Charte du Rassemblement pour l’Organisation de l’Unité Européenne

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Mar 1, 2015 Commentaires fermés sur Charte du Rassemblement pour l’Organisation de l’Unité Européenne giulietta

Pour information, une nouvelle charte a été éditée le 01 mars 2015.
Le fond et le forme sont légèrement modifiés.

RASSEMBLEMENT POUR L’ORGANISATION DE L’UNITÉ EUROPÉENNE

(R.O.U.E)

CHARTE

 1 – POURQUOI CETTE CRÉATION

Le Mouvement, Rassemblement pour l’Organisation de l’Unité Européenne (R.O.U.E), se fixe deux objectifs.

– En priorité, développer une Europe indépendante, capable d’agir, par elle-même et pour elle-même.

– Œuvrer pour une étroite coopération avec la Russie dans une perspective que nous souhaitons unitaire.

2 – INDÉPENDANCE

2.1 – PAS D’EUROPE SANS INDÉPENDANCE

Après les deux grandes hécatombes qui ravagèrent et affaiblirent le Vieux Continent au siècle dernier, la création de l’Union européenne avait procédé de la volonté de créer une Europe unie, facteur de paix durable et de développement garanti. Mais pour que cette Europe, toujours en construction, puisse un jour jouer pleinement son rôle sur la scène mondiale, il nous faut, aujourd’hui, repenser et redéfinir sa réalisation. Nous devons œuvrer pour la concevoir maîtresse de son destin et capable de maîtriser tous les paramètres de cette indépendance. Une Europe qui donne la priorité à ses intérêts les plus vitaux, qui ne se confondent pas toujours avec ceux de ses alliés, notamment les États-Unis.

Pour que l’Europe soit forte et ambitieuse, à la fois, pour protéger ses citoyens et jouer un rôle international, elle doit se doter des moyens et des structures lui permettant d’assumer et de décider en toute indépendance. C’est à ces seules conditions, que l’Europe sera en mesure de se garantir contre les dangers des dérèglements extérieurs, qu’ils soient financiers, économiques ou militaires et qu’elle pourra participer, en toute égalité, aux règlements des conflits qui menacent la paix dans le monde. C’est dire qu’il importe que l’Europe cesse d’être un figurant, sur l’échiquier planétaire.

Dans cette perspective, l’Europe doit développer ses propres structures stratégiques de défense, pour assurer sa sécurité, de recherche, pour garantir son développement, de prospective, pour éviter d’être dépassée ou asservie  (en ce sens, Galileo peut-être cité comme exemple à suivre). Il faut changer d’approche et développer le sens commun afin de réduire les nombreuses dissimilitudes dans l’Union européenne. Pour réussir, la construction européenne doit-être animée d’un véritable esprit d’indépendance.

2.2 – PAS D’INDÉPENDANCE SANS LIBRE DÉCISION

Comme ses prédécesseurs, la tonalité des discours du Président des États-Unis ne laisse aucun doute sur le rôle qu’il assigne aux États-Unis, un partenariat atlantique, s’inscrivant dans la construction européenne, est incompatible avec l’esprit d’indépendance. Un partenariat ne doit pas conduire à l’ingérence.

Certes, les déclarations du Président Barak Obama se distinguent nettement de celles de G.- W. Bush, caractérisées par la brutalité, la virulence et le mépris des autres, mais elles n’en affirment pas moins, la suprématie américaine. La civilisation américaine demeure le modèle et le rôle dominant des États-Unis, la norme.

Pour assurer véritablement sa sécurité, l’Europe doit assumer pleinement sa défense, au lieu de la rechercher à travers des tiers. La coopération américaine qui met sous tutelle la défense européenne, n’est pas, en réalité, sécurisante tant il est vrai, comme le rappelait Henry Kissinger que « Les grandes puissances ne se suicident jamais, pour leurs alliés ».

Pour concourir à la paix, l’Europe doit emprunter une voie positive. Celle qui consiste à affaiblir la Russie, sur la scène internationale, est négative. Les États-Unis seraient bien inspirés s’ils cessaient d’intervenir en Europe, pour lui dicter sa conduite, en particulier dans les domaines énergétique et de défense. En d’autres termes, une Europe indépendante, ayant des liens organiques avec la Russie, serait une meilleure voie pour servir la paix. Une telle configuration ne devrait pouvoir que rassurer les États-Unis, qui n’auraient plus rien à craindre de l’Europe, pour leur sécurité.

3 – UNE EUROPE SOUVERAINE

3.1 – VOLONTÉ D’INDÉPENDANCE

Il est impératif qu’elle soit constamment présente. Il faut une Europe qui exclut de subir et sache prendre en main son avenir. Elle doit avoir conscience qu’elle ne peut, avant tout, compter que sur elle-même, pour protéger ses intérêts les plus vitaux. C’est une Europe qui refuse de se voir imposer une ligne de conduite, qui n’accepte pas de s’inscrire dans des politiques qui l’oblige à abdiquer sa souveraineté, notamment en matière de défense, mais aussi de langue, de culture, de monnaie et de finance.

Les pays membres de l’Union européenne, doivent assumer une communauté de destin. Ils ont le devoir de pratiquer la solidarité européenne, en développant les rapports intra-communautaires et en rejetant les divisions, qu’attisent tous ceux qui refusent l’édification d’une Europe indépendante. L’Union européenne doit imposer à tous ses membres, d’œuvrer pour cette indépendance et de privilégier la préférence communautaire.

3.2 – INSPIRER CONFIANCE

Pour qu’elle puisse entretenir de solides rapports avec tous les pays qui l’entourent, l’Europe doit inspirer confiance. C’est vrai pour les pays du pourtour méditerranéen et tout particulièrement évident pour la Russie, qui a besoin d’un interlocuteur fiable qui parle pour lui-même et par lui-même, sans contrainte et décide en toute liberté. Si l’Europe veut apparaître comme un intervenant majeur et prétendre à ce statut, elle doit affirmer son indépendance et ainsi rassurer ses partenaires, afin qu’aucune suspicion ne les habite.

3.3 – AFFIRMER SA POSITION

Chaque civilisation s’appuie sur un socle de valeurs qui la définit. L’Europe doit être sans complexe pour revendiquer les siennes et asseoir sur elles son identité. Le temps est venu qu’elle prenne conscience de sa réalité et s’affirme sans gêne, mais sans caractère impérialiste. Si ses valeurs la conduisent à être naturellement généreuse, elle doit malgré tout regarder aussi avec lucidité, le monde tel qu’il est et se garder de toute utopie ou naïveté.

L’Europe des idéaux doit se protéger, pour qu’ils continuent d’exister. C’est un devoir pour l’Europe d’assurer sa protection, en pratiquant une politique internationale qui tienne compte des réalités, sans pour autant abdiquer tout principe. Elle ne devra plus être, celle que l’on sollicite financièrement et humainement, sans qu’elle puisse exercer un droit de regard, sur les actions dans lesquelles on l’engage.

4 – COHÉRENCE DE L’EUROPE

4.1 – L’EUROPE UNE RÉALITÉ

L’Europe n’est pas une vue de l’esprit, mais une réalité bien vivante, même si elle n’a commencé à s’organiser institutionnellement qu’après 1945. Auparavant, le legs de la chrétienté et les rapprochements qui ont suivi, évolution des structures politiques, de la pensée sociale, des valeurs morales, ont favorisé cette mise en œuvre. Au XVIIème siècle déjà, les traités de Westphalie avaient contribué à façonner un visage à l’Europe.

L’emploi du nom Europe est bi millénaire. Il était déjà l’expression d’une union qui formait indéniablement un ensemble, qui fut certes tout au long de son développement, plus ou moins, perturbé, homogène, cohérent, mais bien réel. Dans sa définition de l’Europe, Paul Valery contribue à lui donner cette existence historique, qui recouvre dans ses grandes lignes sa dimension géographique.

Si l’Europe n’a pas toujours montré une grande harmonie ou une grande cohésion à travers les siècles, elle a néanmoins progressé constamment, dans l’esprit des peuples et le sentiment d’appartenir à un même ensemble, peut-être diffus, mais vrai, s’est affirmé.

Aujourd’hui, l’Union européenne dispose de tous les atouts qui font les grandes puissances. Numériquement importante, 500 millions d’habitants, elle est aussi la première économie du monde. Si elle s’étend au point d’envelopper le vaste espace que recouvre la grande Europe géographique, elle devient avec ses 730 millions d’habitants, l’Union la plus peuplée derrière la Chine et l’Inde. À quoi s’ajoutent d’autres atouts majeurs, gisements de matières grises, niveau de formation, énergie fossile, nucléaire, industrie aéronautique et spatiale, pour les principaux. La Grande Europe que nous appelons de nos vœux, deviendrait alors, presque aussitôt, la première puissance mondiale.

5 – L’EUROPE UNE CERTITUDE

5.1 – RACINES DE L’EUROPE

Les racines de l’Europe se retrouvent dans un même espace géographique et se puisent dans son histoire, sa culture, sa religion et ses peuples. L’Europe apparaît déjà, certes, en devenir, dès le premier millénaire et elle continuera à se dessiner au long des siècles qui suivront. Elle précisera son identité au XVIIème et XVIIIème siècle avec les traités de Westphalie et le tracé du géographe russe V.N. Tatichtchev .Enfin elle prendra corps au XXème siècle, avec la signature du traité de Rome créant la CEE, le 25 mars 1957.

Le temps où Metternich voulait écarter la Russie de l’Europe, en disant que  » l’Asie commence à l’Est de Vienne  » est totalement révolu. L’Europe géographique et historique, telle qu’elle apparaît au XVIIIème siècle, a déjà intégré la Russie.

L’origine des langues, comme celle des religions est commune aux peuples européens, à quelques exceptions près. Qu’elle soit, pour les premières, grecques, latines, celtes germaniques ou slaves, leur tronc commun est indo-européen. Qu’elle soit, pour les secondes, catholiques, orthodoxes, ou protestantes, leur tronc commun est le christianisme. Ce sont ces critères historiques, géographiques, religieux, culturels et linguistiques, qui fondent l’Europe, même si les trois dernières références se retrouvent, mais pas simultanément, au-delà des contours de cette Europe.

5.2 – ÉVOLUTION DE L’EUROPE

Très tôt, le continent européen s’est affirmé, se distinguant des continents d’Afrique et d’Asie. Au cours de sa sinueuse évolution, les liens qui contribuent à l’édification de l’Europe se sont imposés et ont eu raison de ses déchirements et de ses clivages. En diffusant ses pensées et ses valeurs sur l’Europe, l’hellénisme, le christianisme, comme les empires de Rome, de Charlemagne ou de Charles Quint, ont participé au développement d’un sentiment communautaire, particulièrement au quotidien, sur le plan administratif, culturel et économique. Mais c’est par opposition aux invasions arabes et à l’empire Ottoman, que l’Europe chrétienne se resserre. Elle prend conscience des faiblesses engendrées par son morcellement et de la nécessité d’un rapprochement unitaire, seul capable de lui conférer une véritable puissance militaire et économique.

Après le XVIème siècle, le nom Europe, jusque-là peu usité, entre progressivement dans le langage naturel. Le tracé du géographe russe du XVIIIème siècle, donne des frontières à une Europe qui manque encore de cohésion. Mais l’effacement croissant des disparités politico-économiques, harmonisera structurellement l’Europe. La seconde moitié du XXème siècle marquera une avancée décisive avec l’interpénétration des États, dont l’évolution, des structures, converge dans tous les secteurs. Elle en sera d’autant plus facilitée, par les brassages physiques et intellectuels des populations, que permet la rapidité, des transports et des communications. Le sentiment d’appartenance à une communauté, se construit ainsi dans l’exercice de la vie quotidienne, que reliera la mise en place d’institutions communautaires. Il convient de noter, que la gestation européenne, n’a guère bénéficié du soutien des États-Unis.

5.3 – FRONTIÈRES EUROPÉENNES

Pour s’affirmer, l’Europe a besoin de se munir de frontières. Elles doivent correspondre à ce qui apparaît comme cohérent, logique, concevable et souhaitable. Elles paraissent, dans le cadre de l’Union européenne, naturelles au Nord, au Sud et à l’Ouest, mais buttent encore aujourd’hui à l’Est. Or, sur ce flanc, quoi de plus évident que les limites de l’Europe, passent par celles de la Russie. Tout élargissement de l’Europe, ne peut se concevoir sans un cadre précis, délimitant ses frontières. Pour avoir une démarche cohérente dans sa réalisation, l’Europe doit établir l’espace dans lequel elle entend se construire.

