Discours du Président du P.E. Antonio Tajani à l’occasion du C.E. du 22 juin 2017

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DISCOURS,
le 22 juin 2017,

 

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DISCOURS DU PRÉSIDENT DU PARLEMENT EUROPÉEN,
ANTONIO TAJANI, À L’OCCASION DU CONSEIL EUROPÉEN
DU 22 jUIN 2017

 

– seul le prononcé fait foi –

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Chefs d’État ou de gouvernement, Monsieur le Président de la Commission,

Je souhaite m’associer au Président Tusk pour souhaiter très chaleureusement la bienvenue au Président Emmanuel MACRON et au Premier ministre Leo VARADKAR, qui sont, pour la première fois, nous font l’honneur d’être parmi nous.

Les derniers résultats des élections, ainsi que de nombreux sondages, montrent une inversion claire de la tendance dans les avis des citoyens sur l’Union européenne.

Il est évident que ce phénomène s’explique en partie par la reprise économique, mais pas uniquement.

Elle trouve également son origine dans le Brexit, dans les crises à l’extérieur et à l’intérieur de nos frontières, et dans les craintes que suscite la mondialisation auprès des citoyens, autant de facteurs qui poussent ces derniers à rechercher la protection de l’Union. Nous ne pouvons ignorer ce mouvement. Si nous n’apportons pas de solutions aux problèmes de la sécurité, de l’immigration, du chômage ou du changement climatique, ce seront les sirènes du populisme qui combleront ce vide.

La gestion des flux migratoires

Nous ne pouvons plus laisser la gestion des flux migratoires aux mains des trafiquants d’êtres humains.

Le droit d’asile, ainsi que la solidarité, font partie de nos valeurs fondatrices. Mais cela ne signifie pas que nous ne devons pas faire preuve de fermeté dans la lutte contre l’immigration clandestine.

Il est aussi évident que le système actuel de partage des charges a échoué. Toutes les institutions de l’Union européenne sont appelées à décider, sans délai, de la réforme du droit d’asile.

Depuis 2012, l’Union a enregistré plus de 3,5 millions de demandes d’asile, dont 2,5 millions ces deux dernières années. Selon les règles actuellement en vigueur, les quelques pays de première arrivée doivent traiter la majeure partie de ces demandes. Il est injuste de les laisser seuls face à cette responsabilité, qui s’ajoute à leur engagement dans la surveillance de la Méditerranée et dans le sauvetage en mer.

Le Parlement s’emploie à renforcer la proposition de la Commission en faveur de l’instauration d’un régime d’asile plus équitable et plus efficace. Le vote en plénière sur ce dossier est prévu avant la fin de l’été. Et maintenant, le Conseil aussi doit faire sa part de travail.

Cette réforme est indispensable pour relocaliser d’une manière automatique et solidaire les demandeurs d’asile depuis les pays qui reçoivent un nombre trop important de demandes, mais également pour mettre en place, dans toute l’Union européenne, des critères homogènes pour obtenir l’asile.

Cette harmonisation, qui se traduit par le passage d’une directive à un règlement, est nécessaire pour mettre un terme aux déplacements de migrants à la recherche des pays qui offrent les conditions d’accueil les plus favorables.

Elle est nécessaire, mais pas suffisante. Selon des estimations prudentes de l’ONU pour les années à venir, ce seront en moyenne plus de 500 000 nouveaux migrants qui afflueront chaque année vers l’Europe, en provenance essentiellement de l’Afrique subsaharienne.

Les causes de cet afflux sont multiples: désertification liée au changement climatique, famine, croissance démographique, pauvreté, terrorisme, instabilité.

Il faut mettre en place une stratégie européenne qui remonte aux racines des problèmes.

Nous devons agir sur plusieurs fronts: d’une part, renforcer les contrôles aux frontières extérieures, en donnant au nouveau corps européen de garde-frontières et de garde-côtes plus de moyens et de ressources, d’autre part, encourager un nouveau partenariat avec l’Afrique, qui tienne compte non seulement des défis à relever, mais également des vastes perspectives de ce continent.

