliers de participants, parmi lesquels, les jeunes étaient nombreux. Prompts à la contestation, comme sous tous les cieux, laissons-les s’exprimer, dès lors qu’ils ne sont pas émeutiers. L’interdiction les jette dans le camp contestataire, qui les récupère. Tout bannissement est contre-productif, quand rien d’impératif ne l’impose. Doublée d’une répression, l’audience d’une manifestation s’amplifie, se décuple, faisant le jeu des adversaires. Cette attitude ne peut que donner corps à leurs accusations. Il ne faut jamais oublier que pour tout être humain, le droit de manifester est consubstantiel à la liberté. Je déplore, ce changement de comportement inapproprié, ainsi  que le symbole incarné par la réception exceptionnelle accordée à Marine le Pen, car ils brouillent l’image de la Russie

Braver l’arbitraire peut-être courageux, mais n’octroie pas systématiquement un brevet de vertu. Avant d’encenser Alexeï Navalny, les médias qui lui sont acquis devraient explorer plus profondément sa personnalité. S’ils voulaient faire preuve d’impartialité, ils découvriraient que la blancheur du chevalier est moins étincelante que convenu. Son charisme ne doit pas masquer les aspects négatifs, forts nombreux, du personnage. Ceux qui se disent attachés aux valeurs de l’occident, qu’ils maltraitent souvent, et qui voudraient voir confier les destinées de la Russie à cet individu, risqueraient d’être, fort déçus.

L’accession de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie avait marqué un renouveau. Redressement du pays sur tous les plans et relation équilibrée avec l’Europe. Même si les nouvelles donnes déçoivent, l’Union européenne ne peut ignorer la nécessaire coopération avec la Russie, partie de notre continent et de sa grandeur.

Michel GRIMARD
Président du ROUE

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