L’Union européenne ne peut se fonder que sur les valeurs communes à tous les pays qui la composent. L’identité européenne, qui repose sur ces éléments fédérateurs, est la base essentielle de cette union. La grande Europe géographique, qui intègre la Russie, se superpose à tout ce qui rassemble ces pays, histoire, culture, religion, institutions.

6 – LE SENTIMENT EUROPÉEN

En avant-propos, il faut noter que certitude européenne et sentiment européen sont interdépendants. Ils ne peuvent exister l’un sans l’autre, car en fait, ils ne font qu’un. Ils ont progressé simultanément. L’Europe n’a pas seulement des frontières, mais aussi un contenu, qui lui donne sa véritable personnalité.

6.1 – CHRÉTIENTÉ FACTEUR ESSENTIEL

La chrétienté a été le principal creuset du sentiment européen. Elle est le facteur essentiel qui, en unissant culturellement la majorité des peuples européens, a favorisé l’ancrage d’une communauté de pensée. De grands rassemblements, comme de grandes actions, à l’image des croisades et de la bataille éminemment européenne pour la sauvegarde de Vienne, ont matérialisé ce sentiment. Malgré les courants qui traverseront la chrétienté, au cours des siècles, elle ne cessera pas d’être la référence de ce sentiment européen.

6.2 – CONTRIBUTION DE L’ESPRIT DE CONQUÊTES

Au XVème et XVIème siècle, les pays européens, animés d’une même volonté de découvertes et de conquêtes, se lancèrent dans de lointaines explorations. Les navigateurs, Portugais, Espagnols, Français, Hollandais, Italiens, Anglais, Danois, furent les principaux artisans des grandes découvertes géographiques. Les découvertes des Portugais, des Espagnols, des Italiens et des Français sont certainement les plus marquantes, avec Vasco de Gama, Magellan, Hernan Cortés, Christophe Colomb, Jacques Cartier, Samuel Champlain. Les Russes ne furent certainement pas absents, avec Affanssy Nikitine, notamment. Toutes ces découvertes issues d’un même continent, l’Europe, n’ont pu manquer de faire naître une sensation d’appartenance. D’autre part, à la même époque, la reconquête du sud de l’Espagne sur les maures, finalise l’unification culturelle de l’Europe.

Les empires européens irriguèrent d’une même pensée les populations de l’empire. Même s’ils furent de courte durée, ils n’en laissèrent pas moins l’empreinte de leur apport. En reliant des pays, ils permirent à des peuples de se découvrir. Leur contribution à l’élaboration d’un sentiment communautaire, n’est pas négligeable.

La révolution française n’est pas en reste, dans l’édification de ce sentiment européen. Son idéal démocratique et ses idées de liberté, d’égalité et de fraternité – fille des lumières et qui seront testées lors de la création des États-Unis – qu’elle répand sur l’Europe, vont profondément influencer l’évolution du continent. La prise en compte de ces valeurs sera une étape particulièrement marquante, pour l’affirmation du sentiment européen.

6.3 – SUPRÉMATIE EUROPÉENNE

La suprématie de l’Europe alla crescendo du XVème au XXème siècle, imprégnant profondément l’histoire du monde, lui ouvrant de nouveaux horizons et lui offrant de nouvelles perspectives. Les grandes puissances européennes, notamment, l’Angleterre, la France, la Russie, la Prusse, l’empire Austro-hongrois, qui détiennent la puissance maritime, militaire, industrielle et économique, imposent leur domination aux autres peuples et alors que la suprématie de la langue française s’impose trois siècle durant, du XVIIème jusqu’au milieu du XXème. Cette dominante européenne sur le reste du monde suscite, au-delà des rivalités, un intime sentiment de destin commun.

6.4 – ESPRIT DE RASSEMBLEMENT

La fin des empires coloniaux et l’apparition des supers-puissances, États-Unis, URSS, marquèrent le déclin de la suprématie européenne. L’Europe des États ne pouvait plus prétendre au premier rôle. Seul un rassemblement concourant à l’unité devenait indispensable, pour retrouver une capacité internationale. Cet impératif fut rempli par la mise en œuvre de l’Union européenne qui, pour la première fois, structura le sentiment européen, mais aussi les intérêts européens, et offrit un lieu d’expression.

7 – LES STRUCTURES DE SOUVERAINETÉ

7.1 – DÉFENSE EUROPÉENNE

7.1.1 – PESD

Pour être efficace et sûre, la défense de l’Europe., doit être européenne. Le continent doit se donner les moyens d’assurer sa propre sécurité. Penser que face à un péril majeur, un tiers puisse la garantir est totalement chimérique. Que chaque pays européen comprenne que sa sécurité repose sur une unité de défense, de tous ses membres et non sur celle, d’autant plus fragile, qu’incertaine, d’un protecteur.

Douze ans se sont écoulés depuis l’acte de naissance, à Saint-Malo, le 4 décembre 1998, de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD). Aujourd’hui cette politique demeure toujours à l’état de projet, rien de très concret n’a été réalisé. Le développement, de l’Agence Européenne de Défense (AED), du Centre d’Opération de l’UE et d’une capacité militaire autonome qui devait atteindre 60000 hommes, reste à faire. On privilégie de doter les opérations de l’ONU et de l’OTAN, au détriment de celles intervenant sous les couleurs de l’Europe. Il faut que se matérialise cette politique de Sécurité et de Défense Européenne indépendante, et pour ce faire, qu’elle se munisse d’une réelle autorité à laquelle la Russie serait appelée à participer.

L’espoir placé dans la présidence française de l’Union Européenne, en 2008, d’une relance de la PESD, s’est évanoui, bien que cette relance apparaissait comme une condition du retour de la France dans la structure militaire intégrée de l’Alliance Atlantique. En 2008 également, les États-Unis admettaient que l’Europe pouvait se doter de moyens lui permettant d’assumer, en matière de défense,  son indépendance et son autonomie de décision. Avec le recul, il apparaît que toutes ces déclarations, sans suite concrète, ont surtout voulu justifier et favoriser le total retour de la France dans l’OTAN.

Malheureusement, loin d’avancer, la politique européenne de défense a perdu son élan, au point d’être devenue statique et de s’impliquer dans des structures qui la ligote. Mais comment mobiliser les états européens en faveur de cette politique, si l’on cherche refuge au sein de l’OTAN. La diminution, dans les pays de l’Union Européenne, des budgets consacrés à la défense, ne peut qu’enterrer un peu plus la PESD et conduire à placer exclusivement la protection de l’Europe, dans le cadre de l’OTAN. Si avant 1998, la tentation de rejoindre intégralement l’OTAN n’était pas inconcevable, elle ne pouvait que perdre toute signification après la naissance de la PESD. Malgré cette contradiction évidente, la priorité a été donnée à la réintégration dans l’OTAN, remerciée par l’obtention de deux commandements majeurs de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, que jamais l’un des grands alliés de l’Amérique n’obtint.

Les derniers sommets, de l’OTAN à Lisbonne et franco-britanniques à Londres, loin de favoriser le développement d’une Europe de la défense, contribuent, bien au contraire, à son effacement. Par son esprit rationaliste, la coopération militaire franco-britannique apparait logique et attrayante, mais elle ferme la porte à l’Europe de la défense. L’Angleterre semble vouloir oublier le précédent accord de Saint-Malo de 1998 et le traité de Nice, qui instaure la création d’une défense autonome de l’Union européenne. Le récent accord permet aux britanniques, qui ne souhaitent guère faire progresser la défense européenne, de se montrer européens. Mais l’Angleterre demeure atlantiste. Elle n’a certainement pas pris le risque de décevoir les Etats-Unis, en signant cet accord avec la France.

Or, les Etats-Unis ne désirent pas que l’Union européenne se dote d’une défense européenne. Le bouclier antimissile, adopté au sommet de l’OTAN de Lisbonne, enterre un peu plus l’Europe de la défense. Il consacre la prédominance des Etats-Unis dans la défense de l’Europe, que confirme le dénominateur commun, américain, du bouclier antimissile et de l’OTAN. Cette double domination militaire, des Etats-Unis sur l’Europe, fait du lien transatlantique, un lien de subordination. Le Secrétaire Général de l’OTAN le justifie, selon lui, par l’incapacité de l’Europe à construire sa propre défense. Monsieur Rasmussen considère que l’Union européenne n’est pas aujourd’hui, en mesure de dégager les moyens nécessaires à sa mise en œuvre et doute que l’Europe puisse même, dans l’avenir, être une puissance militaire.

Quelques pays partagent cette opinion, telle la Pologne, toujours ambivalente. Des déclarations du Président polonais, Monsieur Bronislaw Komorowski, dans un entretien avec le Monde le 1er septembre 2010, en sont l’expression. « Nous misons sur l’Union européenne, mais en même temps, nous voulons que l’Union européenne mise sur un renforcement des liens transatlantiques. Soyons réalistes. En matière de sécurité, seul un fou ne reconnaîtrait pas le potentiel militaire des Etats-Unis ». Autrement dit, la Pologne veut bien de l’Union européenne, si elle admet la suprématie militaire des Etats-Unis. Elle accepte les avantages de l’Union européenne, mais pas les efforts, à consentir,  pour son indépendance. Heureusement, d’autres pays, plus conséquents, à l’image de la Finlande, souhaitent la relance d’une « solution européenne » pour sa défense.

7.1.2 – OTAN

L’interrogation demeure, sur l’intérêt de la France d’être revenue dans la structure militaire intégrée de l’Alliance Atlantique, car aucune évolution substantielle dans la position de l’OTAN n’est intervenue, depuis le départ décidé par le Général de Gaulle. Ce n’est pas sans raison, mais face au refus de l’OTAN d’accorder une plus large place aux européens, qu’il a décidé de sortir du commandement intégré. Plus tard, les velléités de réintégration de Jacques CHIRAC se heurtèrent à la même attitude figée de l’OTAN. Pourtant, depuis la fondation de l’OTAN en 1949, le contexte a bien changé.

Vouloir imposer l’idée que l’édification de la défense européenne, passe par l’OTAN est une gageure. Elle ne favorise en rien sa construction, en la faisant apparaître comme marginale face à l’OTAN, présentée comme la seule force crédible pour assurer la sécurité européenne. Cette idée est plutôt l’étouffoir de la défense européenne.

En retournant dans l’OTAN nous ne pouvons qu’abdiquer indirectement notre liberté de décision, car si l’unanimité est la règle, que peut représenter le non d’un seul pays. Noyé dans un ensemble, il est inaudible, sans écho. De même, notre jugement se trouvera affecté par l’environnement dans lequel il évoluera et perdra naturellement de sa liberté. En dehors de l’OTAN, nous avons acquis sur la scène internationale une position particulière, due à notre liberté de jugement et d’action. A la perte d’efficacité du retour de la France dans l’OTAN, s’ajoute la conséquente facture financière qui s’y rattache. Aussi, d’une autre manière, il importe de réfléchir au rapprochement de la Russie et de l’OTAN.

Avant qu’il ne renverse sa position, les remarques précédentes semblaient pertinentes pour l’ancien Ministre de la défense, Monsieur Hervé Morin, puisqu’il les évoquait lui-même dans un article du journal Le Monde, daté du jeudi 13 septembre 2007. Il précisait qu’un retour dans l’OTAN comportait des risques  » Nous pouvons toujours craindre qu’avec le temps, nous nous reposerions sur l’OTAN pour notre défense, comme le font certains de nos voisins européens. Le risque, c’est bien une moindre souveraineté ». Il indique également « L’inconvénient, c’est peut-être l’affaiblissement de notre position internationale, qui pourrait paraître alignée ». Dommage qu’il n’ait pas poursuivi dans cette voie.

7.1.3 – FORCE NUCLÉAIRE

Moralement il est difficile de s’opposer au désarmement nucléaire total, même si la France, pour sa part, a toujours conçu l’arme nucléaire comme force de dissuasion. La perspective du Président des États-Unis d’un monde dénucléarisé, est naturellement séduisante. Le vote à l’unanimité d’une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU, renforçant le traité de non-prolifération, s’en inspire, mais il appelle quelques remarques.