Il nous faut mener une diplomatie économique solide qui s’accompagne d’un saut de qualité dans l’utilisation des fonds. Il nous faut investir davantage et mieux pour promouvoir les infrastructures, les transferts de technologies, l’utilisation rationnelle des ressources et le savoir-faire industriel. Nous devons collaborer dans les domaines de la formation et de la mobilité légale, d’Erasmus+, des échanges destinés aux étudiants, aux chercheurs et aux travailleurs africains.

Dans ce contexte, il serait possible de définir des accords de retour plus efficaces; de mettre en place, avec les agences européennes et celles de l’ONU, des centres d’accueil dans le Sud du désert, de façon à pouvoir assurer la sécurité, les soins médicaux, l’approvisionnement en eau et en nourriture, ainsi que l’application des règles pour l’asile et le retour; d’informer sur les graves risques que comportent les voyages vers l’Europe.

Pour que nous soyons crédibles, nous devons doter l’Europe d’un budget approprié. J’espère que le Parlement et le Conseil pourront s’accorder rapidement sur le Fonds de développement pour l’Afrique proposé par la Commission. Comme vous le savez, de fonds de 4 milliards d’euros sera en mesure de mobiliser plus de 44 milliards d’euros d’investissements. Nous devons être plus ambitieux. J’estime que ces crédits devraient être au moins quadruplés dans le prochain budget de l’Union. J’espère que ces propositions rencontreront un consensus fort, dans la perspective du prochain sommet UE-Union africaine à Abidjan.

Le 25 mars dernier, à Rome, nous avons signé une déclaration solennelle afin de donner un nouvel élan à la construction européenne. Parmi les priorités à traiter rapidement figure justement l’immigration.

Hier, le Parlement a organisé une conférence à laquelle ont pris part de nombreux acteurs des politiques d’asile et d’immigration. Nous y avons accueilli des représentants des institutions de l’Union, de gouvernements et d’organisations internationales, mais aussi d’autres acteurs en première ligne face au phénomène migratoire: des maires, des gardes-côtes, des agents de capitaineries, des membres d’ONG, ainsi que des représentants des autorités responsables des procédures de reconnaissance et de rapatriement.

Sécurité

Avec les attentats qui deviennent presque quotidiens, le terrorisme s’est hissé au premier rang des préoccupations des Européens.

Aussi, pour défendre notre vaste espace de liberté, nous devons y renforcer la sécurité.

La recette de ceux qui se disent souverainistes, à savoir le repli à l’intérieur des frontières nationales, est néfaste et contre-productive. La vraie sécurité dépend de notre capacité à collaborer, à instaurer la confiance les uns envers les autres, à partager les banques de données et les informations, les technologies, à échanger les bonnes pratiques, ainsi qu’à assurer la coordination entre les services du renseignement européens et ceux des pays tiers.

Le Parlement encourage les échanges d’informations entre les polices. Il participe aussi au groupe d’experts qui œuvre à l’harmonisation d’une base de données unique entre les services de renseignements de l’Union.

À cet égard, le renforcement d’Europol est prioritaire. Rien qu’au cours de l’année écoulée, le système d’information d’Europol a permis d’engager 127 actions antiterroristes.

Le Parlement œuvre également au mandat de négociation pour l’adoption de l’ETIAS, le système européen d’information et d’autorisation concernant les voyages, destiné à améliorer les contrôles aux frontières.

Défense

Dans le domaine de la défense, il apparaît de plus en plus évident que l’Union doit se doter d’une capacité d’intervention.

Nous sommes prêts à débattre rapidement de la proposition de la Commission visant à créer un fonds pour la défense.

Ce fonds devra être le point de départ de la mise à disposition, dans le prochain budget de l’Union, d’une enveloppe suffisante pour permettre le développement de la recherche européenne sur la défense et la sécurité. Il devra aussi être un préalable à la promotion du secteur et du marché de la défense, qui devront être caractérisés par des appels d’offres ouverts et de véritables économies d’échelle.

Nos moyens militaires devront pouvoir interagir. Pour cela, l’interopérabilité et des normes communes sont indispensables. L’amélioration en termes d’efficacité qui en résulterait pourrait permettre jusqu’à 36 milliards d’euros d’économies annuelles dans les États membres.

