Bilan de la conférence de Munich mars 2018

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Avr 10, 2018 Commentaires fermés sur Bilan de la conférence de Munich mars 2018 giulietta

ÉDITORIAL,
le 10 avril 2018,

BILAN DE LA CONFÉRENCE DE MUNICH mars 2018

Prologue
La conférence a vu le jour en 1963 et a depuis servi à plusieurs reprises de plate-forme qui exprime l’opinion des politiciens faisant autorité.
Ont pris part à la Conférence du 16 au 18 février 2018: le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, la directrice du FMI, Christine Lagarde, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenber, le président de la Commission Européenne, Jean-Claude Junker, ainsi que les chefs d’environ 20 états et gouvernements, 80 ministres des affaires étrangères et de la défense, environ 500 politiciens, experts, personnalités publiques et représentants de la société civile.
L’époque, où la conférence de Munich sur la sécurité s’attachait à la compréhension mutuelle entre les pays du monde et transmettait les espoirs d’un avenir meilleur, est bien finie.
« L’année dernière, le monde s’est approché d’un début de conflit important. »Avec une telle phrase, Wolfgang Inchinger, président de la conférence de Munich, a ouvert le forum 2018. Ces mots traduisent le sentiment de la véritable menace, qui, pour la première fois depuis la crise des Caraïbes de 1962, plane potentiellement sur le monde.
Notre attention est particulièrement attirée sur l’incertitude alarmante du devenir des traités russo-américains dans le domaine du contrôle des armes nucléaires. Un traité qui rappelons-le, a été signé à Washington, par le président américain Ronald Reagan et le secrétaire de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev en 1987.
Récemment, les accusations mutuelles de non-respect de diverses dispositions de ce traité, en particulier par le développement de nouveaux missiles, dont les caractéristiques ne sont pas stipulées par ce traité, sont de plus en plus fréquentes.
Les auteurs du rapport s’inquiètent encore plus de la situation du traité sur la réduction des armements stratégiques offensifs (START III), qui expirera en 2021, alors que ni la Fédération de Russie ni les États-Unis n’ont encore annoncé leur intention de le prolonger. Dans le contexte, on a naturellement déploré la dangereuse escalade du conflit entre les États-Unis et la Corée du Nord, la rivalité croissante entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, ainsi que la guerre en Syrie et Ukraine.
Le rapport contient un certain nombre d’études et de conclusions intéressantes concernant la sécurité européenne et internationale, ainsi que le rôle de la Fédération de Russie.
Il est souligné que, si la Russie dépasse en nombre les forces de déploiement rapide de l’OTAN pour l’artillerie et l’infanterie, l’Alliance Atlantique a la supériorité pour l’aviation, ce qui est apparemment un facteur décisif.

Objet
Les auteurs du rapport considèrent l’Union européenne, les États-Unis, la Chine et la Fédération de Russie comme les principaux acteurs mondiaux.
Il est notable que la politique étrangère de Washington ait été reconnue – pour la première fois dans l’histoire de la conférence, comme facteur potentiellement menaçant pour la sécurité internationale, même si pour le moment les menaces ne sont que verbales.
Il est significatif que les applaudissements les plus fournis n’ont pas été donnés au conseiller à la sécurité nationale de M. Trump, le général Herbert McMaster, mais à un homme de l’équipe de l’ancien président Obama, l’ancien vice-président Joe Biden.
Hélas, comme le soulignent presque tous les médias couvrant la conférence de Munich, au lieu de trouver des moyens de résoudre les problèmes les plus aigus et les plus douloureux, la majorité des participants au forum a choisi de porter des accusations et des attaques violentes.
Le précédent rapport de la Conférence de Munich sur la sécurité a considéré la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine comme l’apogée de la propagation de l’isolationnisme et du nationalisme dans le monde.
Au cours de la première année de cette administration, les experts ont relevé trois principes des nouvelles autorités américaines :

Premièrement, elles perçoivent les relations internationales comme «une arène de coopération et de rivalité de forces divergentes dans leurs intérêts».

Deuxièmement, elles ont l’intention de renforcer le secteur de la défense, en réduisant les dépenses consacrées aux programmes de développement international et au «soft power», au profit des dépenses militaires.