Pour être totalement acceptés, tous les accords internationaux de non-prolifération des armes de destructions massives (ADM), doivent être discutés et négociés par tous les acteurs concernés, ceux qui les possèdent, ceux qui sont sur le point d’en acquérir, et tous ceux qui y songent. De plus, le nombre d’armes atomiques, stratégiques et tactiques, détenu à terme, par les puissances nucléaires officielles, devrait aussi tenir compte du poids effectif de chaque puissance nucléaire. Il devrait notamment prendre en considération certains critères, tels que le PNB/habitant, le statut au Conseil de Sécurité de l’ONU, sa présence géographique et territoriale sur un ou plusieurs continents, l’état réel de ses forces nucléaires, avant toute négociation éventuelle globale, sur le niveau souhaitable des forces nucléaires.

Qu’en est-il des pays non signataires, sur lesquels on n’exerce aucune pression et qui possèdent l’arme nucléaire, comme l’Inde et Israël ; vont-ils accepter de reconnaître leur position et l’autorité de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE). Les États-Unis ont une lourde responsabilité à l’égard de ces deux pays. En signant avec l’Inde des accords sur le nucléaire, ils ont violé les règles internationales et en feignant d’ignorer la capacité nucléaire d’Israël, ils ont fait naître une suspicion, compréhensible dans le monde arabe.

La question des armes conventionnelles, comme l’évoque non sans raison la Russie, ne peut être déconnectée de celle des armes nucléaires, si l’on veut réussir leur élimination. Le chemin ne sera pas facile, pour sortir de la contradiction, d’assurer sa sécurité, tout en se privant des moyens de la préserver. Pour la France; se démunir sans garantie majeure, de ce qui constitue l’élément essentiel de sa sécurité, est inacceptable. Pour être recevable et réaliste, cette dénucléarisation doit concerner, simultanément, tous les pays, mais n’est-ce pas là l’utopisme. Sur un sujet si sensible et si grave, le pragmatisme doit demeurer la règle.

En novembre 2010, le sommet de l’OTAN, à Lisbonne, a encore fragilisé la dissuasion nucléaire. Malgré ses demandes réitérées, la France n’a pas obtenu que figure, dans le nouveau concept stratégique, que le bouclier antimissile de l’OTAN soit un complément et non un substitut à la dissuasion nucléaire. Dès lors, qu’elle est la véritable place de la force de dissuasion nucléaire, quelles sont les modalités de son implication, dans ce nouveau concept.

7.2 – POLITIQUE ÉTRANGÈRE EUROPÉENNE

7.2.1 – UNE VOIX AUTONOME

Pour que l’Europe s’exprime d’une seule voix, tous ces membres doivent-être convaincus, définitivement, de l’inanité des certitudes et des espoirs qu’ils fondent sur le lien transatlantique. À savoir, les intérêts des États-Unis et ceux des européens ne sont pas absolument convergents et la sécurité européenne, n’est plus sûrement assurée par les États-Unis. Les pays européens doivent prendre leurs responsabilités et ne plus se nourrir d’illusions qui contribuent à leurs divisions. Ils doivent revoir leur vision du monde et prendre en compte les nouveaux venus sur la scène internationale, qui captent l’attention des Américains au détriment d’une Europe trop divisée pour être écoutée. L’Europe qui négocie efficacement avec les États-Unis, lorsqu’il s’agit d’économie, devrait adopter la même démarche, pour la politique étrangère, au lieu d’assujettir sa diplomatie à celle des États-Unis, alors même que la majeure partie du commerce américain (part du PNB) est désormais beaucoup plus dépendante du Pacifique que de l’Europe.

La France doit mettre au service de l’Europe, l’immense potentiel d’estime dont elle jouit dans le monde et qui résulte de sa position originale, due à l’indépendance de sa politique étrangère. Mais on a englouti ce potentiel en entrant dans l’OTAN, car sans véritable défense européenne, il ne peut exister de politique européenne indépendante. L’Europe doit être cohérente dans ses choix de souveraineté, pour que sa voix soit entendue. Si non, elle demeurera sans influence sur le règlement des principaux conflits internationaux et sur la marche du monde. La nouvelle Présidence stable du Conseil européen sera-t-elle en mesure de rehausser l’image de l’Europe, nous le souhaitons, mais nous en doutons fortement. De nombreux défis l’attendent, défis qu’il faudra vaincre, pour notamment, parler efficacement au nom de l’Europe. Il lui faudra harmoniser des positions aujourd’hui éclatées, sur la Turquie, le Kosovo, le Proche Orient, l’Iran, la Chine et la Russie, partenaire et alliée indispensable pour l’Europe. Elle devra également, face à une mondialisation incontrôlée qui déstabilise notre continent, qu’elle sache élaborer une doctrine qui protège les intérêts primordiaux de l’Europe, en commençant par ses intérêts économiques, monétaires et financiers.

7.2.2 – CONVAINCRE NE PAS IMPOSER

Vouloir imposer nos méthodes et notre culture constitue une profonde erreur, tant sur la forme que sur le fond. Tenter de convaincre qu’elles sont humainement les meilleures, invite déjà à beaucoup d’humilité. Laissons aux peuples le soin de se déterminer et d’agir. Ils les choisiront, que si elles sont capables de gagner, dans le temps, pacifiquement, les cœurs et les esprits.

Nous sommes invités à réfléchir sur les résultats catastrophiques, des quatre interventions militaires, menées en Afghanistan, en Irak, en Syrie et en Libye. Si la première contre l’Afghanistan bénéficiait de la légalité internationale et de la volonté légitime de combattre le terrorisme, elle n’en demeure pas moins un échec. Celle contre l’Irak, totalement honteuse, qui violait le droit international et ne participait pas à la lutte contre le terrorisme, est aussi, après des milliers de morts, également un échec. Il en va de même pour les deux autres pays. En le déstabilisant ces interventions ont contribué au développement du terrorisme au Moyen-Orient et dans toute l’Afrique subsaharienne. C’est toute notre stratégie qui doit être revue, y compris celle menée contre le terrorisme. Évitons de nous laisser entraîner militairement dans des conflits équivoques, parsemés de déconvenues et voués à l’insuccès.

Ignorer la dimension religieuse et son profond encrage chez ces peuples du Proche Orient est proprement stupide. On ne transforme pas une civilisation par la force, on ne domestique pas un peuple. Sa fierté, son nationalisme, s’opposent toujours à l’intervention étrangère. Au-delà du jugement de fond, il est impossible de méconnaître les frustrations et les ressentiments engendrés par le passé colonial des pays occidentaux et l’impérialisme des américains.

Est-ce déjà, réaliste, mais aussi souhaitable et surtout légitime, d’intervenir par la force, donc en violant les consciences, pour imposer la démocratie, notamment dans des pays éloignés de notre culture. Si la démocratie se veut vertueuse, elle n’est pas une fin en soi. Certains régimes démocratiques, de pays émergeants ou en voie de développement, ne sont ni égalitaires, ni fraternels, parfois même inhumains.

7.3 – RECHERCHE

Vecteur essentiel du développement, elle doit-être un axe à privilégier, dans les efforts à consentir, pour lui permettre d’être toujours à l’avant-garde des nouvelles technologies. Mais il faut savoir faire prévaloir l’intérêt général et ne pas handicaper le développement de la recherche, pour des raisons secondaires. C’est malheureusement ce qui se passe aujourd’hui, avec le blocage de l’adoption du brevet communautaire. Comme le déclarait le Commissaire européen Michel Barnier « L’absence de brevet communautaire entrave notre compétitivité, entrave l’innovation européenne, la recherche et le développement. ».

Heureusement, un immense succès a été remporté par les européens, avec la réussite du placement sur orbite, le dimanche 7 avril 2008, du deuxième satellite test du projet Galileo, le système européen de navigation par satellite. On peut remercier le commissaire européen de l’époque, Jacques Barrot, pour sa pugnacité. Il a su sorti de sa torpeur un projet qui sommeillait depuis 2001 et dépassait les particularismes, et de vives résistances, pour faire prévaloir l’intérêt général. Rival, du GPS des américains jusque-là omnipotents, Galileo va permettre à l’Europe de s’affranchir de leur bon vouloir, en mettant fin à leur suprématie. L’importance de Galileo n’est pas seulement commerciale, en raison de ses implications militaires. Elle est stratégique, car vitale pour le développement d’une armée européenne indépendante. Galileo contribue à la souveraineté européenne.

Les européens ont bien compris que l’espace est un enjeu majeur, mais convient-il encore de lui accorder les moyens nécessaires à son développement, ce qui n’est pas totalement le cas pour Ariane. D’autres secteurs clé, comme le nucléaire et l’aéronautique, nécessitent de nouveaux efforts pour demeurer compétitifs. Il faut développer de nouveaux programmes européens, aucun domaine ne doit échapper à notre vigilance.

7.4 – ÉNERGIE

7.4.1 – PARTENARIAT EUROPE-RUSSIE

Un partenariat étroit avec la Russie dans le domaine de l’énergie, notamment du gaz, n’est pas conflictuel avec l’intérêt de l’Europe. Elle n’est pas inéluctablement tributaire de la Russie, dont le volume, dans les importations européennes de gaz, aurait plutôt fléchi, même si sa part demeure importante. Aucun risque majeur n’existe, qui justifie de contrer la Russie, alors qu’il existe une évidente complémentarité là aussi, entre les deux ensembles européens. Plutôt que d’imaginer, comme nous y poussent les États-Unis, des voies de contournement, à l’image de Nabucco, l’Europe doit rechercher la sécurité de ses approvisionnements, par des accords d’association avec les grandes compagnies russes, comme Gazprom. C’est le meilleur moyen d’être tranquillisé, à défaut, pour l’Europe, d’avoir un marché intégré. Mais il faut être indépendant, pour s’exprimer à l’unisson et engager un dialogue confiant avec la Russie.

En présentant le projet de gazoduc Nabucco, comme le moyen de marginaliser la Russie, par un approvisionnement direct de l’Europe à l’aide des gisements de la mer Caspienne, l’Union Européenne ne pouvait que susciter, inutilement, la suspicion de la Russie. Projet d’autant plus vain, que le front uni avancé par l’Union Européenne n’a jamais existé, que pour être rentable il nécessite d’acheminer aussi du gaz russe et sans doute iranien, que le projet est dispendieux et que des solutions d’associations sur des programmes solides et sérieux, initiés par la Russie, étaient possibles. C’est le cas pour les deux grands projets de gazoduc, Northstream et Southstream. Le premier, qui passe sous la mer Baltique, est russo-allemand, le second, qui devait passer sous la mer Noire, puis les eaux territoriales Turque et relier l’Europe via la Bulgarie et qui avait des participations, Italiennes, Autrichiennes et Françaises a malheureusement était mis en sommeil. La Russie a d’ailleurs racheté toutes les participations étrangères. Loin d’être en danger pour l’Europe, ces partenariats ne peuvent au contraire, que sécuriser l’approvisionnement de l’Europe, en évitant les problèmes engendrés par le circuit Ukrainien. On peut dire que le gaz est exemplaire de l’interdépendance, dont parlait le Général de GAULLE.

7.4.2 – APPROCHE POSITIVE

C’est cette démarche de partenariat, d’amitié et non d’affrontement, qui doit prévaloir, dans nos rapports avec la Russie. Tout ce qui rapproche et concourt à l’interpénétration de l’Union européenne et de la Russie, est bon pour la grande Europe. L’énergie atomique offre aussi des partenariats, qu’il faut développer. Pour renforcer les liens dans ce secteur, la France a signé, toujours le 19 juin 2010, un accord entre EDF et Rosatom.

7.5 – INDUSTRIE

Si l’on manque d’outils de production efficients, on se prive de moyens pour soi-même et pour équilibrer ses échanges internationaux. L’Union européenne doit posséder une ferme ambition industrielle et renforcer sa cohésion, pour affermir ce secteur. Aucune pression, exercée pour freiner son développement autonome, comme celle des États-Unis concernant Galileo ou l’acier, n’est acceptable.