L’accord de Paris

Le changement climatique n’est pas une abstraction. Il est au contraire une tragique réalité qui bouleverse la vie de millions de personnes touchées par la sécheresse et par d’autres phénomènes climatiques extrêmes. Ces phénomènes exigent un lourd tribut, y compris en vies humaines. Ils sont aussi, et seront toujours plus, une des principales causes des flux migratoires.

Nous avons reçu au cours de la dernière séance plénière la Présidente des Îles Marshall, qui a lancé un appel émouvant à l’Europe afin qu’elle reste en première ligne malgré le retrait des États-Unis de l’accord de Paris.

Au cours des années à venir, l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, l’économie circulaire, les réseaux intelligents seront parmi les principaux moteurs des nouveaux investissements et de la création d’emplois.

On voit bien que la lutte contre le changement climatique devra aussi passer par une alliance technologique entre les entreprises de l’Union et du reste du monde et que la recherche et l’innovation industrielles seront essentielles pour limiter les catastrophes environnementales.

Une Europe plus compétitive

Les citoyens réclament une Europe qui crée des emplois, en particulier pour les jeunes. Nous devons agir sur trois fronts:

  1. i) mener à bien le chantier du marché unique des services, du numérique, des capitaux et de l’énergie; ii) mettre en place une politique industrielle cohérente; iii) faciliter l’accès de nos entreprises aux marchés internationaux sur un pied d’égalité.

D’après les calculs qui ont été effectués, ce n’est qu’en parachevant le marché unique numérique que l’Europe pourra accroître son PIB de 415 milliards d’euros et créer 200 000 nouveaux emplois.

Les Européens ne veulent plus voir d’entreprises se délocaliser, en premier lieu pour investir là où les réglementations sociales sont moins nombreuses et les normes environnementales plus laxistes.

L’innovation et les exportations dépendent pour 80 % de l’industrie, comme une grande partie des emplois, notamment dans le secteur des services.

C’est pourquoi toutes les politiques que nous menons doivent être axées en priorité sur le renforcement de notre base industrielle.

Toujours lors de sa dernière séance plénière, le Parlement européen a tenu un débat sur la création d’une stratégie industrielle ambitieuse pour l’Union. Le but de cette initiative était de relancer une action cohérente pour préserver et renforcer la base industrielle européenne.

Notre capacité à fabriquer des produits de qualité, des produits d’excellence, et à les exporter se traduit par des millions d’emplois. Nous avons donc tout intérêt à promouvoir l’ouverture des marchés.

L’accord conclu avec le Canada est un bon exemple de partenariat économique et commercial qui sert les PME européennes. Nous devons poursuivre nos efforts pour conclure d’autres accords de ce type, en priorité avec le Japon, le Mexique, le Chili et le Mercosur.

En 2016, le Parlement a voté à une large majorité contre l’octroi du statut d’économie de marché à la Chine. Hier, sa commission du commerce international a approuvé par 33 voix contre trois un rapport qui instaure une nouvelle méthode de calcul des droits antidumping. Le vote en plénière sur ce dossier aura lieu en juillet.

Je pense que le travail du Parlement va dans la bonne direction: celle du renforcement de la protection de nos entreprises contre la concurrence déloyale.

La Chine doit représenter de grandes possibilités pour nos entreprises, et non un danger.

La Chine investit de plus en plus en Europe. C’est a priori positif, à condition qu’il y ait réciprocité et que l’on évite les transferts inappropriés de technologies «sensibles». Le Parlement est prêt à travailler sur une proposition de la Commission en vue de renforcer les contrôles des investissements dans les secteurs stratégiques en Europe.

Conclusions

Hier, l’Union européenne a reçu le prix «Princesse des Asturies de la Concorde». Ce prix prestigieux lui a été décerné en reconnaissance du travail accompli par de nombreux Européens pour faire de notre continent un modèle de liberté, de paix et de prospérité unique au monde et dans l’histoire de notre continent. Nous devons en être fiers et nous efforcer de préserver et de promouvoir ces valeurs, en travaillant main dans la main pour répondre aux préoccupations de nos citoyens et garantir leur sécurité, leur prospérité et leur avenir.

Je vous remercie pour votre attention.

 

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