Conférence de presse « Démocratie et violence »

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Mai 27, 2014 Commentaires fermés sur Conférence de presse « Démocratie et violence » giulietta

CONFÉRENCE DE PRESSE,
le 27 mai 2014,

Démocratie et violence

 Mesdames, Messieurs, les journalistes,
bonjour et merci d’avoir répondu à notre invitation.

L’objet de ce déjeuner de presse « Démocratie et violence », le cas de l’Ukraine, est particulièrement d’actualité. Mais avant d’en aborder l’aspect le plus tragique, le massacre d’Odessa, dont notre témoin ici présent, Madame Iryna Koval Lieskova vous parlera, je pense utile de retracer, succinctement, la chronologie des événements qui ont conduit à cette situation. Force est de relever que la responsabilité est moins celle de la Russie, que la quasi majorité des médias fustigent à longueur d’articles, que celle de l’Europe et des Etats-Unis. Comme toujours la présentation des faits est souvent déformée et occulte tout ce qui peut rappeler la responsabilité de l’Europe et des Etats-Unis.

Il faut se souvenir qu’en 1990, après l’effondrement de l’URSS, les Etats–Unis et l’Europe ont annoncé qu’ils ne chercheraient pas à attirer dans l’Union européenne et ensuite dans l’OTAN, les anciens satellites de l’URSS, dont l’Ukraine. Cette promesse n’a pas été respectée et nous l’avons violée, notamment, en mettant en place le partenariat oriental, dont le but est précisément d’intégrer, dans l’Union européenne et l’OTAN, l’Ukraine, la Géorgie, la Biélorussie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Moldavie, pays qui font tous partie des zones d’influence russes. Lorsque l’on sait que ce partenariat a été initié par la Suède et la Pologne, qui sont hostiles à la Russie, on ne peut s’étonner que celle-ci voit avec suspicion et inquiétude, cette initiative, qui prend la forme d’une provocation. C’est en grande partie la base du drame ukrainien. On peut dire qu’il prend ses racines, dans ce partenariat oriental.

L’Union européenne a fait miroiter de nombreux avantages à l’Ukraine, afin qu’elle la rejoigne. Néanmoins, dans un premier temps, les promesses n’ont pas été à la hauteur. Bien que l’on sache que l’Ukraine était en faillite et qu’elle avait besoin de 16 milliards, l’Union européenne lui a seulement proposé 1 milliard, c’est-à-dire une goutte d’eau, par rapport aux immenses besoins de ce pays. C’est donc naturellement que le Président Ianoukovitch s’est tourné vers la Russie, qui lui offrait 14 milliards, c’est-à-dire le moyen de sauver l’Ukraine de la faillite. Cependant, le plus étonnant, c’est l’attitude de l’Union européenne, qui découvre, subitement, qu’elle peut également offrir la même chose. Mais alors, pourquoi ne pas l’avoir proposé initialement, cela aurait évité les problèmes qui ont suivi. Il faut se demander si l’on ne voulait pas provoquer une situation, conduisant à l’éviction du Président Ianoukovitch, que la suite des événements confirme.

Kiev s’est effectivement enflammée, aux deux sens du terme. Sous la pression de Maïdan et de l’Union européenne, le Président Ianoukovitch a dû accepter l’amputation d’une grande partie de ses prérogatives et la mise en place d’une élection présidentielle anticipée. L’encre de ces accords n’était pas encore sèche, que Kiev les piétinait et qu’un parlement sous contrôle de milices armées fascisantes, destituait le Président Ianoukovitch. Là aussi, quelle réaction des parrains européens, aucune, nulle intervention pour faire respecter ces accords. Ils ont entériné ce déni de démocratie, avec la destitution, par un putsch, d’un Président élu selon l’OCDE « Librement et démocratiquement ». Curieux comportement pour les champions de la démocratie. Il faut dire que les autres vertueux, les Etats-Unis, avec le sénateur Mc Kain excitant la foule de MaÏdan, n’ont pas été les moindres à jeter de l’Huile sur le feu. Face à des mesures vexatoires et humiliantes, comme l’interdiction de parler les langues régionales, le Russe et le Tartare, l’Est de l’Ukraine s’est à son tour enflammé. Mais ce qui valait pour Maïdan, n’était pas acceptable pour les grandes villes de l’Est, Donetesk, Sloviansk etc et la seule réponse de Kiev, appuyée par l’Union européenne, fut la fermeté et les mises en garde.

La situation se dégradant, les protagonistes décidèrent d’organiser une conférence à Genève. La Russie montra sa bonne volonté et accepta de siéger à côté du gouvernement de Kiev qu’elle ne reconnaissait pas. Des accords furent passés, que la Russie signa, montrant sa volonté d’apaisement, dont elle avait également fait preuve, en aidant à la libération des observateurs militaires de l’OCDE. En revanche, une nouvelle fois Kiev ne fit pas preuve de bonne volonté. Trois jours après ces accords, des milices de Kiev intervenant près de Sloviansk, tuèrent trois prorusses. Face à cet événement, plutôt que d’être prudent, Kiev, moins d’une semaine après les accords de Genève, donna l’ordre à l’armée d’intervenir, ne laissant pas le temps aux accords de Genève de produire leurs effets.

Durant ce temps, les médias se déchainèrent contre la Russie, qui, à les écouter, allait envahir l’Ukraine, puis pourquoi pas, bien d’autres pays, la Moldavie, les pays Baltes etc. Il fallait entendre et lire, la Russie a massé des troupes à la frontière de l’Ukraine, l’armée russe fait  des manœuvres, les soldats s’échauffent, ils vont franchir la frontière. A croire que l’on poussait la Russie à le faire. Mais elle est restée stoïque, démentant concrètement, ces délires médiatiques. Malheureusement les événements dramatiques s’enchainèrent, jusqu’à la tragédie d’Odessa où une quarantaine de prorusses furent tués dans des conditions effroyables, brulés, mutilés, décapités, comme le montre la compilation de documents recueillis sur internet et contenue dans le dossier qui vous a été remis. Quand un état permet à des milices armées de faire la loi et que par décret il autorise la création de milices armées dans une partie de son territoire, en l’occurrence dans l’Est de l’Ukraine, il ne peut prétendre à être démocratique et légitime.

Que dire de la récente élection présidentielle du 25 mai, qui était impossible à tenir si elle se voulait sérieuse. Si non, qu’il eût fallu, au minimum, qu’une constitution préalable garantisse les intérêts de la pluralité du peuple ukrainien, à l’histoire, à la culture et aux langues différentes.

Je sais que je n’ai pas évoqué la Crimée et bien d’autres choses, mais je veux laisser de la place aux débats. Je vous remercie pour votre attention et donne la parole à Madame Iryna Koval Lieskova, que nous avons invitée pour nous informer de la situation. Nous profitons de sa venue pour qu’elle témoigne devant vous.

Michel GRIMARD
Président du ROUE


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