Les agences européennes déjà existantes, ont montré l’intérêt de telles structures. Sans elles, l’Europe serait absente de certaines compétitions essentielles. S’il faut multiplier ces agences, il convient également de les doter des moyens suffisants à leur expansion. L’Agence Spatiale Européenne (ESA), qui nous a donné Ariane, doit pouvoir disposer des moyens permettant à ses réalisations, de continuer à occuper une place de premier plan. D’autres agences européennes, plus modestes, comme celle relative aux produits chimiques (ECHA), concourent aussi à augmenter la compétitivité de l’industrie européenne.

Sans être exhaustif, on peut noter de nombreux domaines ou excellent les européens, mais qui, par manque d’une politique industrielle commune, n’occupent pas la place de choix à laquelle ils pourraient prétendre. C’est le cas pour l’industrie militaire, importante pour la défense européenne, de l’industrie automobile ou de l’industrie ferroviaire des trains à grande vitesse. Les possibilités ne manquent pas, mais pour les concrétiser, la brise politique ne suffit pas.

7.6 – L’ESPACE

Scruter l’espace n’est plus la seule préoccupation des terriens. Ils ont, malgré le traité de 1967 sur l’espace, qui bannit le déploiement d’armes de destructions massives, notamment nucléaires, commencé à la militariser. Si les États-Unis ont marqué leur volonté d’occuper une place prééminente dans l’espace, la Chine a montré qu’elle n’entendait pas être absente, en procédant à un tir antisatellite en janvier 2007.

Garder leur totale liberté d’action dans l’espace est conforme à la nouvelle politique spatiale des États-Unis, définie le 31 août 2006. Aussi, parler de simple surveillance de l’espace, comme le font les européens, est dépassé. La course qui conduit à la militarisation de l’espace, y compris sous l’aspect d’armes antisatellites, semble désormais difficile à contenir, surtout si cette présence spatiale apparaît comme un élément de défense, absolument vital.

Les européens n’ignorent pas que l’espace est stratégique, mais leurs efforts ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. L’Union européenne consacre 20 fois moins que les États-Unis à la défense de l’espace militaire. Les États-Unis, aujourd’hui dominant, entendent bien conserver leur position. Eux seuls disposent de tous les moyens qui assurent cette suprématie, l’écoute, l’observation, la détection, la communication, le positionnement et l’alerte. Le problème des européens réside plus dans l’intégration de leurs différents systèmes, relatifs à l’espace, que dans leur manque d’outils. L’importance de la mise en place de notre défense spatiale, pour l’indépendance de l’Europe, appelle à œuvrer selon l’esprit qui a prévalu pour Ariane et Galileo. Là encore, une collaboration renforcée avec la Russie permettrait probablement de regagner le retard accumulé.

7.7 – ÉDUCATION.

Le vecteur éducation est certainement l’un des plus efficaces, pour favoriser l’éclosion d’une opinion publique européenne. Le brassage de la jeunesse européenne, notamment étudiante, est essentiel au développement d’une citoyenneté européenne. Mieux se connaître, c’est aussi mieux se comprendre et accepter un dialogue constructif, qui ne peut que mener à la découverte des liens qui unissent les pays européens et les engagent dans une communauté de destin.

Pour faciliter cette imprégnation, il faut favoriser la création d’un véritable espace universitaire européen. Le développement d’actions communautaires, qu’illustre l’uniformisation du cursus universitaire avec les masters, ou le programme d’échange universitaire Erasmus, doit être intensifié. Les échanges universitaires, inter- européens, doivent-être également privilégiés, sans pour cela tarir ceux qui existent déjà avec les autres continents. Par son ancienneté, le programme Erasmus, créé en 1987, permet de mesurer l’intérêt de ces échanges. À ce jour, environ 2 millions de personnes en ont bénéficié, ce qui est loin d’être négligeable, mais pas suffisant. Pour le dynamiser, la reconnaissance des diplômes obtenus dans ce cadre devraient s’imposer à tous les pays de l’Union européenne, ce qui n’est pas le cas. Le circuit Erasmus sert incontestablement, la création d’un esprit européen.

Cet espace est aussi le lieu des trois plus grandes langues maternelles européennes, 140 millions de Russes, mais près de 250 millions de russophones en Europe, 90 millions d’Allemands et Autrichiens, mais 100 millions de germanophones dans le monde, 70 millions de Français, Belges, Luxembourgeois en Europe, mais plus de 600 millions de francophones dans le monde. Par analogie avec les langues officielles de l’ONU, pour 7 milliards d’individus, ces trois langues indo-européennes devaient être les trois langues de travail de cette nouvelle Europe, à laquelle pourrait être adjoint éventuellement l’anglo-américain, même si son poids relatif, désormais, recule dans le monde.

8 – UNE EUROPE PUISSANTE

Pour être respectée, entendue et s’imposer comme un partenaire, à la fois fiable et incontournable, l’Europe doit apparaître comme une véritable puissance. Elle pourra alors capter l’attention et l’intérêt des grands pays émergents, aujourd’hui tournés, en priorité, vers les États-Unis.

Les 50 états que rassemble la grande Europe, recouvrent une population de 730 millions d’habitants, la 3ème dans le monde et une superficie qui fait de cette grande Europe, la plus vaste entité géographique de la planète. Par les langues qu’elle véhicule, notamment, l’Anglais, le Français, l’Allemand, le Russe, l’Espagnol et le Portugais, elle est présente sur tous les continents. Elle est grâce à la Russie la première puissance mondiale, ce qui ne peut guère plaire aux États-Unis, qui veulent assurer, reconfirmer, le leadership du monde.

Si sa puissance résulte aussi, de la performance, de son agriculture, de son industrie, de sa capacité nucléaire (civile et militaire), de sa position aéronautique et spatiale, des énergies et des minerais dont elle dispose ; elle est également attractive, par sa civilisation en général et particulièrement par sa culture, les arts, les lettres, par son patrimoine historique, ses cathédrales, ses palais, ses châteaux et par les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, qu’elle porte.

9 – UNE EUROPE NON ALIGNÉE

9.1 – COOPÉRATION PAS DÉPENDANCE

Les exemples d’alignement récents de la France sur les positions des États-Unis sont trop nombreux, pour ne pas craindre pour l’indépendance de la France et de l’Europe. La volte-face sur la présence de l’armée française en Afghanistan et la réintégration totale dans l’OTAN, sans réforme de fond de celle-ci, illustrent cette attitude. Cet alignement de l’Europe sur les États-Unis est favorisé par ses déchirements, voir aussi par une surreprésentation des petits pays dans le processus décisionnel, qui conduisent souvent à des décisions édulcorées.

Entretenir des relations courtoises, même amicales, avec les États-Unis, n’est pas contradictoire avec le désir d’indépendance de l’Europe, on ne peut s’estimer qu’entre égaux et non de suzerain à vassaux. Mais, pour son propre intérêt, elle doit sortir de cette cécité qui lui masque la fin du monde unipolaire, dominé par les États-Unis. L’Europe doit combattre les faiblesses de la désunion, qui la mine et construire un ensemble capable de défendre, comme tous les autres groupes de pays, ses justes intérêts.

Le respect des alliances ne doit pas impliquer l’alignement systématique. La diplomatie européenne doit reposer sur l’intérêt de l’Europe. Nul besoin pour elle de s’affirmer par opposition à celle des États-Unis, ce qui serait aussi stupide que la pratique de l’alignement systématique. Simplement, cette diplomatie doit partir de l’idée que les intérêts de l’Europe, ne recouvrent pas obligatoirement ceux des américains. Les cas qui le démontrent, abondent. Il en est ainsi dans l’aéronautique, où EADS en compétition avec Boeing a pu le constater, à ses dépens, au FMI et à la Banque Mondiale où les États-Unis considèrent que c’est aux européens de faire l’effort nécessaire, pour   permettre aux pays émergents d’être mieux représentés. C’est aussi le cas dans le conflit du Moyen-Orient.

9.2 – PERCEPTION DIFFÉRENTE

Il est loin d’être évident que les États-Unis aient besoin d’un partenaire européen fort, tant est grande leur insistance à vouloir que la Turquie entre dans l’Europe, tant les différences sont fréquentes, sur les idées et sur de nombreux sujets. Diviser pour régner, demeure un maître mot. Sur plusieurs dossiers politiques cruciaux, environnement, désarmement nucléaire, Turquie, Iran ou structurels, CPI, les points de vue divergent, avec Washington.

Aucun peuple ne peut se prévaloir d’une vision planétaire du monde. Il serait souhaitable que les américains en prennent conscience. La vision européenne et particulièrement française des rapports avec le Tiers-Monde, comme celle de l’organisation socio-économique du monde, ne rejoint pas forcément celle des États-Unis. Ils ont une approche des autres peuples, notamment ceux du Proche-Orient, totalement différente de celle des européens, qui comprennent et connaissent mieux, de par leurs passés, leurs cultures et par la même, ce qui est possible et ce qui ne l’est pas.

9.3 – VALEURS INÉGALES

Les valeurs communes, aux pays qui fondent l’alliance transatlantique, dont l’OTAN dominée par les États-Unis est la base, ont été inégales, ces dernières années, sur les deux continents. On ne peut mettre entre parenthèse l’époque, encore récente, du Président Georges W.BUSH, où la torture et la violation du droit international étaient considérées comme des pratiques absolument normales. Cette subordination du droit à une conception déviante de la morale, ne peut manquer de laisser des traces.

Nous ne pouvons que nous réjouir du rejet, de telles pratiques, exprimées par le Président Barak Obama, en espérant que cette volonté s’inscrive bien dans la durée. Nous avons également acquiescé lorsque contrairement, il ne souhaite pas l’extension accélérée des structures euro-atlantiques, à l’Est.

Malheureusement l’image du Président BARAK OBAMA s’est depuis flétrie, comme l’illustrent divers renoncements, notamment la signature du décret permettant la détention provisoire, mais illimitée, de plusieurs dizaines de détenus de Guantanamo, qui se trouvent ainsi privés de toute existence.

10 – UNE EUROPE PLUS OBJECTIVE

10.1 – PARTENARIAT STRATÉGIQUE

Quoi de plus trompeur que l’ordonnancement du monde actuel, qui associe stratégiquement des pays, dans l’apparence et non dans la réalité de leurs intérêts. Il existe plus d’homogénéité partenariale, entre l’Europe et la Russie, que dans les alliances contractées actuellement par ces deux entités. Pour inverser cette inclination, il faut que l’Europe et la Russie dialoguent sincèrement, pour effacer leurs incompréhensions. Mais pour que cette discussion s’engage, il convient que l’Europe marque son indépendance.

Un tel dialogue, de même que la révision du rapport transatlantique, pouvaient être entrepris beaucoup plus tôt, dès la renaissance de la Russie. Espérons qu’il ne tardera pas à s’engager. Le processus d’intégration euro-atlantique, non souhaitable car il empiète sur l’indépendance européenne, aurait pu être évité.

La construction de la grande Europe est tributaire de la Russie, son orientation conditionne la réussite de cette entité. La Russie est donc stratégique pour la mise en œuvre de cette réalisation, elle en est un partenaire incontournable. C’est pourquoi notre politique envers elle mérite une réflexion particulièrement attentionnée, même si nos conceptions divergent sur certains points. Nous devons être patients et gagner sa confiance. La Russie n’est pas seulement un partenaire d’importance, elle doit être privilégiée, tout comme elle doit privilégier l’Union européenne.

La vente, dans des secteurs sensibles, comme celle du porte-hélicoptère de Classe Mistral, participe à l’établissement de la confiance que nous voulons instaurer avec la Russie, qui ne peut s’y tromper. Cette affaire, conforte la coopération Franco-Russe, avec l’accord prévoyant la création d’un consortium commun, DCNS-OSK et ne doit pas être vue comme un danger, mais comme une coopération porteuse de paix, car utile à une meilleure connaissance et compréhension entre les deux armées. Au moment où le Président Dmitri Medvedev présente un projet de sécurité européenne, considéré comme intéressant, il serait déplorable d’ostraciser la Russie. Aussi, pour que ce pacte de sécurité paneuropéen puisse avancer, il faut qu’il se discute entre européens. Aucune interférence étrangère ne doit perturber le dialogue, nécessairement directe, entre l’Union européenne et la Russie. Il s’agit pour les européens, de bâtir ensemble la sécurité de leur continent. Ce projet de traité mérite d’autant plus notre attention, qu’il efface l’aspect agressif de l’actuelle architecture de la sécurité européenne.

