Forum international de Klingenthal 2012, organisé par le CIDAN

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CONFÉRENCE,
Le 04 décembre 2012,

 

 Forum international de Klingenthal 2012, organisé par le CIDAN
Conférence animée par Jean DONZEL Professeur agrégé

 

En préambule, et avant d’introduire mon propos, je voudrai, d’une part, vous présenter succinctement l’association le R.O.U.E., Rassemblement pour l’organisation de l’Unité Européenne dont je suis le Vice-Président, et d’autre part situer mon propos.

Le R.O.U.E. s’est donné trois objectifs:

1) Pas d’Europe sans indépendance

2) Pas d’indépendance sans libre décision

3) Pas d’Europe sans Russie

Je voudrais situer mon propos dans le cadre du Bilan des moyens mis en œuvre pour faire face aux menaces extérieures. Comme l’ensemble d’entre vous, j’en suis sûr, la qualité de l’analyse d’une situation est un préalable à une bonne résolution d’un problème. Elle seule permet de définir des objectifs réalistes et de vérifier, dans un deuxième temps, la pertinence des moyens mis en œuvre.

En introduction, je vais étudier quelle est la place de la Russie dans l’analyse stratégique européenne et aborder deux éléments importants qui devraient être pris en compte dans le cadre d’une analyse stratégique complète.

Introduction

Le livre Blanc de la Défense de 2008 pour la France et le projet de rapport Danjean 2012 portant sur la politique de défense et de sécurité commune de l’UE, ont porté leur attention sur les arcs de crise qui constituent des menaces extérieures tant pour la France que pour l’Union Européenne.

La France et l’Union Européenne sont confrontés, entre autres, à une série de menaces sur leurs flancs sud et est que j’ose rassembler en un seul arc de crise partant de la Mauritanie à l’ouest, et allant jusqu’à l’Asie du Sud-Est en passant  notamment par le Moyen Orient et l’Afghanistan  [ Mauritanie – Makrech – Moyen Orient – ex-satellites russes – Asie du Sud-Est – Indonésie ].

De son côté, la Russie frontalière de l’Union Européenne présente aussi une très large frontière avec cet arc de crise. De plus la frontière russe est souvent bien plus facilement accessible depuis cet arc de crise, que ne le sont les frontières de l’Union Européenne ou de la France.

A partir de ce constat, comment ne pas être marqué, par l’absence, dans les rapports cités, de la prise en compte de la Russie, acteur, à bien des égards, au moins aussi important que nous dans la gestion de l’arc de crise.

En effet, le nom de la Russie n’est même pas cité: nous sommes face à un vide d’autant plus préjudiciable à notre stratégie et à notre organisation de défense que la Russie est un acteur très présent et qui intervient constamment sur cet arc de crise, un acteur parfois favorable, parfois défavorable à notre stratégie de défense et de préservation de nos intérêts vitaux sur la zone.

Or, la Russie, par sa position géographique et par ses décisions politiques, est, d’une part, en première ligne, notamment dans la gestion de l’arc de crise, et, d’autre part, en pleine restructuration militaire.

1 – La Russie est en première ligne

Alors que la Russie et l’Union Européenne doivent en priorité défendre leurs intérêts vitaux, la Russie est plus proche géographiquement et physiquement que l’Union Européenne de l’arc de crise.

La Russie est, aujourd’hui, en première ligne, face aux crises qui se développent sur l’arc de crise. De plus elle doit assurer la nécessaire protection de ses intérêts vitaux, notamment parce que nombre de ses alliés ont fait l’objet ou peuvent encore faire l’objet d’attaques de la part de l’Union Européenne et même dans certains cas de l’OTAN (La Serbie, la Libye, la Syrie…).

La Russie a dû adapter sa stratégie, d’une part, pour faire face à l’attitude des européens dans de nombreux conflits, et, d’autre part, aux agressions qu’elle a subies sur son territoire.

Dans un premier temps, elle a réagi aux « agressions » contre ses alliés par le soutien de mouvements sécessionnistes dans différents pays européens (Moldavie et Transnistrie, Géorgie et Abkhazie et Ossétie du Sud…) tout en déployant une stratégie agressive de rapprochement avec les pays européens ex-satellites (Biélorussie, Ukraine..).

A posteriori, nous pouvons nous demander ce que nous avons gagné dans ces conflits. N’aurait-il pas été plus habile et probablement plus sérieux de négocier avec la Russie pour aboutir à un consensus vraiment européen, préparatoire à des actions communes, préparatoire à une défense commune?

Parallèlement, la Russie a subi, de plein fouet, tout comme de nombreux pays occidentaux des agressions sur son territoire. Mais, en raison, notamment, de l’absence d’ethnies majoritaires dans certaines zones de nos territoires occidentaux, la réitération de ces agressions dans les pays européens est devenue plus difficile, alors que la Russie a dû affronter, dans des combats difficiles, une population s’appuyant à la fois sur une différence religieuse profonde et sur une aide de terroristes financée de l’extérieur. Cette évolution de la situation propre à la Russie résulte du fait de sa proximité de l’arc de crise.

La Russie a tiré des enseignements de ces évènements. Sa première préoccupation est d’éloigner les fauteurs de troubles (sunnites extrémistes, …) de son territoire en constituant un écran de pays opposés au sunnisme pour éloigner le risque potentiel. Cet écran est constitué des pays à direction chiite: Iran, Irak et Syrie. Les accords de défense avec les pays turcophones du centre asiatique ont eux aussi pour objet de reculer l’accès au territoire russe en organisant la défense sur le territoire de ces pays alliés.