Troisièmement, l’administration Trump a volontairement abandonné le leadership (et donc la responsabilité) dans certains domaines, de la lutte contre le changement climatique pour la promotion du libre-échange.

Le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, dont le discours sur le programme de la conférence a précédé le discours belliciste de M.McMaster, ne s’est référé que rarement aux États-Unis.
Le discours du ministre russe était plus conciliant. « La Russie est ouverte à un partenariat équilibré et mutuellement respectueux, basé sur l’équilibre des intérêts dans les relations avec les États-Unis et tous les autres pays », a déclaré M. Lavrov, en évoquant l’opportunité de créer un système de sécurité conjoint avec la Fédération de Russie, l’UE, les États-Unis et la Chine.
Désormais Washington ne montre guère d’intérêt pour le développement des institutions mondiales ou régionales qui établissent les règles des relations internationales. Les États-Unis ont abandonné la politique fondée sur des valeurs communes – la Maison Blanche ne prend en compte qu’exceptionnellement ses autres partenaires, ont déclaré les auteurs du rapport.
Ceci est démontré par la diminution significative de l’intérêt pour la diplomatie: la taille du budget du Département d’État a été considérablement réduite alors que dans le même temps, les dépenses militaires continuent de croître. Le rapport cite un expert américain en politique étrangère, John Eikenberry, qui conclut: « Le pays le plus influent du monde a commencé à saboter l’ordre qu’il a lui-même établi. »

Principaux risques probables en 2018
– La possibilité d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la République populaire de Chine augmente dans le contexte de la crise politique à Washington et du développement de l’expansion du commerce et des investissements extérieurs de la Chine.

-L’une des crises existantes – la Syrie, l’Ukraine, le programme nucléaire de la Corée du Nord – pourrait se transformer en une guerre à part entière à cause d’erreurs d’appréciation ou d’incidents imprévisibles.

-La rivalité des puissances mondiales dans le domaine des hautes technologies les conduira à se refermer sur elles-mêmes, à se protéger les unes des autres, à refuser les échanges et à diminuer le commerce mondial et la sécurité générale.

-Possible retrait des États-Unis d’un accord nucléaire avec l’Iran. Les nouvelles sanctions américaines vont déclencher des mesures de rétorsion imprévisibles de la part de Téhéran.

-La récente érosion de la confiance dans les institutions publiques, médias, banques, partis et aux gouvernements, entraînera une réduction de la prévisibilité des processus politiques et économiques mondiaux.

-La discussion interminable sur les détails du retrait de la Grande-Bretagne de l’UE risque de conduire à la démission du gouvernement et à une grave crise politique dans le pays.

-Probable croissance du nationalisme dans les pays de l’Asie du Sud-Est, ce qui conduira à des conflits ethniques.

-Déstabilisation à travers l’Afrique en raison de l’affaiblissement des autorités locales et du renforcement des radicaux islamiques.

-La Russie et les États-Unis se sont déjà rapprochés d’une situation de tension dangereuse qui, rend plus probable le recours «aux mesures les plus extrêmes».

Pour les Européens, cela signifie qu’il est nécessaire de prendre encore plus soin de notre propre sécurité.

CONCLUSIONS
Le bilan de la conférence de Munich, la Russie et les États-Unis sont face à un choix crucial aujourd’hui: soit continuer leurs stratégies de confrontation et poursuivre l’escalade vers la «létalité», soit commencé à chercher des solutions communes.
En ce qui concerne le règlement de la situation dans le Donbass, on peut affirmer avec certitude que le plan de règlement des accords de Minsk risque malheureusement d’être ignoré non seulement par Moscou, mais aussi en partie par les États-Unis.
Il faut noter que malgré la faible diversification de l’économie et la fuite des cerveaux, la Russie dispose toujours du capital humain et de la technologie indispensables au développement.
Nous ne devons ni surestimer ni sous-estimer la base économique de ce pays.
De plus, outre la puissance militaire et un arsenal nucléaire, la géographie joue en sa faveur: la Fédération de Russie peut être un acteur de l’Arctique, de l’Europe, du Pacifique et du Moyen-Orient.

Sergueï PUSCASU
Membre adhérent du R.O.U.E.

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