10.2 – MÊME AVENIR

Certains voient dans la renaissance de la Russie, un danger pour ses voisins. Ils s’inquiètent de la volonté de conquête et de domination de la Russie, comme si le présent devait reproduire le passé. Après avoir jugé très sévèrement la politique prorusse du Président Jacques Chirac, le Président Nicolas Sarkozy a révisé sa position et reconnu l’importance des relations Franco-Russe. Il ne considère plus Moscou comme inamical et expansionniste. De nombreux pays européens possèdent la même histoire impérialiste. Mais désormais, plus aucun pays européens ne peut et ne veux assujettir d’autres peuples. L’évolution des rapports de force impose un autre regard à l’Europe, à la grande Europe, qui doit se positionner face aux nouveaux dangers qui se profilent.

Si les défis auxquels l’Europe et la Russie doivent faire face à l’intérieur, hiver démographique, pression démographique et musulmane du Sud et de l’Est, sont réels, ceux extérieurs ne feront que s’amplifier. Ils conduisent obligatoirement à un partenariat toujours plus resserré avec la Russie. L’émergence et les ambitions de l’Inde et plus encore de la Chine, deuxième puissance économique mondiale, étroitement imbriquée aux intérêts économico-financiers des États-Unis est une réalité, que l’on ne peut occulter. Face à ces grandes puissances émergentes d’Asie, l’avenir impose à l’ensemble Europe-Russie, d’être profondément lié. Pour assurer sa sécurité ainsi que sa prospérité économique et sociale, l’Europe doit se rapprocher étroitement de la Russie. L’Union européenne et le grand peuple Russe, sont inéluctablement conduits à sceller leur avenir.

10.3 – CONSEIL DE L’EUROPE

L’élection du nouveau Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, l’ancien ministre des Affaires Étrangères de Norvège, Monsieur Thorbjoern Jagland, qui connaît bien les questions internationales, doit être considérée comme très positive, pour le fonctionnement harmonieux de cette ancienne et vaste institution européenne. L’élection d’un autre compétiteur, le chrétien démocrate Belge Monsieur Luc Van Den Brade , fin connaisseur de la Russie, aurait été également importante, car propices à des rapports féconds avec la Russie, qui joue, au sein du Conseil de l’Europe, par son dynamisme et la qualité de ses diplomates, un rôle profitable.

L’idée d’une Europe excluant la Russie, s’oppose au cœur et à la logique. Celle de l’espace que couvre les 47 pays européens, qui de l’Atlantique à l’Oural constituent le Conseil-Européen, et également à travers cette institution, celle de sa présence dans le concert européen. Rejeter la Russie, membre du Conseil de l’Europe depuis 1996, mais accepter d’intégrer la Turquie dans l’Union-Européenne, alors même que la Russie n’y serait pas encore est inadmissible et serait admettre la vision européenne que souhaitent les États-Unis.

10.4 – PARTENARIAT ORIENTAL

La géopolitique orientale de l’Union européenne, dans laquelle s’inscrit le Partenariat Oriental, mérite réflexion et prudence. L’unanimité n’est pas la règle au sein des 27, dont une dizaine, parmi les plus importants, n’ont été représentés qu’au second degré, lors du lancement de ce partenariat à Prague, le 7 mai 2009. L’ancienne appartenance au bloc de l’Est de ces 6 pays visés par ce partenariat, ne peut manquer d’être observé avec circonspection par la Russie, à qui l’on reproche de revendiquer des zones d’influence, que l’Union Européenne reproduit pour elle-même.

Par son attitude et ses initiatives, la Pologne, promoteur avec la Suède de ce partenariat, suscite bien naturellement la suspicion de la Russie. Elle peut justement s’interroger, sur les profondes intentions de ce partenariat. Ne créons pas de nouvelles fractures, ne forçons pas ces pays à des choix, pour lesquels certains ne sont d’ailleurs pas prêts. Une bonne coopération avec ces pays n’a nul besoin d’un cadre institutionnel, source de confrontations totalement inutiles avec Moscou.

10.5 – EXCLUSIVITÉ IRRATIONNELLE

Selon des personnalités du monde industriel et économique, le changement d’attitude des États-Unis devrait permettre de relancer le partenariat transatlantique, dans des secteurs stratégiques tels que, l’aéronautique, la défense, la sécurité, l’énergie, les télécommunications, l’environnement. Il serait souhaitable de substituer le terme de coopération, à celui de partenariat, notamment atlantique, qui évoque surtout une relation politique de dépendance. Le traité États-Unis-Union européenne, évoqué pour mieux consolider le lien transatlantique, le confirme. Pour que cette coopération soit bénéfique à l’Europe, elle doit rejeter toute exclusivité et pratiquer une participation symétrique, qui associe de façon égalitaire les États-Unis et la Russie, rien d’Européen ne doit se développer sans elle, encore moins contre elle.

Les États-Unis sont déjà très présents dans la sphère européenne, particulièrement en matière de défense, OTAN et bouclier antimissile, ce qui n’est pas de nature à faciliter des rapports de confiance avec la Russie. Il serait judicieux que la Pologne et la République Tchèque, dont l’opinion publique est opposée au déploiement d’un bouclier antimissile sur son sol, considèrent positivement les contre-propositions russes. L’utilisation de la station de radar russe de Gabola en Azerbïdjan, qui nécessite peut être des aménagements, n’est pas à rejeter, même si Washington refuse de l’envisager.

L’utilisation du refus des zones d’influence, comme justification à la présence américaine en Europe, est paradoxale. En quoi l’instabilité dans les Balkans requiert-elle de consolider le lien transatlantique, plutôt que la coopération avec la Russie, partie intégrante de l’Europe ? Les américains rejettent toute prétention de la Russie à des zones d’influence en Europe, mais la doctrine Monroe n’avait-elle pas établi une zone d’influence des États-Unis, sur le continent Latino-américain, qui n’a pas totalement disparue ? Sur notre continent, les zones d’influence ne s’estomperont pas, tant que la Russie ne sera pas associée plus étroitement au développement de l’Europe et que celle-ci n’affirmera pas mieux son indépendance.

Tant que la Russie n’est pas plus fortement amarrée à l’Union européenne, il faut distinguer plusieurs types de rapports. Ceux de l’Union européenne avec les États-Unis et la Russie et ceux des États-Unis avec la Russie. Les relations Union-européenne – États-Unis, doivent se faire dans le respect absolu de l’indépendance de l’Europe, celles de l’Union européenne – Russie, dans une perspective positive d’union. Quant aux relations États-Unis – Russie, nous nous féliciterons toujours, qu’une logique d’entente remplace une logique d’affrontement.

10.6 – OBJECTIVITÉ SUR LES CONFLITS

En Europe, deux conflits récents ont fait l’objet d’analyses partiales et de critiques à sens unique. Une nouvelle fois la Russie a été désignée, comme seule responsable des situations créées. Cette présentation nie la réalité, qu’elle concerne le Kosovo où la Géorgie. Il convient de rappeler que la résolution 1244, qui a mis fin à la guerre du Kosovo en juin 1999, reconnaît la souveraineté de la Serbie sur le Kosovo. Malheureusement la force a ensuite prévalu sur le droit, ouvrant ainsi la porte à toutes les dérives. Il existe toujours, pour soi, de bonnes raisons pour justifier les actions illégales, mais on ne trouve aucune circonstance atténuante pour les autres. Bien avant la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo, reconnue par divers pays européens, la Russie avait fait part de sa position. Le Ministre des Affaires Étrangères russe, Monsieur Lavrov, l’avait précisée en septembre 2008 lors de la visite à Moscou de son homologue Monsieur Kouchner. Le Premier Ministre Monsieur Vladimir Poutine l’avait exprimée en termes plus imagés, en assimilant la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo à un boomerang, destiné à retourner un jour « dans la gueule » des occidentaux. Or, malgré l’opposition de la Russie à une déclaration unilatérale non respectueuse du droit international, et du précédent dangereux ainsi créé, des pays européens, dont la France, ont entériné cette décision. Elle pourrait d’ailleurs encourager le désir d’autodétermination des Serbes de la région de Mitrovica, au nord du Kosovo, partie intégrante de la Serbie, malheureusement reconnue par un certain nombre d’États membres de l’Union européenne et qui est pourtant la terre d’origine, le berceau de la Serbie.

Au-delà de l’antécédent Kosovar, qui justifie, à la fois les déclarations d’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhasie, et leur reconnaissance par la Russie, il convient de préciser les raisons du conflit géorgien, qui sont loin d’engager la responsabilité de la Russie, comme le rappelle le rapport de Monsieur Heidi Tagliavini Chef de la mission internationale d’enquête sur le conflit en Géorgie. Il indique  » Il y a plusieurs causes à la guerre d’août 2008. La plus immédiate a été le bombardement de Tshinvali la capitale de la province scissionniste de l’Ossétie du Sud le 7 août 2008 « Il souligne également les diverses mesures incompatibles avec une volonté de ne pas recourir à la force, forcing pour adhérer à l’OTAN, modernisation approfondie de ses forces armées, avec notamment l’appui des États-Unis, renforcement des bases militaires près de l’Abkhasie et de l’Ossétie du Sud. Ainsi, le recours à la force était programmé et contre l’avis de différentes capitales, la Géorgie est intervenue militairement, déclenchant un conflit qui aurait pu être évité.

Déjà en juin 2008 le Président Abkase, Monsieur Serguei Bagapch, en visite à Paris, dénonçait la « militarisation de la Géorgie » « Ce pays se prépare à la guerre et prétend récupérer par la force l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie » « ses dirigeants ne l’ont d’ailleurs jamais caché ». Effectivement en août 2008 la Géorgie attaquait l’Ossétie du Sud. Le recours à la force était loin d’être banni par le Président Saakachvili. En novembre 2007, il n’avait pas hésité à utiliser la force contre les manifestants et la chaîne privée d’opposition Imedi.

Cette volonté d’intégrer l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud a toujours été une constante. Pour le premier Président Géorgien, Monsieur Ziad Gamsakhourdia, ces deux entités autonomes étaient des « plaies » sur le corps de la nation. Cette attitude a renforcé les tensions ethniques dans le pays et dirigé l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud russophones, vers Moscou, à laquelle les Ossètes sont demeurés attachés et loyaux, depuis la conquête tsariste au XIXème siècle. Quant à l’Abkhazie, son histoire est marquée par une autonomie, plus ou moins forte, mais bien réelle.

10.7 – RUPTURE DES PROMESSES

Les reniements sapent la confiance. L’oublie des engagements pris dans les années 1990 par les États-Unis et les états européens, à l’égard de Moscou, de ne pas élargir l’OTAN aux pays de l’ancienne URSS, relève de cette réalité. La déception de la Russie, face à la rupture de ces promesses, a été exprimée, sans ambages, par son ministre des Affaires Étrangères Monsieur Serguei Lavrov, en mars 2009.

Les échanges entre l’Union européenne, l’Ukraine et la Géorgie, n’impliquent pas l’intégration et encore moins l’élargissement de l’OTAN à ces deux pays. En nous immisçant dans leurs affaires, en n’interférant dans leurs débats, nous avons compliqué le règlement de questions intéressant souverainement ces pays et la Russie. La résultante c’est l’implosion de l’Ukraine et le retour de la Crimée, russophone à 77%, dans l’ancienne mère patrie.

10.8 – ATTITUDE BELLIQUEUSE

Ces dernières années, de nombreuses actions et décisions réalisées ou prises par l’OTAN ont développé un sentiment d’encerclement et suscité l’inquiétude de la Russie. À juste titre, elle a perçu dans ces mesures, un danger pour sa sécurité. Le refus par certains membres de l’OTAN de signer, après sa modification en 1999, le traité sur les Forces Conventionnelles en Europe (FCE), l’installation de bases militaires dans des pays d’Europe de l’Est, l’élargissement de l’OTAN aux pays baltes notamment, la volonté de l’étendre à l’Ukraine et à la Géorgie, dénotent une tendance antirusse de l’OTAN, que la réintégration totale de la France dans cette structure, n’a pas atténuée.