Les stratégies de défenses française et européenne doivent impérativement comprendre les difficultés russes et ne pas se laisser embarquer dans le développement d’un ensemble sunnite dirigé et financé par des mouvements religieux fondamentalistes.

Notre éloignement de certaines zones de combat nous pousse dans des directions, au pire, hasardeuses, au mieux, défendables à très court terme. Les russes tentent, eux, de ne pas mettre leurs pieds dans le bourbier de l’arc de crise. De fait, ils mettent à mal notre vision hyper interventionniste résultant de notre volonté de copier les américains, alors que nous n’en avons ni les moyens, ni un quelconque accord résultant d’un consensus populaire sur cette question…

Et comment prolonger cette stratégie sans faire une analyse sans fard des conséquences de nos différentes interventions politiques et militaires?

2 – La Russie se prépare un nouvel avenir militaire

A la sortie de la guerre froide, les dirigeants russes ont tenté de mettre au point une politique étrangère crédible. Il faut reconnaître qu’ils ont tenté toutes les options en peu de temps, ce qui leur a permis d’apprécier la qualité des partenariats possibles. S’ils ont trouvé des partenariats opportunistes avec de nombreux Etats, à commencer par la Chine, les dirigeants russes, depuis 1990, ont toujours été pro-européens considérant que les européens étaient les seuls avec lesquels ils pourront établir un partenariat équilibré et sur.

Nous pourrions paraphraser un mot prêté à la mère de Napoléon « Pourvé que ça doure! ».

Cette volonté russe, qui s’inscrit dans une vision géopolitique constante, s’est concrétisée par une position privilégiée de la Russie au sein de l’OTAN. Le Président russe en appelant ROGOZINE, fin connaisseur de l’Otan, auprès de lui (Vice-Président), a montré l’importance de ce dossier pour la présidence russe.

Parallèlement, le président Medvedev avait proposé, en son temps, à l’Union Européenne, un pacte européen de sécurité, créant un système de sécurité collective protégeant chaque État. Après un accueil hostile, plusieurs États européens ont reconnu l’importance de la proposition russe, notamment Nicolas Sarkozy. Un sommet était prévu sur ce sujet en 2010… mais, qui ne s’est pas réalisé.

Enfin, depuis une dizaine d’années, la Russie a décidé de restructurer son armée, puis de la doter de matériel moderne et performant et même, aujourd’hui, de réduire la corruption qui règne dans la signature des marchés de matériels militaires à tous les niveaux.

S’il est vrai qu’aujourd’hui, il n’y a dans l’Union Européenne, et, peut-être pour l’instant, dans le monde occidental, que deux défenses à peu près autonomes, la Française et l’Anglaise, défenses disposant d’une efficacité redoutable aux yeux de la planète, mais d’une capacité très inférieure à la capacité américaine, l’augmentation des risques de conflits à proximité de nos frontières nous impose de ne pas laisser de côté, encore moins d’oublier la force de défense russe en cours de réorganisation.

La diminution constante de l’effort financier des pays européens et l’élévation constante des coûts de défense, y compris pour les américains, nous obligent, là encore, à nous retourner vers la Russie pour constituer un deuxième pôle de défense de nos pays et de notre liberté, à côté de l’appareil américain.

Conclusion

Ne pas définir la place de la Russie dans notre défense (avec, contre, ni l’un ni l ‘autre…) dans la gestion des arcs de crise qui nous intéressent au sud et à l’est de l’Union Européenne, est une grave erreur qui a déjà débouché sur des conflits, et qui peut déboucher à terme sur d’autres conflits entre l’Union Européenne et la Russie, conflits pouvant présenter différentes formes mais qui seront de toutes façons nuisibles à l’Union Européenne et à la France, tout autant qu’à la Russie.

Aujourd’hui nous devons nous rapprocher de la Russie pour établir une défense commune à brève échéance, dans la gestion de l’arc de crise Mauritanie / Sud-est asiatique, notamment parce que:

– la Russie a les mêmes problèmes de défense que nous à résoudre et la Russie étant plus à l’Est que nous, elle occupe une place stratégique pour nous protéger en direction de l’Est

– la Russie est, pour l’instant, plus fortement touchée sur son territoire par le terrorisme que l’Union Européenne…

Le rapprochement des politiques de défense de la Russie et de l’Union Européenne est d’autant plus important quand on aborde la menace que représente la corruption, autre thème de ce Forum international. Pour lutter contre la corruption, il faut une unité de pensée qui réfute l’idée que « la fin justifie les moyens ». Or, aujourd’hui la communauté de pensée judéo-chrétienne, qui fonde la civilisation européenne à laquelle appartient la Russie, est la seule pour laquelle « la fin ne justifie pas les moyens ».

Cette communauté de pensée nous impose de rapprocher nos points de vue sur la défense de nos intérêts vitaux, et, plus, nous oblige à nous réunir dans une entité Euro-Russe, entité seule capable de mettre en œuvre nos valeurs, de faire rayonner nos valeurs, de les défendre ensemble, et d’établir une architecture de défense mutuelle.

Jean DONZEL
Vice-président du R.O.U.E