Le bouclier antimissile que souhaitent déployer les américains sur le sol européen, les bases militaires qu’ils ont installées dans les pays qui bordent le sud de la Russie et le projet de Partenariat Oriental proposé par Bruxelles à six états de l’ex URSS, Biélorussie, Ukraine, Moldavie, Géorgie, Azerbaïdjan et Arménie, renforcent ce sentiment d’encerclement. Casser cette impression, notamment en différent l’intégration de l’Ukraine et de la Géorgie, ne constitue pas un acte de faiblesse. Il signifie plutôt le désir d’agir, pour aplanir les obstacles qui entravent la confiance et qui ne peuvent que conduire, légitimement, la Russie à moderniser ses forces armées.

Si le projet initial de bouclier antimissile a été revu pour tenir compte de l’opposition de la Russie, manifestée par la menace d’installer à son tour des missiles Iskander dans l’enclave de Kaliningrad, il n’en demeure pas moins, dans sa nouvelle conception, toujours suspect pour Moscou. Toutefois, la Russie a fait preuve de bonne volonté, en saluant positivement ce changement.

Le désenchantement fut rapide. Revenant sur sa position, le Président BARAK OBAMA déclara en mai 2011 que l’OTAN doit rester maître de ses moyens de défense et il écarte toute volonté réelle d’associer la Russie à l’élaboration du bouclier antimissile. Il s’agit maintenant de réfléchir à l’élaboration d’un nouveau système de sécurité européenne, dont les bases de réflexions ne doivent pas être simplement celles des européens, sous tendu par les américains. Ce système doit également se construire sur les propositions présentées, en son temps, par le Président Dimitri Medvedev.

10.9 – PROPOSITION INOPPORTUNE

Le caractère volontairement ambigu des plans d’urgence, que l’OTAN devrait établir pour faire face à de nouvelles menaces, d’où qu’elles proviennent, est inutilement belliqueux à l’égard de la Russie. De nombreux pays européens ont d’ailleurs accueilli avec réserve, quand ils n’y étaient pas opposés, cette proposition de plans d’urgence faite le 7 avril 2009 à Prague, par le Président Barack Obama. L’Europe n’a pas pour vocation d’irriter la Russie, ou de la pousser à s’enfermer dans ses doutes et au-delà dans des certitudes.

Aujourd’hui nous avons la chance de pouvoir construire, avec la Russie, une Europe puissante et démocratique, la grande Europe. Ne gâchons pas cette chance, au prétexte que notre appréciation des valeurs n’est pas totalement identique. Nous possédons en commun trop de choses pour ne pas nous entendre.

 

 

POSITIONNEMENT RUSSIE

 

1 – RUSSIE FAIT EUROPÉEN

Il remonte loin dans le temps et s’incarne dans ceux qui envahirent la grande Europe, dont la Russie. Il s’enracine fortement dans la culture religieuse que domine un millénaire de chrétienté Orthodoxe. Sur une aire de cette grande Europe, la Moscovie a fondé la Russie, qui ne cessera de s’étendre et de se fortifier. Au XVIIème siècle, elle apparaîtra comme une nouvelle composante, de la politique internationale et de l’histoire de l’Europe. Le siècle suivant confortera cette position, avec la construction, par le Tsar Pierre Le Grand, de Saint-Pétersbourg, qui se veut une ouverture sur l’Europe occidentale. Une volonté de modernisation que poursuivra l’Impératrice Catherine II, en conviant en Russie des personnalités occidentales ; de toutes disciplines. Ainsi, au XVIIIème siècle la Russie s’ancre définitivement à l’Europe moderne. Un historien et géographe russe, V.N. Tatichtchev, matérialise alors cette situation en fixant à l’Est les frontières de l’Europe « de l’Oural à la mer Caspienne et au Caucase ».

Désormais, l’Europe de l’Ouest et de l’Est se fascinent et se forgent une histoire commune à celle du monde alors en construction. Bien qu’elles ne se comprennent pas toujours pleinement, leur attirance sera une constante qui résistera même à la guerre froide; notamment par l’action continue du Général de Gaulle, leur coopération ne sera pas rompue. Pour l’Europe, la Russie est son prolongement indispensable à l’Est, pas seulement pour ses richesses énergétiques et minérales, mais aussi pour ce que représente son peuple sa culture et son histoire.

2 – LA RUSSIE, FIGURE DE L’EUROPE

2.1 – PAS D’EUROPE SANS RUSSIE

La Russie possède avec les pays de l’Union Européenne, de nombreux éléments de similitude et points de convergences, qui font, sans conteste, de cette grande puissance, le premier partenaire de l’Union aujourd’hui et son futur membre, demain. L’ « européanisation » de la Russie, au sens moderne du terme, remonte, rappelons-le au XVIIIème siècle. Nombreuses sont alors les affinités qui structurent la société russe.

La Russie n’est pas seulement européenne par sa situation géographique. Elle l’est aussi par l’histoire mouvementée de l’Europe. Son passé, sa culture, sa religion, ses peuples, concourent à renforcer cette appartenance, que favorise aujourd’hui son évolution politique. La Russie partie indispensable de l’Europe, contribue également à son indépendance.

La Russie est européenne. Le sommet de Saint-Pétersbourg, en mai 2008, en a reconnu d’ailleurs la dimension européenne. La création du Conseil permanent du partenariat Union européenne-Russie, où Moscou se trouve associé aux discussions européennes qui touchent à ses intérêts, l’incarne et le matérialise.

2.2 – LA RUSSIE EST EUROPÉENNE

Partant de cette évidence, il est temps et nécessaire que l’Union européenne repense ses alliances, redéfinisse ses rapports avec les États-Unis et affermisse ses liens avec la Russie « pilier essentiel de l’Europe » comme le déclarait le Général de Gaulle en 1968. La notion d’une Russie, prolongement de l’Europe, doit être présente dans tous les aspects de la construction européenne. Elle ne peut s’envisager sans cette perspective. Il faut que chaque nouvelle étape fortifie sa mise en œuvre.

Or, la façon actuelle dont est pensée l’Europe aujourd’hui, ne donne pas sa place à   cette composante incontournable. Sans la Russie, l’Europe demeurera orpheline et inachevée. Elle ne pourra pas occuper un rôle de premier plan sur la scène mondiale. Le moment est donc venu de replacer la construction européenne dans l’optique de la grande Europe.

Au moment où celle-ci doit se forger une identité commune basée sur ce qui rassemble et sur ce qui ressemble, il faut dénoncer le mythe d’une Europe sans base identitaire, qui est la négation de celle que nous voulons. Car, contrairement à certains, nous disons que ce que nous avons en commun est essentiel, et ce qui nous différencie négligeable ou secondaire. Les raisons de nous unir, sont plus nombreuses, que celles qui nous éloignent.

2.3 – LA RUSSIE PARTENAIRE PRIVILÉGIÉ

L’Union européenne doit se féliciter que la Russie soit redevenue une grande puissance. Face à un avenir que rend difficilement discernable l’évolution du monde, tout ce qui contribue à fortifier la grande Europe, est le bienvenu.

Si, par sa géographie, son histoire, sa culture et sa religion, la Russie fait partie de l’Europe, il existe aussi des intérêts fondamentaux, qui lient l’Union européenne à la Russie. C’est particulièrement le cas dans les domaines, de la démographie, de l’énergie (pétrole, gaz), de la défense (armement nucléaire), de l’agriculture (céréales), de l’espace et de la recherche.

L’émergence de la Chine, de l’Inde et du Brésil doit conduire l’Union-Européenne à réfléchir à son avenir et à sa sécurité, ce qui vaut également pour la grande Europe. Là aussi convergent les intérêts des deux grands ensembles, qui forment la grande Europe. Tous les chemins explorés conduisent à un partenariat extrêmement étroit, dans l’attente d’une union salvatrice. Déjà, à son époque, le Général de Gaulle ne disait-il pas que les deux géants continentaux « devraient conclure une belle et bonne alliance ».

2.4 – REGARDONS L’AVENIR

Opposer la Russie à l’Europe est un contresens à tous égards. Ce rejet repose sur des antagonismes dépassés, que certains cultivent pour masquer leur manque de confiance dans l’Union européenne. Celle-ci ne doit pas se laisser entraîner par ses nouveaux membres à adopter une attitude de suspicion permanente, comme si la Russie demeurait l’URSS. Le réalisme n’est pas la naïveté. Le passé ne doit pas être le moteur qui guide notre comportement.

L’attitude des pays Baltes, la République Tchèque, la Suède et de la Pologne, pour compréhensible qu’elle soit au regard des souffrances passées, ne facilite pas de bons rapports avec la Russie. Leur double appartenance à l’Union Européenne et à l’OTAN, conduit tout naturellement la Russie à douter de la bonne volonté de l’Union européenne à son égard. Ces pays ne doivent pas entraîner l’Europe à renforcer le lien transatlantique, au détriment d’un rapprochement partenarial et fondamental, avec la Russie.

3 – RUSSIE UNE GRANDE PUISSANCE

3.1 – LE REDRESSEMENT

L’URSS qui s’était hissée au rang de puissance internationale, au point d’être l’une des deux super puissances de l’après seconde guerre mondiale, s’est effondrée en 1990. Grâce à l’action du Président Vladimir Poutine la Russie s’est progressivement redressée, retrouvant sa position de grande puissance. En restaurant l’État, en recouvrant son indépendance par le remboursement de la dette extérieure publique et en réactivant son développement, le Président Vladimir Poutine a redonné confiance et fierté au peuple Russe.

Par l’importance, de ces ressources, minières, énergétiques, forestières et des secteurs, de l’industrie lourde, de l’armement, du nucléaire, de l’aérospatiale, la Russie ne peut manquer d’influence sur la scène internationale. Ces énergies, pétrole, gaz, mais aussi ses immenses réserves, en Potasse charbon, fer, nickel, cobalt, plomb, or, argent, diamants, sont autant de matières premières indispensables à une Europe indépendante.

3.2 – COMPLÉMENTARITÉ

Dans la grande Europe, l’Union européenne a une politique encore chaotique, mais elle est une économie puissante et la Russie n’est pas une simple puissance régionale, elle est une grande puissance. Si elle tire en grande partie ce statut de ces richesses en hydrocarbures et en métaux précieux, qui constituent la majorité de ses exportations, elle sait que son développement ne doit pas rester tributaire de ces seuls éléments. Une large complémentarité lie l’Union européenne et la Russie, les poussant dans un intérêt mutuel, à une étroite coopération. Cet ensemble autarcique délimite les frontières de la grande Europe, comme l’envisageait le Général de Gaulle.

Sans vouloir être impudent, on peut remarquer que certaines déclarations des plus hautes autorités politiques du pays, sont teintées de gaullisme. Le Président Dimitri Medvedev a manifesté sa préférence pour un régime à caractère présidentiel, plutôt que parlementaire et le Premier Ministre, Vladimir Poutine a rejeté l’ultralibéralisme et le tout étatisme. La Russie s’est dotée d’un régime pluraliste et d’une économie de marché, mais tempérés, pour éviter les dérives du laisser faire. Elle a su montrer son pragmatisme, en n’hésitant pas, tout récemment, à procéder à des privatisations importantes, tout en conservant la majorité dans les secteurs stratégiques, notamment l’énergie.

3.3 – DÉFENSE

Dans un monde aussi dangereux, il est logique de penser à assurer sa sécurité, d’où la volonté du Premier Ministre, Vladimir Poutine, de moderniser l’armée russe, qui a montré des signes de faiblesse dans le domaine de l’armement conventionnel, des trois armées. Cette rénovation a été poursuivie sur le plan législatif, par le Président Dimitri Medvedev, afin de lui permettre de protéger, si nécessaire par des interventions militaires à l’étranger, les intérêts de la Russie.

4 – ZONES D’INFLUENCE

4.1 – UNE RÉALITÉ

Comment peut-on ignorer l’existence de zones d’influences russes qui appartiennent, pour certaines, depuis plusieurs siècles à l’histoire de l’Europe centrale et orientale. Elles sont une réalité qui ne s’énonce pas formellement, mais qu’il faut admettre tacitement. Pour être efficace, toutes discussions relatives à ces zones devront prendre en compte cette réalité. Les pays qu’elles recouvrent, sans être vitaux, ne sont pas dénués d’intérêt pour la sécurité de la Russie.

4.2 – DES RAPPORTS DIVERS

4.2.1 – LES STRUCTURES

Sept états, Russie, Biélorussie, Arménie, Kirghzistan, Tadjikistan, Kazakhstan, Ouzbékistan, sont structurés dans une alliance militaire, l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (ODKB). Les décisions pour matérialiser cette alliance, ne sont pas toujours consensuelles, notamment avec l’Ouzbékistan et la Biélorussie aux positions erratiques.

4.2.2 – LES INSTABLES

Quatre états, Azerbaïdjan, Moldavie, Ukraine, Géorgie, ont avec la Russie des rapports instables, difficiles, parfois conflictuels pour les deux derniers. Il est évident que certaines entités imbriquées dans ces pays, la Crimée, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, participent, à des degrés divers, à la sécurité de la Russie.

4.2.3 – LES SPÉCIFIQUES

Quatre pays, Crimée, Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du Sud, entretiennent d’étroits rapports avec la Russie. Les deux dernières ont été reconnues, notamment par la Russie, comme des Républiques indépendantes. La Transnistrie qui s’est, de fait, séparée de la Moldavie et vit depuis 24 ans une indépendance de facto, voudrait voir celle-ci reconnue et la Crimée à 70% russophone, a demandé son rattachement à la Russie à l’issue d’un référendum qui a confirmé ce souhait à une écrasante majorité.

Il faut admettre, que qu’elles que soient les particularités des rapports entre ces quinze pays ou régions et la Russie, qu’il existe entre eux des relations prioritaires et privilégiés, qu’il convient de respecter.

5 – RESSOURCES ESSENTIELLES

5.1 – SECTEUR VITAL

Reprendre en main le secteur stratégique des hydrocarbures, qui représente une des richesses essentielle du pays, était fondamental pour le Président Vladimir Poutine. Il ne pouvait laisser, avec juste raison, une richesse nationale hors du contrôle de l’État. Elle devait être remise au service du développement économique du pays. Seul l’État pouvait faire prévaloir l’intérêt général, en sécurisant les réseaux de distribution, par la réalisation de nouveaux circuits, en régulant le volume de production, en contrôlant le niveau des prix et les priorités dans les investissements stratégiques La mise en œuvre d’une politique aussi ambitieuse, requérait une société suffisamment puissante et aguerrie  à ce secteur, ce qui est évidemment le cas de la société Gazprom.

Les incursions des États-Unis, sous diverses formes, dans la région du Caucase et de la Caspienne, malgré les promesses du Président Bill Clinton, ont eu pour effet de renforcer la volonté de la Russie d’agir dans cette zone. Gazprom se devait d’accroitre sa présence dans cette contrée stratégique, proche de la Russie et où elle entretient des liens déjà anciens, mais où les américains tentent de changer l’équilibre des forces.

5.2 – ASSURER SA SÉCURITÉ

Quel que soit le type d’approvisionnement, vers ou à l’extérieur de la Russie, il doit être sécurisé, dans l’intérêt premier de la Russie, tout autant que de l’Union européenne. Tous les accords que passe Moscou concourent à cet objectif. C’est le cas de ceux signés avec différents pays, comme le Turkménistan, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, pour augmenter la capacité du gazoduc qui relie l’Asie centrale à la Russie, ou celui de l’offre de rachat massif du gaz d’Azerbaïdjan. D’autre part, l’Union européenne ne peut que se féliciter de l’initiative de Gazprom de construire un gazoduc transsaharien, permettant l’approvisionnement de l’Europe par les gisements de l’Afrique subsaharienne.

Contrôler toute la chaîne gazière, extraction, conditionnement, distribution, est naturellement l’idéal recherché par Gazprom, pour assurer pleinement sa sécurité. Sa volonté de racheter le réseau de gazoduc qui traverse l’Ukraine, entre pour partie dans cette stratégie, même si les nouveaux circuits, au Nord et au Sud, diminuent cet intérêt. Les États-Unis et l’Union européenne seraient bien inspirés de ne pas interférer dans ce secteur et dans ce pays, qui entretient des relations évolutives avec la Russie. Leurs désaccords nombreux, portent notamment sur le gaz et le tracé des frontières.

Face à ces difficultés, avec l’Ukraine et parfois avec la Biélorussie, dans l’acheminement de son gaz vers l’Europe, la Russie a décidé de contourner ses obstacles en réalisant deux nouveaux gazoducs, au Nord et au Sud. Gazprom a initié ces deux projets, en créant Nord Stream et South Stream. Le premier, en partenariat avec les Allemands, passera sous la Baltique et reliera par le nord, la Russie à l’Europe et plus particulièrement à l’Allemagne. Lors de son inauguration, le mardi 8 novembre 2011, le Premier Ministre François FILLON a salué la conduite  de « ce projet collectif » et également l’intérêt réciproque de « ce partenariat économique ». Le second, initialement prévu en partenariat avec de nombreux pays européens, passera sous la Mer Noire et reliera par le sud, la Russie à l’Europe. Ces derniers transits qui éviteront les incidents propres aux autres circuits, sécuriseront l’approvisionnement de l’Europe. Ils rendent par ailleurs obsolètes le projet de gazoduc Nabucco, avant tout politique, mais pratiquement irréaliste économiquement.

5.3 – COOPÉRATION ÉNERGÉTIQUE

L’énergie représentant un élément extrêmement fort de la coopération Euro-Russe, la mise en place de ces nouveaux gazoducs, en partenariat et capital, pour ce qui concerne Nord Stream, est le meilleur moyen d’assurer la réciprocité d’intérêt, entre l’Union européenne et la Russie. La sécurité d’approvisionnement pour le premier, la garantie des exportations pour le second. Cette forme de coopération permet de dépasser les échecs qui ont marqué le sommet de Khabarovsk en Russie, notamment sur la réactivation de la charte de l’énergie signée en 1994 ou la mise en place d’un système, d’alerte précoce, susceptible de devancer une rupture d’approvisionnement.

Si tant est que les États-Unis aient à se soucier de la sécurité d’approvisionnement énergétique de l’Europe, qui concerne prioritairement, si non seulement, l’Union européenne et la Russie, ils peuvent être désormais totalement rassurés.

6 – DÉSARMEMENT

6.1 – PARTICIPATION À LA SÉCURITÉ EUROPÉENNE

Reposant aujourd’hui sur des éléments épars, souvent sans liens entre eux, la sécurité européenne manque de cohésion et d’efficacité. Les divers pactes, traités ou structures qui y participent sont parfois obsolètes, redondants, quand ils ne sont pas pour partie étrangers à l’Europe.

Le traité sur les Forces Conventionnelles en Europe (FCE) signé en 1990 et modifié en 1999, pour tenir compte de l’évolution politique de l’Europe, est depuis sans effet. Les pays de l’alliance ont refusé de le ratifier et la Russie, face à l’inertie européenne de rechercher un nouvel accord, a suspendu sa participation au traité.  L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) signé en 1949 a perdu ses premières raisons d’exister et aujourd’hui, ses actions la conduisent à intervenir, toujours plus fréquemment, dans des contrées étrangères à l’Europe. Elle est aussi un handicap à l’émergence d’une défense européenne indépendante. Le seul point qui aurait pu être satisfaisant est la création du Conseil OTAN-Russie (COR) en 2002, mais son fonctionnement est loin d’être satisfaisant, la Russie se sentant marginalisée. L’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), née en 1994 de la refonte de la CSCE, usurpe le qualificatif d’européenne, par son extension à des pays qui n’appartiennent pas à cette dénomination géographique. Elle joue un rôle de coordination et de contrôle, mais elle est totalement démunie pour agir en matière de sécurité.

Le traité sur les Forces Nucléaires à portée Intermédiaire (FNI) signé en 1987, entre les États-Unis et l’URSS, est dépassé par l’accession de nouveaux pays à ce type d’armes.  Pour conserver à ce traité un intérêt, il serait nécessaire, comme le demande la Russie, de l’élargir à tous les pays qui aujourd’hui en disposent. Il convient de noter que ce traité, quelque peu redondant avec le traité START, n’est que pour moitié européen. Après de laborieuses tractations, le traité START III de réduction des armes stratégiques offensives a été signé le 8 avril 2010, entre les États-Unis et la Russie, mais le Sénat américain rechigne à le ratifier. Il constitue un nouveau pas positif dans la réduction du danger nucléaire, mais il ne concerne l’Europe qu’au second degré. Souhaité par les deux partenaires, la pérennité de START III demeure dépendante du danger, que pourrait représenter une extension trop menaçante du bouclier antimissile. L’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), qui lie dans une alliance militaire la Russie à six pays de leur zone d’influence, est spécifique à un aspect sécuritaire qui concerne l’Europe, mais il n’est pas celui de l’Europe.

Si comme nous venons de le voir, de nombreux traités, accords et organisations intéressent la sécurité de l’Europe, ils ne constituent pas un ensemble homogène. La nécessité d’une véritable architecture européenne de sécurité, qui en rassemble tous ses aspects, s’impose. Le pacte européen de sécurité proposé par le Président Dmitri Medvedev, répond à ce besoin. Il met en place un système de sécurité collective qui protège chaque état. Après un accueil suspicieux, voir pour certains hostiles, l’Europe a fini par admettre l’existence d’une problématique de sa sécurité et a reconnu l’importance de la proposition russe, à laquelle le Président Nicolas Sarkozy a apporté son soutien. Le sommet qui doit être organisé sur cette question en 2010, dans le cadre de l’OSCE, est une initiative essentielle pour la paix et la sécurité, non seulement en Europe, mais dans le monde. Malheureusement, si le sommet de 2010 de l’OSCE a bien eu lieu, il n’a pas abordé la question prévue, du pacte européen de sécurité et la défense européenne demeure toujours dans l’impasse en 2014.

6.2 – DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE

À plusieurs reprises, la Russie a montré sa volonté d’agir en faveur du désarmement nucléaire. Lors de la conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP), qui s’est tenue en mai 2010 à New York, elle a montré son souci d’aboutir à un accord des 189 pays signataires du TNP, comme ce fut le cas. La Russie est prête à renoncer à l’arme nucléaire, si les États-Unis font preuve de la même volonté, or ce n’est pas exactement le cas. Le Traité START III, qui est une avancée dans la voie de ce désarmement, a bien été signé par les deux parties prenantes, la Russie et les États-Unis, mais ces derniers, contrairement à Moscou, n’ont pas ratifié le Traité d’Interdiction complète des essais nucléaires (TICE), qu’ils ont signé le 24 septembre 1996. Au climat de confrontation, la Russie entend substituer, celui de la coopération.

6.3 – NON MILITARISATION DE L’ESPACE

Malheureusement la militarisation de l’espace a déjà commencé, comme le montrent, notamment, les tirs de neutralisation effectués par les États-Unis et la Chine. Même si le traité de l’espace de 1967 qui interdit la mise en orbite d’armes spatiales de destruction massive, ne prohibe pas formellement la désintégration de satellites, ces tirs n’en constituent pas moins un des paramètres de cette militarisation de l’espace. Face à un traité aujourd’hui dépassé et pour éviter un emballement de cette course à la militarisation de l’espace, la Russie et la Chine défendent un nouveau traité sur  » le non-déploiement des armes dans l’espace et le non-emploi de la force contre les objets cosmiques ». Ce traité se heurte aux positions des États-Unis, qui refusent tout accord international qui entraverait leur liberté d’action dans l’espace et limiterait leurs droits à développer, tester et déployer des capacités dans l’espace. Une fois encore, seule la Russie, qui a signé le traité de l’espace, démontre sa volonté de désarmement. Les États-Unis qui ont également signé le traité, n’en respectent pas l’esprit et s’opposent à sa rénovation et la Chine qui n’a pas signé le traité procède, comme les États-Unis, à des tirs spatiaux de destruction.

7 – ACTES POSITIFS

7.1 – ASSURER LA LIBERTÉ

Elle a été affirmée comme un principe fondamental, par le Président Dmitri Medvedev, lors de son investiture. Il s’est alors engagé à défendre les libertés « valeur principale de notre société ». Le Président Vladimir Poutine a également manifesté son souci de la démocratie et des droits de l’homme, notamment, en déclarant que « Sans un développement démocratique normal, la Russie n’a pas d’avenir » et en proposant la création d’un Centre Russo-européen sur cette question. Ce centre pouvant être domicilié à Bruxelles, ou dans tout-autre partie de l’Union-Européenne, qui s’était d’ailleurs engagée à étudier cette proposition. Cette volonté d’éveiller les consciences à l’esprit de liberté apparaît également, quand, parlant de l’édition pour les écoliers d’une version abrégée de l’Archipel du goulag, le Premier Ministre Vladimir Poutine déclare « Ce livre est d’une grande nécessité ».

Tous les secteurs d’expression, doivent être assurés de leur liberté. La décision de la cour suprême russe, d’annuler la sentence du tribunal militaire et d’ordonner la tenue d’un nouveau procès, concernant le meurtre de la journaliste Anna Politkovskaïa, manifeste cette volonté, que le parquet général russe avait déjà exprimée, en faisant appel du jugement. Elle se retrouve aussi dans la recherche active et fructueuse, qui a permis d’identifier le meurtrier de la militante des droits de l’homme, Natalia Estemirova.

7.2 – LUTTER CONTRE LE TERRORISME

Dans la lutte contre le terrorisme, la Russie est totalement solidaire. Elle-même est confrontée à la barbarie des attentats aveugles, qui l’ensanglante. Malgré la fin officielle du conflit en Tchétchénie, en avril 2009, après 15 ans de guerre, la paix n’est pas totalement revenue. En Ingouchie au Daguestan, en fait dans le Caucase, la situation demeure très délicate. Les groupes islamistes font régner la violence, les assassinats comme les attentats restent nombreux et il n’est pas aisé d’y faire régner la loi, l’ordre et la paix. L’autorisation russe de transit d’équipements de l’OTAN vers l’Asie centrale, constitue également une preuve de cette solidarité.

7.3 – SOUCIS DE L’ÉCOLOGIE

La Russie est loin d’être insensible à l’écologie, à laquelle elle porte une grande attention, c’est pour elle une préoccupation importante. Ainsi, en novembre 2004, le Président Vladimir Poutine a ratifié le protocole de Kyoto, à l’inverse des États-Unis, en juillet 2008, comme Premier Ministre, il a blâmé le responsable d’Olimpstraï, la structure qui était chargée de l’organisation des jeux d’hiver de 2014, pour ses négligences écologiques et en 2010, en réponse à un jeune garçon qui l’interrogeait sur l’environnement, il lui a répondu « je suis d’accord, la nature en Russie est un don de Dieu, (…) qui mérite notre protection. ».  Le 3 juin 2008, lors d’une allocution majeure du Président Dimitri Medvedev, sur la question environnementale, il a vivement souhaité une nouvelle « efficience » de l’économie russe. « Pensez-y juste un instant, notre pays se trouve à la première place mondiale pour les gaspillages énergétiques. C’est un bilan déplorable ». Il a défini comme objectif, de réduire de 40% la quantité d’énergie utilisée en Russie, à l’horizon 2020. La Russie désire également encourager les investissements, dans les énergies de substitution et les équipements écologiques. Ces prises de positions courageuses, montrent la prise en compte de l’écologie, par la Russie.

7.4 – RECHERCHE DU DIALOGUE

7.4.1 – POLITIQUE

Parmi les symboles de cette volonté de dialogue et de réconciliation, la reconnaissance par les russes, de leur responsabilité dans le drame de Katyn, peut figurer au premier rang. Déjà en 2009, lors de la cérémonie de commémoration du 70 ème anniversaire du déclenchement de la deuxième guerre mondiale, à Gdansk, le Premier Ministre Vladimir Poutine a condamné le pacte Ribbentrop-Molotov et a proposé aux polonais de « Tourner la page » de la seconde guerre mondiale. A l’occasion de l’hommage officiel aux victimes de Katyn, en avril 2010, il a renforcé ce souhait en se rendant, avec son homologue polonais, sur les lieux de la tragédie et en y déclarant « Un crime ne peut être justifié d’aucune manière ». « Nous n’avons pas le pouvoir de changer le passé, mais nous pouvons rétablir la vérité et la justice historique ». Le drame aérien dans lequel le Président Lech Kaczyński et de nombreuses personnalités polonaises ont trouvé la mort, a bouleversé la Pologne, mais a aussi soulevé en Russie, émotion et compassion.

7.4.2 – ÉCONOMIQUE

La crise économique n’a pas épargné la Russie, notamment le secteur, pour elle stratégique, des hydrocarbures. Les autorités politiques ont d’ailleurs reconnu, que l’économie russe avait été touchée. Elles ont fait preuve de réalisme et de transparence. Le gouvernement a d’autre part conscience, qu’il est nécessaire de réformer le système économique russe, pour donner confiance aux investisseurs étrangers et il entend s’y employer. Mais il n’hésite pas à participer à des activités économiques à l’étranger, comme récemment dans le secteur automobile allemand, par le biais d’une de ces banques les plus importantes, la Sherbank.

7.4.3 – SOCIAL

Dialoguer directement avec le monde ouvrier, pour ne pas se couper de la réalité sociale, fait partie des préoccupations du Premier Ministre Vladimir Poutine. Il n’hésite pas à intervenir directement sur le terrain, à l’exemple du conflit des 3 usines à Pikaliovo, où les salariés n’étaient plus payés depuis plusieurs mois. Sur place, le Premier Ministre a sérieusement condamné l’attitude des patrons pour leur « manque de professionnalisme » et leur « cupidité », qualifiant au passage l’entreprise Basel-Tsement « d’une vraie poubelle ». Passant ensuite aux actes, il a réglé le conflit au profit des ouvriers en créditant les comptes des trois usines, permettant ainsi le règlement des arriérés de salaire.

8 – VOLONTÉ DE COOPÉRER

Encourager et favoriser la coopération avec la Russie, doit être la ligne de conduite de l’Union européenne. Elle doit répondre positivement aux ouvertures effectuées, en ce sens, par la Russie. Les investissements russes dans les économies européennes doivent être accueillis favorablement et ne pas faire, comme trop souvent, l’objet de réflexions suspicieuses. Loin de menacer notre indépendance ils la fortifient et c’est une bonne manière d’amarrer la Russie à l’Union européenne. D’ailleurs, aujourd’hui quel danger peut-on craindre, quand les investissements de l’Union européenne en Russie, sont de loin supérieurs à ceux des sociétés russes, dans l’Union européenne.

« Diviser les investisseurs en bons ou mauvais, en correctes ou incorrectes » comme l’a déclaré le Président Dimitri Medvedev, à l’occasion du rejet par les autorités espagnoles, de l’entrée de la compagnie pétrolière Loukoil dans le capital de la société Repsol, revient à dresser, en économie, des lignes de partage arbitraires. Face au reproche de la Commission européenne, concernant le monopole russe sur ces gazoducs, le Président Dimitri Medvedev a proposé la création de « Consortiums internationaux » russo-européens, pour régir les gazoducs de transit. Cette volonté s’est traduite dans les faits, lors de l’élaboration des projets de gazoduc, Northstream et Southstream, auxquels, pour le premier, plusieurs sociétés européennes ont participé.

Certains domaines, l’automobile, la marine, font l’objet d’une coopération russo-européenne fructueuse. C’est le cas de Renault et AvtoVAZ ou de la DCNS et OSK. D’autres sont plus stratégiques, comme le nucléaire civil et l’espace. La Russie qui possède une compétence avérée dans le nucléaire, s’est rapprochée de l’Allemagne pour créer, dans ce secteur, des partenariats. La fusée russe Soyouz a décollé, avec succès, du Centre Spacial Guyanais (CSG) de Kourou, le 21 octobre 2011. À cette occasion, le PDG d’Arianespace, Monsieur Jean-Yves Le GALL, a déclaré « Bravo l’Europe, bravo la Russie, bravo la coopération » Le consortium russo-européen Starsem, qui gère le port spatial réalisé à cet effet, est un bel exemple de coopération.

9 – RÉTABLIR LA CONFIANCE

9.1 – VOLONTÉ DE RAPPROCHEMENT

La chute de l’URSS a libéré les forces démocratiques russes, qui ont aussitôt voulu la mise en place d’un état démocratique, proche du système européen. Nous aurions dû alors les accompagner fortement dans cette mise en œuvre, conformément à notre devoir, mais également à notre intérêt. Ce ne fut pas réellement notre attitude, trop marquée, par le manque d’enthousiasme et une certaine défiance. Face à ce comportement dominateur et hautain de l’Union européenne, le repli de la Russie sur elle-même a naturellement primé sur le désir de coopération.

Loin de lui accorder la place qui était normalement la sienne, malgré sa faiblesse conjoncturelle, l’occident en a profité pour imposer ses vues et agir selon ses intérêts. Bombardement unilatéral de la Serbie en 1999, ignorance de l’ONU par les États-Unis en 2003, élargissement de l’OTAN aux pays d’Europe Centrale et de l’Est, installation de bases américaines en Roumanie et Bulgarie, reconnaissance unilatérale du Kosovo, enfin déploiement dans divers pays européens du système antimissiles. Cette stratégie de marginalisation a fini par exacerber le peuple russe. On n’offense pas un grand peuple, on n’humilie pas une nation, on ne dédaigne pas impunément son histoire.

9.2 – RÉCIPROCITÉ DE L’UNION EUROPÉENNE

L’Union Européenne doit cesser de penser que la Russie joue la division de ses membres, alors qu’elle n’est que le résultat de sa propre incohérence. Les traces de la guerre froide, qui occupent encore divers esprits, demeurent trop paralysantes. Ces perceptions sont dangereuses et néfastes. Elles ne contribuent pas à l’esprit d’ouverture, mais incitent plutôt la Russie, à la prudence vis à vis de l’Union européenne et au renfermement national. Certaines déclarations entretiennent aussi l’équivoque, c’est notamment le cas, quand Monsieur Bernard Kouchner, ancien ministre des Affaires Étrangères, exprime que l’important c’est l’unité des européens, car nous n’avons pas à nous faire dicter notre conduite au milieu de l’Europe, ni par la Russie, ni par les États-Unis. Mettre les deux pays sur un même pied d’égalité, c’est oublier que la Russie est européenne et qu’à ce titre, le sort de l’Europe l’intéresse et la concerne.

Instaurer un dialogue politique plus confiant avec la Russie, nécessite que l’Union européenne montre concrètement cette intention et cesse d’agir à contre sens. On ne peut se contenter de louer l’importance d’une coopération mutuelle, il faut la matérialiser par un comportement positif et des actes. Sous la présidence de Nicolas SARKOZY, la France y était favorable. N’avait-il pas dit qu’il ne « croyait pas que la Russie d’aujourd’hui soit une menace militaire pour l’Union européenne ». Mais pour que ce dialogue et cette coopération avec la Russie soient sérieux, ils doivent avoir lieu dans un cadre purement européen, qui rejette toute pression où ingérence étrangère. Cela ne semble plus le cas, sous la présidence de François HOLLANDE.

10 – RESPECT MUTUEL

C’est le principe fondamental, sans lequel aucune avancée pérenne n’est possible. Respecter la Russie, c’est aussi respecter ses dirigeants, que le peuple russe apprécie et estime. Il convient de ne pas colporter et imputer au pouvoir russe, des faits intérieurs discréditant dont on ignore les causes autant que l’entendement et dont on sait que la volonté de nuire n’est pas absente. La Russie n’est pas l’URSS, ce qui impose à l’Union européenne une autre approche et d’autres rapports. L’Union européenne n’a pas à courber l’échine devant la Russie, mais celle-ci n’a pas à subir des traitements désobligeants, comme elle n’a pas à recevoir d’ultimatums de l’Union européenne. Redevenue une grande puissance, la Russie ambitionne naturellement de jouer un rôle géopolitique, particulièrement en Europe. Cette vocation n’est pas incompatible avec les intérêts de l’Union Européenne, car dans un cadre à vocation unitaire, la Russie et l’Union européenne, loin d’être concurrents, sont complémentaires. Mais seul le respect mutuel et la confiance permettront d’engendrer un processus plein d’avenir pour l’Europe. Toutefois, pour pouvoir emprunter pleinement cette voie, l’Union européenne doit se doter d’une politique indépendante des États-Unis et de son appendice, l’OTAN.